Covid-19 : des élus des « zones rouges » réclament un classement harmonisé en Europe

Chaque pays européen a ses propres critères pour classer les régions françaises en «rouge». À la clé, un grand imbroglio. Plusieurs élus interpellent le gouvernement pour que l’UE se coordonne.

Si vous habitez en Charente-Maritime, votre département est classé en « zone rouge » par l’Allemagne depuis le 9 septembre, par la Suisse depuis le 14 septembre… mais pas par la Belgique. Depuis le milieu de l’été, ces trois pays placent de nombreux départements ou régions françaises en « rouge » en raison d’une forte propagation du Covid-19. Le Nord, le Pas-de-Calais et quatorze autres départements ont été placés en « zone rouge » vendredi 18 septembre.

Conséquences : toutes les personnes qui en viennent doivent s’astreindre à un isolement pendant au moins une semaine et se faire tester après avoir franchi la frontière. Cette classification imprévisible et néfaste pour le tourisme provoque l’indignation des élus des régions « rouges » qui demandent ce samedi dans Le Parisien une harmonisation européenne.

Les élus craignent des conséquences sur le tourisme

«Tout cela est complètement absurde mais ce n’est pas moi qui vais négocier, c’est au gouvernement qu’il appartient d’aboutir à un accord au niveau européen», lâche au Parisien Dominique Bussereau, président du conseil départemental de la Charente-Maritime et à la tête de l’Assemblée des départements de France.

Les élus s’impatientent. Et pour cause : les conséquences d’un passage en « zone rouge » peuvent être importantes pour les régions concernées. De nombreux étrangers risquent de ne plus oser venir dans les zones classées en rouge par leur pays, par crainte de devoir se mettre à l’isolement à leur retour. « Cet été, on était bien contents d’avoir le peu d’Allemands, de Belges et de Suisses que nous avons accueillis, glisse au Parisien Dominique Bussereau. Ce n’est pas avec ce genre de mesures qu’on va parvenir à une reprise économique ». Plusieurs élus craignent aussi, tout simplement, d’être « stigmatisés » à l’étranger.

Heureusement, des exceptions sont le plus souvent accordées aux frontaliers, qu’ils se déplacent pour raison familiale ou pour retrouver leurs proches de l’autre côté de la frontière. Mais de toute façon, « c’est surtout basé sur la bonne foi et il n’y a pas grand monde pour contrôler », confie au Parisien le député des Français de l’étranger Pieyre-Alexandre Anglade (LREM), habitué à faire des allers-retours entre Paris et la Belgique.

« Imbroglio » dans les critères

Pour comprendre la confusion, le Parisien s’est penché sur la façon dont nos voisins dressent leur liste des territoires étrangers à risque. Un critère est pris en compte en premier : le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas de Covid-19 pour 100 000 habitants. En Belgique, le seuil de passage en « rouge » est fixé à 100 sur les deux dernières semaines. En Suisse, c’est 60. En Allemagne, c’est 50 mais… sur les sept derniers jours seulement.

Mais tout n’est pas qu’une affaire de chiffre. Une analyse « manuelle » suit. En Allemagne par exemple, les diplomates basés à l’étranger font remonter des informations concernant «le type d’épidémie (locale ou généralisée), les capacités de dépistage et le nombre de tests effectués par habitant ainsi que les mesures prises pour contenir la propagation de l’épidémie», détaille l’Institut Robert-Koch (RKI). Autre disparité :  la Belgique est la seule à distinguer les départements, les autres pays se contentent de classer par région.

«L’impression de cafouillage n’est pas qu’une impression, il y a un réel imbroglio concernant les critères de chaque pays, ce qui renvoie un sentiment d’illisibilité et d’insécurité», assure au Parisien Pieyre-Alexandre Anglade.

Les élus interrogés par le Parisien s’accordent à reconnaître au secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune, les compétences et une envie de faire avancer le dossier. Mais ils souhaiteraient aboutir au plus vite. Depuis le mois d’août, l’ancien conseiller Europe du chef de l’État se démène pour trouver un accord. Jeudi, sur France Inter, il a indiqué qu’il espérait conclure «dès la semaine prochaine».