Quatre questions pour comprendre le débat sur les néonicotinoïdes pour les betteraves

Les professionnels de la betterave et du sucre présentent mardi 22 septembre un plan de transition au ministre de l’agriculture. Il vise à réduire l’impact sur l’environnement de la réautorisation provisoire des néonicotinoïdes jusqu’en 2021. On vous explique les polémiques autour de cet insecticide.

Interdits depuis 2018, les néonicotinoïdes pourraient bien être réintroduits en France. Fin août, le gouvernement a fait marche arrière : il a accepté d’accorder, à partir de 2021, des dérogations temporaires, comme dans une douzaine d’autres pays européens, afin d’enrayer la “jaunisse de la betterave”. Il s’appuie sur l’article 53 du règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l’interdiction de certains produits lorsqu’il existe un “danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables”. Mais cette décision suscite la colère de nombreux écologistes et des apiculteurs. Explications. 

  • Les néonicotinoïdes, qu’est-ce que c’est ? 

Les néonicotinoïdes sont des produits toxiques utilisés comme insecticides afin de protéger les cultures des insectes nuisibles. Elles regroupent sept molécules dérivées de la nicotine et agissent directement sur le système nerveux central des insectes. Ces insecticides sont le plus souvent utilisés en enrobage de semences, de manière préventive. Dans les champs de betterave, ils sont utilisés pour s’attaquer à un puceron vert, qui transmet aux cultures un virus : la “jaunisse de la betterave”.

Commercialisées par des géants de l’agrochimie tel que Bayer ou Syngenta, les néonicotinoïdes représentent environ 40 % du marché mondial des insecticides agricoles. Il s’agit de la catégorie d’insecticides la plus répandue sur la planète. 

Il y a deux ans, Barbara Pompili, alors secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, a porté une loi sur la biodiversité qui prévoyait notamment l’interdiction des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018, avec des exceptions envisageables selon les cas jusqu’au 1er juillet 2020.

  • Pourquoi la filière souhaite-t-elle qu’elles soient ré-autorisées ?

Depuis plusieurs semaines, la filière s’exaspère des pucerons verts qui envahissent leurs plantations. Ces insectes sont en effet vecteurs de la jaunisse, un virus qui s’attaque directement aux betteraves. Cette année, sur les 450.000 hectares de betteraves, plus des trois quarts sont atteints. La perte de rendements est estimée entre 30 et 50% selon les terres. 

La cause d’un tel retournement ? L’arrivée à la mi-avril de Myzus persicae, un puceron endémique en France, qui a profité des conditions météorologiques favorables pour infester les betteraves en cours de levée. 

Le 6 aout dernier, un communiqué du ministère de l’Agriculture s’est inquiété d’une crise inédite et du futur de la filière : “Cette crise de la jaunisse fragilise l’ensemble du secteur sucrier et crée le risque d’un abandon massif de la betterave en 2021 par les agriculteurs au profit d’autres cultures”. Selon le ministère, “il y a urgence à agir” afin de sauver le secteur qui en France, premier producteur de sucre européen, concerne 46.000 emplois.

  • Quelle a été la réaction des apiculteurs ?

Les apiculteurs déplorent les impacts négatifs du produit sur l’environnement. Des études ont montré que ces produits étaient dangereux pour les insectes qui butinent les cultures, notamment les abeilles. Lorsque la quantité injectée est trop faible pour les tuer directement, ces expositions altèrent leur sens de l’orientation, leur faculté d’apprentissage et leur capacité de reproduction. Selon l’Unaf (Union nationale de l’apiculture française), 300 000 ruches sont anéanties chaque année à cause de ces pesticides.

Mais les insectes ne sont pas les seules victimes : les néonicotinoïdes contaminent aussi les champs. En moyenne, seul 10 % du produit qui enrobe les semences est absorbé par la plante traitée. Près de 90 % de la quantité utilisée reste donc dans les sols et y persiste généralement jusqu’à plusieurs années. Selon une étude menée par Greenpeace, cela aurait pour conséquence de fragiliser l’écosystème, en touchant les autres insectes, comme les papillons et les fourmis, mais aussi les invertébrés et jusqu’à la faune des cours d’eau.

  • Que proposent les professionnels de la betterave et du sucre ?

Il y a deux plans : l’un pour limiter l’impact du retour des néonicotinoïdes sur l’environnement, l’autre pour trouver des alternatives agronomiques à leur utilisation d’ici trois ans. Les plans comportent plusieurs promesses qui doivent permettre d’ “accélérer la transition”, tout en protégeant les pollinisateurs.

Parmi elles,  les professionnels s’engagent à réduire “de 25%” l’utilisation des néonicotinoïdes en enrobage de semence “par rapport à la pratique précédente”. Ils promettent également de restreindre à “une seule année” l’utilisation de semences traitées aux néonicotinoïdes par parcelle sur la période de transition 2021–2023, durant laquelle doit courir la dérogation, qui devrait être renouvelée chaque année, sous réserve du vote de la loi par le Parlement.

Ce projet de loi controversé sera débattu le 5 octobre à l’Assemblée nationale, en première lecture.