Biden-Trump : deux stratégies opposées pour séduire l’électorat en plein Covid-19

En pleine course à la présidentielle, les candidats Joe Biden et Donald Trump adoptent deux postures opposées dans la gestion de crise sanitaire.

«Nous aurons fabriqué au moins 100 millions de doses avant la fin de l’année (…) et nous aurons assez de vaccins pour tous les Américains d’ici avril.» Telle est l’ambitieuse promesse que Donald Trump a formulée vendredi alors que Joe Biden et lui se disputent le siège de président des États-Unis. Récit d’un face-à-face en pleine pandémie mondiale.

Promesses de vaccins pour l’un, science pour l’autre

Ces dernières semaines, le président Donald Trump a multiplié les déclarations en exprimant son optimisme face à la disponibilité proche d’un vaccin. Mardi dernier, il assurait encore lors d’une émission de télévision que les États-Unis étaient à «quelques semaines d’en avoir un», risquant même que ce vaccin pourrait être disponible avant un «jour très spécial» en référence à l’élection du 3 novembre.

Alors que le Covid-19 a fait 200 000 morts dans tout le pays, Donald Trump mise donc sur le vaccin comme ultime argument de campagne. Anne Deysine, professeur à l’université Paris Ouest Nanterre et spécialiste des questions politiques et juridiques en France et aux États-Unis, souligne les contradictions de l’actuel président à ce sujet : «Il a d’abord affirmé qu’il n’y avait pas de virus, et maintenant il mise tout sur le vaccin. Ce qui n’est pas nécessairement bon pour lui : son électorat comporte des ardents défenseurs de thèses complotistes et anti-vaccins qui se moquent complètement de le faire. C’est une tentative pour lui de redorer son blason alors que les chiffres du Covid-19 continuent à augmenter dans son pays.»

Donald Trump lors d’un meeting. (Licence Wikimedia)

Son opposant Joe Biden n’a pas manqué de critiquer cette stratégie, notamment la semaine dernière :  «La première responsabilité d’un président est de protéger le peuple américain et il ne le fait pas. Sa gestion du virus le disqualifie totalement» a‑t-il asséné lors d’un discours mercredi après-midi dans son fief de Wilmington, dans le Delaware. Joe Biden fait de la pandémie le symbole de ce qu’il considère être l’inaptitude du président à gouverner. Ce dernier opte pour une posture plus prudente concernant la disponibilité des vaccins, prédisant que les Américains pourront en bénéficier «pas avant le deuxième ou troisième trimestre de 2021».

“Biden veut s’imposer comme un leader de la santé qui fait confiance à la science.”

Pour Anne Deysine, la stratégie de Biden est cohérente : «Biden veut s’imposer comme un leader de la santé qui fait confiance à la science. Il s’adresse en fait aux 5% d’électeurs à convaincre en leur disant : Trump vous a trompé, il a mis votre vie en danger.»

Meetings annulés pour l’un, terrain pour l’autre

Pour asseoir son image de leader de la crise sanitaire, Joe Biden multiplie aussi les démonstrations : port du masque systématique en public, respect des distances avec ses interlocuteurs sur les plateaux… Surtout, le candidat démocrate a suspendu ses meetings pour les organiser en ligne uniquement afin de limiter les rassemblements. Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir l’actuel président Donald Trump, qui le qualifie de «reclus dans sa cave». Selon Anne Deysine, cette posture de retrait pourrait en effet porter préjudice à Joe Biden : «Une partie des démocrates trouve qu’il est insuffisamment actif. On peut penser qu’il devrait se rendre dans le Wisconsin, en Pennsylvanie, et plus globalement dans les états pivots et chercher à convaincre au moins deux des catégories dont il a besoin : les cols bleus et les Afro-américains.»

Joe Biden était le vice-président des Etats-Unis lors des deux mandats de Barack Obama (Licence Wikimedia)

A l’inverse, Trump, lui, mise sur le terrain : son équipe de campagne se joue des mesures prises dans les États en organisant par exemple des rassemblements dans des hangars aéroportuaires en extérieur, comme dans le Wisconsin il y a deux jours, et ce malgré le fiasco de son meeting de Tulsa après lequel les autorités de l’Oklahoma avaient détecté une hausse des contaminations.

Bras de fer sur l’OMS

Un autre point cristallise les tensions entre les deux candidats. En juillet dernier, Donald Trump claquait officiellement la porte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en lui reprochant d’avoir sciemment caché l’ampleur de l’épidémie de Covid-19 et d’avoir été instrumentalisée par la Chine. Joe Biden avait au contraire réagi en annonçant qu’il reviendrait immédiatement sur cette décision s’il était élu. «Les Américains sont plus en sécurité lorsque l’Amérique s’investit dans la santé mondiale. Dès le premier jour de ma présidence, je rejoindrai l’OMS et rétablirai notre influence sur la scène mondiale».

«Les Américains sont plus en sécurité lorsque l’Amérique s’investit dans la santé mondiale. Dès le premier jour de ma présidence, je rejoindrai l’OMS et rétablirai notre influence sur la scène mondiale».

Selon Anne Deysine, ce n’est pas cet argument qui mènera le candidat démocrate à la victoire : «Les Américains ne sont pas tournés vers l’international. Biden peut utiliser cela pour maintenir sa ligne mais ça n’est pas suffisant pour gagner des voix».

Les deux candidats optent donc pour des stratégies opposées et un positionnement ferme quant à la gestion de la crise sanitaire alors que les élections se jouent dans un contexte inédit. Donald Trump a‑t-il manqué une occasion de se montrer capitaine du navire ? Réponse le 3 novembre.

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