On vous explique pourquoi le rachat de Suez par Veolia suscite la polémique

 

 

Le groupe français  de gestion des déchets et de l’eau tente de fusionner avec son rival historique, Suez. Mais ce dernier ne compte pas se laisser faire. 

La manoeuvre est pour le moins cavalière, dimanche 31 août dernier, lorsqu’Antoine Frérot, directeur de Veolia, annonce à la surprise générale vouloir s’emparer de son concurrent direct, Suez. Depuis, les rivaux historiques sont à couteaux tirés. Ce mardi 22 septembre, l’intersyndicale de Suez a manifesté devant le siège d’Engie, à Paris, pour protester contre le projet de reprise. Nous vous expliquons pourquoi cette lutte fait débat ?

  • Qui sont Veolia et Suez ? 

Ces deux groupes français sont les leaders de la gestion des déchets et de l’eau dans le monde. La rivalité des deux groupes ne date pas d’hier. Au niveau mondial, Veolia pèse plus lourd que Suez. Le groupe génère près de 30 milliards d’euros et emploie 310 000 salariés. Suez emploie 90 000 personnes, dont 30 000 en France, et produit 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. 

  • Pourquoi Veolia veut-il racheter Suez ? 

L’annonce a secoué la rentrée économique. Le 31 août, Veolia a annoncé son intention de racheter Suez, après deux tentatives avortées de rapprochement en 2006 et 2012. Pour parvenir à ses fins, le groupe compte racheter les 30% de Suez détenus par Engie.

Dans un communiqué publié sur le site du groupe, Antoine Frérot, le directeur, explique : “La pression grandissante de l’opinion publique, le Green Deal européen et les plans de relance qui s’annoncent dans de nombreux pays font de l’ambition écologique une nécessité. Ce projet nous permettra […] de construire le grand champion mondial français de la transformation écologique”. 

La vraie raison de cette tentative de fusion est aussi géopolitique. Séparément, Veolia et Suez ne pèsent pas grand chose face aux nouveaux acteurs régionaux, notamment asiatiques. Le PDG de Veolia a d’ailleurs exprimé son inquiétude de voir potentiellement grandir “un acteur chinois mondial”, Beijing Capital Group. Un argument auquel le gouvernement français pourrait être sensible. Fusionnés, les deux groupes seraient alors plus forts même s’il faut relativiser leur importance puisqu’ils ne représenteraient que 5% d’un marché mondial déjà très morcelé.

  • Pourquoi Suez s’oppose-t-il à ce rachat ? 

D’abord parce que le groupe a été pris de court. Interrogé par Le Figaro sur cette OPA, le directeur du groupe, Bertrand Camus, juge la démarche “hostile”, “aberrante pour Suez” et même “funeste pour la France”. Suez estime aussi qu’une telle fusion serait responsable de “pertes d’opportunités en France et à l’international”. En d’autres termes, que les deux groupes se marcheraient sur les pieds. Enfin, les syndicats et la direction de Suez estiment de concert que la fusion des deux groupes entraînerait des répercussions sur l’emploi.

Mardi 22 septembre, les syndicats ont manifesté leur désaccord devant le siège d’Engie à La Défense. Objectif : les convaincre de ne pas céder leurs parts à Veolia.

  • Combien d’emplois menacés ? 

Une fusion des deux groupes aboutirait “à une casse sociale”, a déclaré Jean-Marc Boursier, le directeur général adjoint de Suez. “On l’a chiffrée à 10 000 personnes dans le monde, a‑t-il appuyé, dont 4 à 5 000, rien qu’en France”. “Cette opération ne fait pas sens pour nous”. Selon Jean-Marc Boursier, cette estimation chiffrée du nombre de licenciements aurait été calculée dès 2012, alors qu’un rapprochement entre Suez et Veolia était déjà envisagé. “Quand on a vu le caractère effroyable du nombre de licenciements qu’on devait faire, on a refermé le dossier”, appuie le directeur général adjoint.

  • Que vient faire l’Etat dans cette affaire ?

Malgré leurs liens passés avec la puissance publique, Veolia et Suez sont aujourd’hui deux entreprises majoritairement détenues par des actionnaires privés. Sauf qu’Engie, l’actionnaire de référence de Suez que Veolia souhaite racheter, est détenu à 23% par l’Etat. Ce dernier en est son principal actionnaire, ce qui lui permet d’avoir son mot à dire dans le cadre des instances d’Engie. Et le gouvernement semble partagé sur la question. Le 3 septembre, Jean Castex s’affichait favorable à un rapprochement “qui fait sens” lors d’une conférence sur le plan de relance. Mais Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, s’affiche plus réticent, sur Cnews le 17 septembre. “L’Etat est impartial sur ce dossier” a‑t-il déclaré, alertant contre “une guerre inutile” entre les deux groupes français qui viendrait “perturber la relance économique”.

Mais l’Etat s’inquiète aussi du risque de monopole des “services collectifs” que poserait un groupe Veolia-Suez. Le Front républicain d’intervention contre la corruption (Fricc) et l’Association pour le contrat mondial de l’eau (Acme) ont d’ailleurs saisi l’Autorité de la concurrence et la Commission européenne pour vérifier la légitimité d’une telle opération.

  • Quel est le calendrier ? 

Engie est vendeur de ses actions Suez, mais rien ne l’oblige à les vendre à Veolia qui lui a fixé un ultimatum au 30 septembre pour répondre à son offre. Les dirigeants de Suez peuvent donc tenter de présenter une offre alternative, s’ils trouvent des investisseurs intéressés, dont le profil conviendrait au gouvernement.  Le groupe s’est lancé, mardi, dans une contre-offensive. Le groupe a annoncé revoir ses objectifs financiers à la hausse, et promet des dividendes accrus pour les futurs investisseurs. Une communication qui vise à dissuader Engie de vendre ses parts. 

Pour avoir une chance de conserver son indépendance, Suez doit désormais trouver une alternative à l’offre de reprise de Veolia. Si c’est le cas, elle sera présentée au conseil d’administration d’Engie qui se tiendra vendredi 25 septembre prochain.