Rentrée sportive : «J’ai perdu 50% de mes anciens élèves»

Quelques semaines après la rentrée, toutes les fédérations sportives tirent un premier bilan du nombre de recrues cette année. Et le constat est le même partout : les inscriptions ont chuté, parfois jusqu'à 50%. Reportage dans les salles et les clubs de sport parisiens.

Avant d’entrer sur le tatami, le même rituel pour tous les enfants : du gel hydro-alcoolique sur les mains, puis sur les pieds, retirer son masque et le cours commence. D’habitude, le mardi soir, le club Daumesnil (XIIème arrondissement de Paris) accueillait deux cours de judo de près de 44 enfants chacun. Ce samedi de mi-septembre, les élèves ne sont plus que dix au total. «La Fédération française de judo avait prévu 30% d’inscriptions en moins pour la rentrée. C’est bien pire ! J’ai perdu 50% de mes anciens élèves», s’exaspère Michel Sanchis, ancien champion de judo devenu professeur.

Cette rentrée 2020 s’annonce bien compliquée pour le sport amateur. Et à l’issue de l’assemblée générale de l’Agence nationale du sport (ANS), mercredi 16 septembre, ce sont toutes les fédérations qui ont exprimé des inquiétudes : 50% de licenciés en moins pour la boxe, 30% pour le handball … «2021 s’annonce beaucoup plus périlleuse que 2020 parce qu’on ne sait pas encore qui va reprendre le chemin du club, à la fois pour les pratiquants et pour les animateurs», a regretté auprès de la presse le patron du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Denis Masseglia.

Des clubs désertés par les enfants

Et les premiers à ne pas reprendre le chemin du sport sont les enfants. «Ce sont les parents qui sont très incertains, explique Michel Sanchis. Plusieurs m’ont dit “ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais on préfère attendre janvier”». 

Alors que la majorité du chiffre d’affaires des clubs se fait en septembre et octobre, car c’est là que se concentrent les inscriptions, les petites structures craignent pour leur avenir financier : «Depuis la fermeture du confinement, j’ai neuf mois de loyers impayés en 2020. J’ai dû embaucher quelqu’un pour accueillir les enfants, leur donner du gel et désinfecter le matériel régulièrement. Mais en même temps, j’ai engagé un professeur de judo pour des cours quasi-déserts. Qui garder ou non ? On n’a aucune visibilité sur la suite», désespère le prof.

Les salles de boxe du club Daumesnil, en revanche, ont vu les cours adultes reprendre avec une bonne fréquentation. Malgré les règles sanitaires et une circulation du virus chaque jour plus vive en France, les plus âgés n’ont pas eu peur de reprendre le sport en septembre. 

Les cours pour adultes toujours remplis

Même constat dans le Xe arrondissement, où Alexandra sort de sa salle de sport. Elle ne se voyait pas arrêter de courir sur un tapis roulant avec la crise sanitaire : «Il me faut mon exutoire ! J’ai continué, dès juin, à retourner à la salle une à deux fois par semaine. Tout est fait pour qu’on se croise le moins possible. Finalement il y a beaucoup moins de monde et je n’ai plus à attendre 20 minutes pour un tapis de course. Et on devait déjà désinfecter le matériel avant le Covid !», se réjouit-elle.

Chez Episod République, les cours de boxe, de vélo ou encore de yoga font carton plein : «On a dû réduire notre capacité d’accueil de moitié, mais 90% des créneaux sont toujours pleins. On est passés de 500 à 600 passages par jour dans la salle à 300 aujourd’hui», détaille Djamel Bensafi, manageur de la salle. 

Une baisse de chiffre d’affaires est à prévoir donc, mais les dégâts financiers ont pu être contenus selon M. Bensafi : «On a la chance de faire partie d’un grand groupe qui permet d’amortir les pertes depuis le confinement. Mais on a mis de côté tous nos projets de développement en attendant». 

Confiance dans le respect des règles sanitaires

Et les gros moyens permettent, entre autres, de mettre en place de vastes mesures sanitaires — souvent déjà présentes avant la crise, comme l’aération. Dans le studio dédié au «cycling» 17 personnes s’activent avec un vélo sur deux inoccupé pour respecter les 4 m² obligatoires par utilisateurs. 

Du côté du cours d’«athletic», la salle est remplie d’accessoires multiples — élastiques et poids en tout genre — que les sportifs s’échangent très régulièrement : seule solution, que chacun désinfecte son matériel pendant ses quelques minutes de repos. Là où des exercices au sol sont effectués, le ménage est fait entre chaque cours. De quoi rassurer les clients.

Mais pour l’ensemble du secteur du sport amateur, la visibilité reste très limitée. D’autant plus quand on évoque l’accélération de la circulation du virus. Le gouvernement a déjà alloué 30 millions d’euros de son plan de relance aux clubs et fédérations sportives, sans certitude que cette somme soit suffisante. Pas moins de 80% des fédérations sportives reconnaissent avoir des difficultés financières en cette rentrée selon le Comité national olympique et sportif français.

Photo : Roudière / Wikimedia Commons