La Sorbonne a accueilli ses 43 000 étudiants dans un contexte sanitaire inédit.

À La Sorbonne, « la rentrée, ça me fait plus peur que le Covid »

L'université, qui accueille cette année 43 000 étudiants dans un contexte de hausse des cas de Covid-19, tente de faire respecter les gestes barrières. Elle se heurte parfois à un manque de moyens, à des lourdeurs administratives ou bien à l'attitude des étudiants.

Dans les couloirs de l’université parisienne de la Sorbonne (Ve arrondissement) ce jeudi, l’odeur boisée des peintures qui recouvrent les murs de l’université a étrangement pris un parfum de gel hydroalcoolique. Entre l’amphithéâtre Richelieu et la cour d’honneur, les bornes de savon et écriteaux sont apparus pour guider les 43 000 étudiants qui font leur rentrée ce mois-ci. Pour contenir la circulation du coronavirus, seule la moitié des étudiants en licence assisteront aux cours en présentiel, une semaine sur deux. Les autres devront suivre, depuis chez eux, les cours retransmis par visioconférence. 

Amphis blindés et lourdeurs administratives

Pour les étudiants, cette période s’annonce hasardeuse, comme les multiples flèches collées au sol qui marquent le sens de circulation qu’ils sont censés respecter. Ils doivent également porter le masque et garder une distance vis-à-vis de leurs camarades. « Enfin ça, c’est officiellement, tempère Léa, 22 ans, qui prépare le concours d’agrégation. Dans les faits, les amphis sont souvent bondés. » Lors de notre visite, jeudi 17 septembre au matin, les amphis semblaient accueillir des petits groupes d’élèves, parfois côte à côte, certains professeurs faisant cours avec une visière. 

Sur internet, de nombreuses images ont toutefois circulé cette semaine, affichant certains amphithéâtres pleins à craquer. En travaux dirigés (TD) aussi, parfois, où les salles sont plus petites. 

Ces photos ont notamment amené au lancement d’une pétition par plusieurs étudiants de La Sorbonne, appelant l’université à prendre des mesures pour une rentrée « adaptée au contexte sanitaire », avec notamment des cours magistraux à distance, ainsi que des TD sous forme de petits groupes ou à distance. « « Je pourrais perdre ma mère si je ramène le Covid à la maison, commente notamment une étudiante sur le site de la pétition. Je ne souhaite pas vivre cela pour une année de licence. » La faute à un « manque de moyens », reprend Paul, étudiant en droit, et à des « salles trop petites ».

« C’était inévitable, regrette Jean-Charles Pradier, professeur d’économie à la Sorbonne et vice-président du CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) de l’université. Je manque moi-même parfois de place pour certains cours. Et puis, on ne peut pas refuser à certains étudiants de venir en cours s’ils le veulent vraiment, s’ils veulent poser des questions… » À cela s’ajoute la lourdeur administrative que nécessite la gestion de la crise sanitaire : « On doit fonctionner au cas par cas, poursuit Jean-Charles Pradier. Si certains élèves sont plus à risque que d’autres, dans des situations particulières… Il faut gérer tout ça, alors que, pour notre département d’économie, nous avons 5 000 inscrits pour seulement seize administratifs. » Ce qui chamboule parfois la prévention auprès des étudiants : « L’info passe mal, témoigne le professeur d’économie. On n’est pas outillés pour faire passer l’info efficacement, je me retrouve à devoir répondre aux étudiants sur des questions qui ne sont pas de mon ressort. » Leila et Lucas, 22 ans, tous deux en troisième année de licence d’histoire, affirment ne pas avoir été informés des mesures par mail : « Il a fallu que nous allions chercher l’info nous-mêmes. »

L’attitude des étudiants, qui se plaignent eux-mêmes du manque de mesures, n’arrange parfois pas les choses. Tous ceux que nous avons interviewés ne se disent « pas inquiets » d’aller en cours. « La rentrée, ça me fait plus peur que le Covid », ajoute Sarah, 20 ans, en troisième année d’histoire. « Ils se sentent un peu invincibles, estime Jean-Charles Pradier. J’ai parfois beau faire cours dans un amphi avec un groupe d’étudiants réduit, ils vont quand même se réunir au centre. C’est pareil au resto U, ils se retrouvent, on ne va pas aller les séparer nous-mêmes. » Face à cette situation, Jean-Charles Pradier veut avant tout limiter la casse, en « identifiant les personnes vulnérables », et en étant « le plus réactif possible ». À tel point que certains se préparent déjà à la fermeture de l’université : « Franchement, je vois pas comment on tiendra l’année, confie Emma, qui prépare le concours d’agrégation. On nous a bien briefés sur ce qui se passerait si plusieurs cas apparaissaient à la fac. On a l’impression que l’université s’y prépare déjà. »

Crédit photo : Mathieu Hennequin