Test Covid : une facture de 350 millions d’euros par mois pour la Sécu

La France est un des seuls pays a rembourser intégralement les tests RT-PCR et sans condition. Une politique de dépistage massif de la population qui augmente considérablement le déficit de la sécurité sociale.

A Paris, dans les banlieues et dans toutes les grandes métropoles françaises, les laboratoires sont pris d’assaut. Tous les jours, les mêmes scènes se reproduisent inlassablement : d’interminables files d’attente de personnes, malades ou asymptomatiques, voulant se faire dépister au Covid-19. Une opération a priori gratuite pour les citoyens… mais pas pour la Sécurité sociale.

Une facture de deux milliards par an

Depuis un arrêté du 25 juillet, tout un chacun peut se faire dépister gratuitement sur simple présentation de la carte vitale. Résultats ? Des laboratoires engorgés, des délais d’obtention des résultats de plus en plus longs et une facture pour l’assurance-maladie qui explose. Sur la seule semaine du 7 septembre, plus d’1,2 millions de tests ont été réalisés sur l’ensemble du territoire. À raison de 73,59 euros remboursés aux laboratoires de biologie par test effectué, la note s’élève à près de 88 millions d’euros par semaine et à plus de 350 millions d’euros par mois pour l’Assurance maladie. Sur un an, la facture pourrait grimper à 2 milliards d’euros, soit l’équivalent du déficit de la Sécu en 2019.

«Le système est en train de péter, s’alarme le président du Syndicat national des jeunes biologistes médicaux, Lionel Barrand, dans une interview accordée au journal Le Monde. Effectuer moins de tests et délivrer des résultats plus rapidement serait la meilleure chose à faire du point de vue médical, comme du point de vue de la dépense publique.» Lors de son point presse hebdomadaire, le ministre de la Santé, Olivier Véran a amorcé un changement de stratégie en ce sens, avançant «une doctrine de priorisation des tests». Seront désormais prioritaires pour se faire dépister : les personnes munies d’ordonnance, les symptomatiques, les soignants, les aides à domicile ainsi que les cas contacts.

Les test-PCR plus chers en France

En faisant le choix du remboursement total, la France s’est hissée parmis les pays qui testent le plus leur population derrière le Royaume-Uni et la Russie. Le but du remboursement intégral et sans condition étant d’encourager les Français à se faire tester et les laboratoires à investir dans les machines de tests. Nos voisins allemands et espagnols ont pour leur part adopté une stratégie plus ciblée et donc moins coûteuse. Pour se faire dépister gratuitement dans ces pays il faut présenter des symptômes ou avoir été en contact avec des cas positifs. Les asymptomatiques doivent payer les tests de leur poche, à des prix souvent dissuasifs – environ 100 euros en Allemagne, entre 130 et 240 euros en Espagne. Une stratégie payante puisque les Espagnols sont deux fois moins nombreux à se faire tester que les Français.

Les test PCR sont aussi plus coûteux en France que dans les pays voisins. Facturé 73,59 euros à la sécurité sociale dans l’hexagone, un test-PCR coûte 50,50 euros à l’Assurance-maladie Outre-Rhin. «L’Allemagne avait déjà des plates-formes de biologie moléculaire, pas nous, souligne le président du Syndicat national des biologistes, François Blanchecotte, dans les colonnes du Monde. Nous avons dû investir dans l’achat de machines dédiées, qui coûtent entre 50 000 et 200 000 euros pièce, et dont nous ne nous resservirons peut-être jamais une fois l’épidémie terminée.»

La stratégie de dépistage massif du gouvernement profite aux laboratoires dont l’activité avait été très durement touchée durant le confinement. Mais la manne financière est surtout importante pour les plus gros labos, capables de passer des commandes importantes et de réaliser des tests en série, sur des machines à forte capacité.

Légende photo : Le remboursement intégral et sans condition des test-PCR coûte 350 millions d’euros par mois à l’assurance maladie. / Crédits : Pixabay