«C’est terrible, je n’arrive pas à réaliser !» : Israël vit son premier jour de reconfinement

Israël entame ce vendredi un nouveau confinement national de trois semaines dans l'espoir de juguler une seconde vague de l'épidémie de Covid-19. Des restrictions rejetées par la population, qui s’apprêtait à célébrer d’importantes fêtes juives, dont le Nouvel An.

C’est le premier pays au monde à prendre une telle décision : à partir de ce vendredi 18 septembre, Israël se reconfine totalement. «C’est terrible, je n’arrive pas à réaliser !», tempête Yael, 40 ans. Après les annonces du gouvernement dimanche soir, elle s’apprête à vivre trois semaines — minimum — reclue dans sa maison en banlieue de Tel Aviv avec son mari et ses quatre enfants. Dans tout le pays, les déplacements sont limités à 500 mètres autour du domicile, les établissements scolaires et les commerces non essentiels sont fermés, et le télétravail doit être privilégié. Seuls les supermarchés et les pharmacies restent ouverts.

Yael jongle entre trois métiers, déjà fortement ralentis par l’épidémie. En tant que coiffeuse, maquilleuse et professeure dans une école d’arts martiaux, il lui est impossible de télétravailler. «Je n’aurai plus aucune entrée d’argent, soupire-t-elle. Avant le reconfinement, les gens recommençaient tout juste à se marier. Niveau mode, les ventes ont chuté. Ça me contrarie de demander de l’aide à mes beaux-parents pour finir le mois.»

D’immenses fêtes, en comité restreint

Ce vendredi marque aussi Rosh Hashana, le Nouvel An juif. Dans deux semaines, Yom Kippour, la fête du grand Pardon, sera célébrée, puis ce sera le tour de Souccot, la fête des cabanes. Autant de moments que la communauté juive célèbre d’ordinaire lors d’immenses réunions de famille ou entre amis. Or, les rassemblements sont désormais limités à dix personnes en intérieur, vingt en extérieur. Difficile de se réunir pour le «kaddich», une prière spéciale à l’occasion des grandes fêtes, et le «shabbat» — le jour de repos — qui rassemble au minimum dix personnes. Surtout que lors de ces célébrations, les Juifs prient quatre fois par jour, voire cinq à Yom Kippour. Autant de moments favorables aux contaminations que le gouvernement a tenu à éviter. 

L’annonce de ces restrictions a été vécue comme un coup de massue pour les Juifs israéliens. Parmi eux, Chaya, 20 ans, a tenu à rentrer dans sa famille en Italie pour les fêtes, après avoir vécu, avec difficulté, le premier confinement dans les dortoirs de son université à Jérusalem. Elle a célébré Pessah, la grande fête de Pâques, avec ses voisines, également privées de leurs proches. «C’était compliqué d’être loin de ma famille, on n’avait aucun vol pour rentrer», se souvient l’étudiante en informatique. «On a cuisiné, toutes ensemble, en tentant — je dis bien tenter — d’accorder les spécialités de nos pays d’origine : de l’épaule d’agneau marocaine jusqu’aux latkes, des crêpes de pomme de terre d’Europe de l’Est», sourit-elle. 

«Je ne peux plus voir ma famille à cause des ultra-religieux»

Après Bahreïn, Israël est le deuxième pays au monde en nombre de nouveaux cas de Covid-19 par habitant. Plus de 3.000 nouveaux positifs sont enregistrés chaque jour, pour une population de moins de neuf millions d’habitants. Le pays était jusqu’ici plutôt épargné, avec 1.119 décès liés à la pandémie. Les hôpitaux sont désormais saturés. En réaction, un couvre-feu a été imposé dans une quarantaine de villes la semaine dernière. Peu efficace puisque le taux d’infection a continué de progresser.

Surtout dans les villes ultra-orthodoxes, où les croyants se rassemblent pour prier. Une situation qui exaspère Yael. «Les plus contaminés sont les plus religieux. Je ne peux plus voir ma famille et c’est à cause d’eux», fulmine-t-elle. Et de citer les inégalités de traitement : «Les fêtes en famille sont interdites mais des aménagements sont possible pour accueillir plus de monde dans les synagogues. Les écoles normales sont fermées mais les enfants étudiants dans les yechiva [centres d’étude de la Torah, ndlr], eux, continuent à y aller …»

«Le coronavirus a amplifié les tensions entre les ultra-religieux et ceux qui le sont moins», résume Chaya. Pour l’étudiante, chacun a sa part de responsabilité. Les prières collectives, sans gestes barrières, comme les manifestations contre le gouvernement, critiqué à la fois pour sa mauvaise gestion de l’épidémie, sa corruption et ses alliés politiques religieux. «Les plus croyants ont même une blague, s’amuse la jeune femme. Quand ils sortent aux heures de prière, ils crient “révolte” au lieu de “prière”, pour faire croire à une manif’ et ne pas se faire insulter !»