Avec l’annulation de la Fiac, la crise de l’art s’accentue

La 47e édition de la Foire internationale de l'art contemporain, prévue du 22 au 25 octobre à Paris, est finalement annulée en raison de l'épidémie de Covid-19. Une annonce qui s'inscrit dans un contexte de crise globale du marché de l'art.

L’annonce est tombée à 20h15 ce lundi 14 septembre, par le biais d’un communiqué : « C’est avec une grande déception que la Foire internationale d’art contemporain (Fiac) est contrainte d’annuler son édition 2020, prévue au Grand Palais du 22 au 25 octobre. » En raison de l’épidémie de Covid-19, la 47e édition de la Fiac de Paris, qui a accueilli 75 000 visiteurs en 2019, n’aura finalement pas lieu. L’annulation concerne tous les événements attendus au Grand Palais, mais aussi dans d’autres sites comme le Jardin des Tuileries ou la place Vendôme. Cette édition de la Fiac est reportée au 21 au 24 octobre 2021, a précisé l’organisme.

Si la foire « s’est engagée à rembourser aux exposants 100% des sommes déjà versées », l’annonce intervient dans un contexte déjà difficile pour le marché de l’art contemporain européen. C’est en effet la troisième foire de ce genre à être annulée cette année, après l’Art Basel à Bâle et la Frieze à Londres.

Outre le durcissement des règles sanitaires sur les jauges de rassemblement public, cette annulation est aussi due à la dimension mondiale de ce rendez-vous de l’art contemporain. « Il y a tout un public international qui n’allait pas venir cette année. Or si les étrangers ne sont pas au rendez-vous, la Fiac ne peut pas être un succès », résume Marcus Rothe, le directeur de la communication de la galerie Thaddaeus Ropac, censée exposer à la Fiac.

Un avenir incertain pour les petites galeries

Si, du fait de sa renommée dans le monde de l’art contemporain, la galerie Thaddaeus Ropac va pouvoir maintenir ses expositions prévues dans d’autres endroits et attirer ses collectionneurs habitués, Marcus Rothe se montre plus pessimiste quant à l’avenir des galeries moins développées : « Pour les plus petites galeries qui ont besoin des foires pour se faire connaître, cette annulation peut être lourde de conséquences ». Car les galeries sont d’emblée les plus touchées par ces foires annulées : lors d’une foire d’art contemporain, ce sont elles qui exposent et non pas les artistes. « On espérait qu’il n’y ait pas d’année blanche », se désole Géraldine de Spéville, la déléguée générale du Comité professionnel des galeries d’art.

Pour les 300 galeristes qui composent le comité, la situation est « assez mitigée », poursuit-elle. « Certains ont continué à vendre en ligne, quand d’autres comptaient sur les foires », explique la déléguée générale, qui rappelle que les foires représentent « 30 à 40% du chiffre d’affaires annuel des galeries d’art ». Plus qu’une perte financière, cette annulation impacte aussi le développement à long terme des galeries. « Pendant la Fiac, c’est tout le monde de l’art qui vit. Ce n’est pas parce qu’on ne vend rien à la foire que les contacts pris lors de l’événement ne nous serviront pas pendant l’année », explique Géraldine de Spéville avant de conclure : « On est plutôt inquiets pour 2021 : ça va passer ou casser pour les plus fragilisés. »

Une crise globale

La Fiac regroupe des artistes et galeries de renommée internationale, mais son annulation témoigne d’une crise plus globale provoquée par la crise sanitaire. « Elle est représentative de ce qui se passe actuellement dans le monde de l’art, avec toutes les annulations de salons, expositions et vernissages », analyse Antinea Garnier, directrice de la Maison des artistes, un organisme regroupant 20 000 artistes qui ne sont en majorité pas concernés par la Fiac.

Derrière l’annulation de ce rendez-vous international souvent considéré comme incontournable, ce sont des dizaines d’expositions qui n’ont pas pu avoir lieu cette année. Or « ce sont des temps forts de réseautage et de vente », explique Louis Pommier, membre de l’association des ateliers d’artistes du quartier de Belleville à Paris, qui regroupe 200 artistes et une douzaine de collectifs. « Au déconfinement, les artistes étaient plus optimistes. Aujourd’hui, c’est l’incertitude qui règne », constate-t-il en rappelant que la fréquentation de ses expositions a baissé de moitié.

 

Photo : les petites galeries risquent d’être les plus touchées par l’annulation de cette manifestation. / DR