Face au Covid-19, le monde de la nuit peine à voir le jour

Dans un contexte de reprise de l'épidémie de Covid-19, les bars sont pointés du doigt par les autorités sanitaires, alors que de nombreux clusters semblent naître dans ces établissements. Les mesures restrictives se multiplient, et les professionnels du secteur s'inquiètent pour leur avenir.

À Rennes, Lille, Nantes ou encore Montpellier, les cas d’écoles et d’universités qui sont contraintes de fermer leurs portes à cause de cas de Covid-19 se multiplient. En cause à plusieurs reprises, des fêtes de rentrée dans des bars privatisés réunissant des dizaines de leurs étudiants. Alors que le bilan de l’agence Santé publique France du vendredi 18 septembre fait état de 947 clusters actifs sur l’ensemble du territoire français, les bars sont dans le viseur des autorités sanitaires.

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Lors de son intervention du jeudi 17 septembre, le ministre de la Santé Olivier Véran a évoqué leur «possible fermetures» à Marseille ou en Guadeloupe «si la situation sanitaire ne s’améliore pas».  Dans le reste du pays, les autorités locales préfèrent pour l’instant adopter des mesures restrictives plutôt que d’imposer des fermetures.

À Nice et dans le Nord, les bars sont désormais fermés entre 00h30 et 6 heures. Une mesure également prise à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, où la consommation d’alcool debout est interdite, ainsi que la consommation partagée, comme la chicha. C’est encore plus tôt, à 23 heures, que les bars  ferment dans le Tarn, où la consommation d’alcool debout est également proscrite, ainsi que la diffusion de musique en terrasse. À Toulouse et en Haute-Garonne, les concerts sont interdits dans les bars entre midi et 7 heures, ainsi que la consommation d’alcool debout. Il est également interdit de danser. La ville de Bordeaux suspend quant à elle les fêtes étudiantes.

«Je réalise 90% de mon chiffre d’affaires entre 00h30 et 3h du matin, donc cela ne vaut pas la peine d’ouvrir»

A Rennes où les bars doivent fermer à 23h, Claude Panon, patron du bar de nuit L’été indien est contraint de fermer son établissement jusqu’à la fin du mois. Il se désole dans les colonnes du quotidien 20 Minutes : «C’est encore nous qui trinquons.» «En tant que bar de nuit, je réalise 90% de mon chiffre d’affaires entre 00h30 et 3h du matin, donc cela ne vaut pas la peine d’ouvrir», explique le gérant qui va mettre ses cinq salariés au chômage partiel.

La colère des barmen

Des annonces successives qui suscitent aussi la colère des autres professionnels du secteur. Avant la rentrée déjà, le 28 août, ils réclamaient plus de moyens dans une lettre ouverte au gouvernement signée par 90 acteurs du milieu. De nombreux responsables de ces établissements «se retrouvent face à un dilemme économique insoluble», écrivaient-ils. Si les gérants de bars ont pu rouvrir après le confinement et bénéficier du fonds de solidarité, du prolongement de l’activité partielle, du prêt garanti par l’Etat (PGE) et de l’extension des terrasses maintenue jusqu’à juin 2021, le secteur peine à garder la tête hors de l’eau.

Tenus à 90% par des indépendants, les bars «font 30% de leur chiffre d’affaires avec l’événementiel (fête d’anniversaire, soirée organisée…)», peut-on lire dans cette lettre. Des événements rendus impossibles par les mesures sanitaires en vigueur. Résultat : ces établissements «ne peuvent même pas atteindre 50% de leur chiffre d’affaires habituel». Les 90 signataires préviennent que «si des solutions concrètes et plus efficaces» que les restrictions horaires ne sont pas trouvées, «50% des bars fermeront d’ici la fin de l’année, et avec eux, plus de 50 000 emplois seront détruits».

Les discothèques sous perfusion

Depuis le confinement, les platines des discothèques ne tournent pas non plus. Le ministère de l’Économie indique que, sur 1 600 établissements de nuit en France, 82 ont déposé le bilan et 300 sont actuellement en grande difficulté. Le secteur compte 40 000 salariés, sans compter les emplois indirects avec les sociétés de gardiennage, qui fournissent notamment les vigiles.

Pour contenir la crise, l’État a élargi les condition d’attribution des aides aux discothèques. A aussi été prolongée leur distribution de quatre mois, jusqu’à la fin 2020, ce qui correspond à une prise en charge des loyers jusqu’à 15 000 euros par mois.

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