Vaccin anti-Covid-19 : où en est-on ?

Neuf candidats vaccins contre le Covid-19 sont actuellement, à travers le monde, dans la dernière phase des tests cliniques. Une course haute en enjeux internationaux.

Coup de bluff ou réelle avancée ? Donald Trump a laissé entendre, mardi 15 septembre, qu’un vaccin contre le Covid-19 pourrait être prêt d’ici un mois. « Nous sommes très proches d’un vaccin. (…) Nous sommes à quelques semaines de l’avoir. (…) Cela pourrait être trois semaines, quatre semaines », a assuré le président américain lors d’une session de questions-réponses avec des électeurs de Pennsylvanie, diffusée sur ABC News.

Cette déclaration de Donald Trump entre en résonnance avec celle de Wu Guizhen, une responsable du Centre de contrôle et de prévention des maladies, un organisme du ministère chinois de la Santé. La veille, cette épidémiologiste avait expliqué à la télévision nationale CCTV qu’un vaccin pourrait être disponible pour le grand public « vers novembre ou décembre ». Plusieurs sont en cours d’élaboration en Chine, mais elle n’a pas précisé duquel elle parlait.

CanSino Bio contre Moderna

États-Unis et Chine s’affrontent dans ce qui s’apparente à une guerre pour le vaccin. Dans le camp chinois, celui conçu par le laboratoire CanSino Bio, en collaboration avec des scientifiques de l’armée, fait partie des projets les plus avancés. D’autres fabricants sont également sur les starting-blocks : les groupes pharmaceutiques Sinovac et Sinopharm, qui ont récemment exposé à Pékin pour la première fois leurs doses anti-Covid-19, espèrent obtenir le feu vert des autorités pour une mise sur le marché avant la fin de l’année. L’élaboration d’un ou plusieurs vaccins sur son territoire permettrait à la Chine de contrer les reproches nord-américains sur sa réaction tardive après la découverte du virus à Wuhan.

Aux États-Unis, le candidat vaccin élaboré par le laboratoire Moderna, dont la dernière phase d’essai clinique a débuté le 27 juillet, paraît à ce jour le plus prometteur. Il fait partie des neuf vaccins qui, à travers le monde, sont actuellement en « phase 3 », dernière étape avant une potentielle commercialisation qui implique des tests massifs sur des volontaires. Aucun n’a pour l’heure achevé cette phase. L’enjeu est également de taille outre-Atlantique : si un vaccin arrivait sur le marché avant la prochaine élection présidentielle, qui se tiendra le 3 novembre prochain, il pourrait aider un Donald Trump, en difficulté dans les sondages à se faire réélire.

Certains experts, parmi lesquels le directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses Anthony Fauci, ont déjà affirmé que l’homologation d’un vaccin devrait plus probablement arriver à la fin de l’année. Plusieurs d’entre eux ont tiré la sonnette d’alarme, craignant que le président nord-américain ne fasse approuver de force un vaccin avant le scrutin. Ils accusent l’Agence américaine des médicaments (FDA) et les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) de plier l’échine sous la pression du candidat républicain. Les deux agences « sont asservies à la Maison Blanche », a pointé mardi auprès de l’AFP Eric Topol, directeur du Scripps Research Translational Institute, qui dénonce « une culture de la peur ».

L’OMS mise sur mi-2021

L’un des vaccins sur lesquels la recherche est la plus aboutie à l’échelle mondiale est porté par le géant pharmaceutique britannique AstraZeneca et la prestigieuse université d’Oxford. Leurs tests avaient dû être interrompus il y a une semaine après l’apparition d’une « maladie potentiellement inexpliquée » – peut-être un effet secondaire grave – chez un participant aux essais au Royaume-Uni. Ils ont pu reprendre samedi 12 septembre, après autorisation des autorités sanitaires britanniques.

Autre candidat qui a fait parler de lui : le vaccin développé en Russie par le Centre Gamaleï, sur lequel s’était appuyé Vladimir Poutine pour affirmer début août que son pays était parvenu à obtenir le « premier » vaccin contre le Covid-19. Depuis, les autorités de Moscou ont commencé à tester ce vaccin, baptisé Spoutnik V, sur 40 000 habitants de la capitale. Mais la revue The Lancet, qui a publié l’étude réalisée par les scientifiques du Centre Gamaleï, a annoncé jeudi 10 septembre avoir demandé des éclaircissements, après des doutes émis sur la vraisemblance de leurs résultats.

Au vu des nombreux rebondissements dans la recherche d’un vaccin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué vendredi 4 septembre ne pas s’attendre à une vaccination généralisée avant le milieu de l’année prochaine. « Comme vous le savez, un nombre considérable de candidats sont maintenant entrés dans la phase 3 des essais », a expliqué une porte-parole de l’OMS, Margaret Harris, lors d’un point presse à Genève, avant de rappeler que la vérification de l’efficacité et de la sûreté d’un vaccin prend du temps.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, profitant de son discours sur l’état de l’Union européenne mercredi 16 septembre, a taclé la vive concurrence à l’œuvre entre les grandes puissances mondiales, qui dépensent des milliards de dollars pour pré-réserver les doses des vaccins en développement. La cheffe de l’exécutif a dénoncé un « nationalisme vaccinal » et martelé que « trouver un vaccin ne suffit pas. Nous devons veiller à ce que les citoyens européens et ceux du monde entier y aient accès (…) Aucun d’entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité. »

Crédit photo : Natalia KOLESNIKOVA / AFP — Une infirmière se prépare à inoculer à une volontaire le nouveau vaccin russe contre le Covid-19, nommé «Spoutnik V», dans une clinique de Moscou le 10 septembre.