Carte des cas dans les écoles : les Stylos Rouges n’ont « pas envie d’être des cobayes »

Le ministère de l’Éducation nationale annonçait vendredi que 89 établissements scolaires étaient fermés en raison de cas de Covid-19. Le collectif Les Stylos Rouges, qui recense sur une carte les établissements touchés par le Covid-19 depuis la rentrée, s’inquiète de l’augmentation des cas et de l’allègement du protocole sanitaire des les écoles, lycées et collèges.

Depuis début septembre, des petits points noirs, rouges, orange et bleus essaiment sur leur carte. Noir pour les établissements touchés par un cas avéré, rouges pour ceux qui ont fermés, orange pour les suspicions de cas et bleu pour les clusters. Afin de comptabiliser les établissements scolaires touchés par le Covid-19, le collectif de profs en colère Les Stylos Rouges a créé une carte interactive. Depuis la rentrée, il a comptabilisé 191 établissements fermés (certains ayant rouvert depuis) et un peu plus de 2000 touchés, sur les 60 000 que compte le pays.

Maud, professeur des écoles dans le Gard et membre du collectif, s’alarme du nouveau protocole sanitaire prévu dans les établissements scolaires par le gouvernement. Il rendra, selon elle, plus difficile à suivre l’évolution des cas.

Pourquoi avez-vous créé cette carte ?

Ce qu’il se passe dans les établissements, c’est autre chose que ce que dit le ministère. Ça nous permet d’avoir une trace. Le gouvernement n’étant pas très friand d’informations, on s’est dit que s’il y avait des personnes capables d’en récupérer, c’était nous, dans les établissements. L’objectif était d’être le plus fiable possible. On est attentifs à sourcer les infos dès qu’on peut trouver les références dans la presse. Mais c’est surtout les fermetures d’écoles ou de classes qui sont couvertes. Les cas isolés le sont peu. Dans ce cas-là, on joue sur les informations envoyées par le personnel des établissements. Mais il y a beaucoup de directeurs qui freinent les informations. Même parfois au sein d’un établissement, les profs ne sont pas toujours au courant de la fermeture d’une classe par exemple.

Nous sommes à presque 2200 établissements touchés par le Covid, soit 3,5% du total, et ce n’est pas exhaustif. Les indicateurs ne vont pas dans le bon sens, on voit que ça ne va pas bien. La semaine dernière, on en a recensé 1056 nouveaux. Ça fait autant que lors des deux premières semaines. Selon nos prévisions, d’ici fin septembre, 4000 établissements auront eu des cas de Covid en leur sein. Ça s’accélère assez vite, d’où notre inquiétude sur l’allègement du protocole.

Avec le nouveau protocole scolaire annoncé par Olivier Véran cette semaine, les classes ne fermeront plus systématiquement en cas d’élève positif au Covid. Selon vous, ce n’est pas une bonne chose ?

Il va y avoir de plus en plus de cas, de moins en moins de mesures pour éviter qu’ils se multiplient, et de moins en moins d’informations. Si on cache le thermomètre, on ne voit plus trop la fièvre. Est-ce que c’est parce qu’ils voient bien que ce n’est pas tenable, vu le nombre d’établissements touchés, qu’il y a un impératif économique et que les parents doivent aller travailler ?

La situation est compliquée, bien sûr, mais ce qu’on demande, c’est limiter les incohérences. Dans notre vie privée, on nous dit qu’il faut être responsable, que les enfants ne doivent surtout pas embrasser les grands parents, et là, on nous dit qu’ils ne sont pas contagieux ! On a des difficultés à le croire, on aimerait avoir de la transparence, des retours de terrain. Ça rappelle le mois de mars, quand on nous disait que les masques n’étaient pas utiles, alors que maintenant, si on sort sans, c’est 135 euros d’amende ! On n’a pas envie d’être des cobayes, et que dans quelques mois, on se rende compte qu’on a été mis en danger volontairement.

Comment peut-on limiter les contaminations dans les classes ? 

Le personnel a été quatre fois plus touché par le Covid que les élèves. Le masque qu’on porte protège nos élèves, mais nous, on n’est pas protégés. L’Éducation nationale nous fournit des masques en tissu, qui sont relativement étouffants. Emmanuel Macron les a testé récemment d’ailleurs, et s’en est étouffé ! On est obligé de forcer sur nos voix, alors que c’est notre outil de travail. Ça ne veut pas dire qu’on ne veut pas de masque, mais on veut des masques chirurgicaux. On réclame une protection et ne pas être mis en danger quand on travaille.

Il y a aussi le nombre d’élèves dans les classes. En maternelle et en école primaire, les enfants ne portent pas de masques et les gestes barrières sont peu respectés à cet âge-là. On nous dit qu’il faut respecter la distanciation, quand c’est possible. Ça marche aussi pour le second degré, vu comment les ados portent les masques et puisqu’ils mangent à la cantine et font sport sans. Il faudrait pouvoir alléger les effectifs.