Le Royaume-Uni inquiet face à la montée du chômage due au Covid-19

Le taux de chômage outre-Manche s’établit à 4,1%, contre 3,9% précédemment, selon l’Office national des statistiques. Une hausse largement liée au ralentissement économique causé par la pandémie de nouveau coronavirus, mais limitée par les mesures gouvernementales en faveur du maintien de l’emploi.

Après des années de quasi plein emploi – avec le recours aux emplois précaires notamment – le Royaume-Uni fait face au spectre d’un rebond durable du chômage. La barre des 4% de chômage, qui n’avait pas été franchie depuis fin 2018, vient à nouveau d’être dépassée. Selon les derniers chiffres publiés mardi 15 septembre par l’Office national des statistiques (ONS), concernant le trimestre qui s’est achevé fin juillet (1), le taux de chômage s’établit à 4,1%. Il s’élevait jusque-là à 3,9%.

L’ONS explique cette hausse par le « fort impact sur le monde du travail » du Covid-19. « Certains effets de la pandémie ont commencé à se dissiper en juillet avec la réouverture de certains secteurs de l’économie », mais « le chômage et les licenciements ont fortement augmenté parallèlement en août », explique à l’AFP son directeur des statistiques économiques, Darren Morgan.

D’après l’institution, il y avait 2,7 millions de personnes réclamant des indemnités chômage en août. Un bond des demandes de près de 121% depuis mars. Dans le même temps, 695 000 travailleurs ont été retirés des registres du personnel dans les entreprises britanniques.

Un million d’emplois supprimés ?

Les pertes d’emplois sont néanmoins moins importantes que ce que craignaient les économistes de l’ONS avant publication des chiffres. Et ce, grâce au programme de chômage partiel déployé par le Trésor pour aider les entreprises à affronter le choc du coronavirus et du confinement mis en place pour lutter contre la pandémie. À partir de fin mars, le gouvernement a pris en charge jusqu’à 80% des salaires à hauteur de 2 500 livres par mois, soit ceux d’environ dix millions de travailleurs.

Alors que le dispositif doit bientôt prendre fin, les analystes s’attendent à ce que la situation s’aggrave dans les mois à venir. Les entreprises doivent de nouveau payer les taxes patronales sur ces salaires depuis août. Les aides, réduites début septembre, seront totalement retirées fin octobre.

Conséquence, « les entreprises à court d’argent auront du mal à soutenir leur personnel », assure Tej Parikh, économiste en chef chez The Institute of Directors. « Les licenciements ne feront qu’augmenter (…) Pour de nombreuses entreprises, la demande reste très limitée. » D’autant plus que de nouvelles restrictions sur les rassemblements viennent d’être mises en place. La pandémie pourrait coûter au total un million d’emplois au Royaume-Uni en 2020, dont près d’un demi-million cet automne, a averti lundi une étude de l’Institute for Employment Studies.

Le secteur alimentaire embauche

Face au spectre d’un retour du chômage de masse après des années de quasi plein emploi – avec le recours aux emplois précaires notamment – la pression sur le gouvernement s’intensifie. Les mouvements patronaux, les syndicats, l’opposition travailliste, et même la commission du Trésor du Parlement britannique appellent le ministre des Finances Rishi Sunak à ne pas brutalement couper le robinet d’aides aux entreprises fin octobre.

« Si le gouvernement n’agit pas, nous ferons face à un tsunami de suppressions d’emplois », a alerté Frances O’Grady, secrétaire générale de la confédération syndicale TUC, lors de l’ouverture de son congrès annuel lundi. Un horizon sombre qui ne se vérifie pas dans l’ensemble des secteurs d’activité. Les pertes d’emplois, particulièrement importantes dans l’aviation et le commerce de détail, sont partiellement compensées par les recrutements annoncés du côté de la distribution sur internet et de l’alimentaire, dont les ventes en ligne s’accélèrent. La chaîne de fast-food Domino’s Pizza a ainsi parlé ce mardi de 5 000 embauches supplémentaires. 16 000 autres nouveaux emplois doivent voir le jour chez le géant des supermarchés Tesco.

(1) Pour calculer le taux de chômage, l’ONS établit une moyenne à partir des données récoltées sur un trimestre. Le taux dévoilé le 15 septembre porte sur les trois mois achevés fin juillet. L’ONS précise que ces chiffres pourraient être « légèrement affectés » par un changement dans la méthode utilisée pour interroger les ménages : avec la pandémie de Covid-19, les enquêtes reposent sur des appels téléphoniques plutôt que sur des entretiens en face à face, et surreprésentent les propriétaires, qui sont moins à risque de chômage.