Les limites d’un parc automobile français 100% vert

Alors que la Californie a annoncé l'interdiction de la vente de voitures diesel et essence dès 2035, trois spécialistes nous détaillent les limites d'un parc automobile 100% vert en France.

La Californie s’attaque à ses véhicules polluants. Les voitures “traditionnelles” ou thermiques, qui consomment de l’essence ou du gasoil, ne seront plus vendues dans l’État américain à partir de 2035. C’est la mesure la plus efficace que notre État puisse prendre pour combattre le changement climatique”, a déclaré le gouverneur Gavin Newsom, dans la nuit de mercredi 23 à jeudi 24 septembre. Cette annonce n’est pas anodine : la Californie constitue le plus grand marché automobile des États-Unis, avec 1,8 million de véhicules à combustion vendus en 2019, et près de 750 000 voitures électriques en circulation. 

Avec cette annonce, la Californie s’aligne sur ce qui a déjà été annoncé par des constructeurs notamment allemands et par les métropoles européennes depuis 2015”, indique Aurélien Saussay, économiste à Sciences Po Paris. “Cette mesure fait écho à la promesse de la France en 2018 de décarboner son parc automobile d’ici 2040”, abonde Maxime Huré, enseignant-chercheur à l’université de Perpignan. Ce spécialiste des questions de mobilités rappelle qu’à Paris, les diesels immatriculés avant 2001 (Crit’Air 5) sont bannis de circulation en semaine depuis juillet 2017.

“Interdire les véhicules thermiques ne suffit pas”

Pour autant, pas si facile de passer au 100% vert sur les routes. Si l’État de Californie s’est félicité d’une avancée pour la planète, Cédric Philibert, chercheur à l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales), tempère : “Cette mesure n’empêchera pas les Californiens de posséder leurs anciens véhicules à moteur thermique ou de les revendre en occasion.” Par ailleurs, “une échéance à 2035, c’est beaucoup trop long du point de vue de l’environnement”. Maxime Huré affirme, lui, que pour dépasser l’effet d’annonce, les États-Unis devraient revoir entièrement leur système de production automobile. “Il faut mettre l’accent sur l’électrique, pas seulement sur les voitures, mais aussi sur la production d’électricité pour les alimenter”, souligne-t-il.

“Aux Etats-Unis ils produisent encore leur électricité avec du charbon ou avec de l’uranium. Évidemment ça pose question. Interdire les véhicules thermiques ne suffit pas, tranche Maxime Huré. C’est pareil pour la France et les autres Etats : le véhicule de demain sera ‘propre pour l’air’ uniquement s’il s’accompagne d’une production d’électricité renouvelable”. 

« On ne peut pas encore imaginer un système où un véhicule serait 100% propre, pour l’air et pour l’environnement ».

Maxime Huré, enseignant-chercheur à l’université de Perpignan

“Repenser les mobilités de demain”

Pour Cédric Philibert, ce genre d’annonce peut tout de même permettre de provoquer un “effet cliquet” positif. “Les constructeurs ont compris qu’ils devaient introduire des véhicules zéro émission dans leur flotte et ils ont compris que le véhicule urbain et suburbain de l’avenir est électrique, explique le chercheur de l’IFRI. Pour le moment on compose avec des véhicules thermiques, des électriques et des véhicules hybrides qui, soit-disant, rassemblent le meilleur des deux mondes. Il faut entièrement repenser les mobilités de demain”.

Le principal défi concerne les systèmes de recharge rapide, frein majeur au développement d’un parc automobile plus respectueux de l’environnement. En France, où les constructeurs ont pourtant pour mission de réduire drastiquement les émissions polluantes de leurs véhicules, “Il n’y a pas encore assez de prises installées pour alimenter les véhicules électriques. Il n’y a pas d’homogénéité, plusieurs compagnies, plusieurs types de chargeurs…”, regrette Cédric Philibert qui appelle à “un plan de relance homogénéisé”.

Il faut aussi convaincre l’opinion publique. Pour Aurélien Saussay, “Décarboner l’industrie automobile relève d’une question de justice sociale.” Selon le chercheur, “Les Français reposent énormément sur leur véhicule. Si on leur interdit les voitures traditionnelles, il faut leur proposer une alternative comme des véhicules électriques abordables ou investir dans les transports en commun. Sinon on va se retrouver avec des manifestations en continu, à l’image des gilets jaunes ».