L’objectif de neutralité carbone de la Chine d’ici 2060 est-il réalisable ?

Lors d’un discours à l’assemblée générale de l’ONU, le président chinois Xi Jinping s’est engagé à la neutralité carbone à l’horizon 2060. 

C’est une annonce surprise de la part du plus gros pollueur mondial. Pour la première fois, la Chine s’est fixée, mardi 22 septembre, un objectif de neutralité carbone. Mais les experts sont sceptiques sur la manière dont le géant asiatique pourrait parvenir à cet objectif. On tente d’y voir plus clair. 

  • Quelle est la promesse de Pékin ? 

“Nous avons comme objectif de commencer à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030, et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060”, a déclaré Xi Jinping lors de l’Assemblée générale virtuelle des Nations Unies à New York. Le président chinois s’est ainsi engagé à atteindre un pic de ses rejets avant 2030, et non plus “autour” comme c’était indiqué dans son précédent plan climat, relève Le Monde. En début d’année, l’ONU avait même accusé la Chine d’être bien en-dessous des objectifs fixés par l’accord de Paris, signé lors de la COP21 en 2015. 

  • Pourquoi cette annonce est-elle importante ? 

D’abord parce que la Chine est le premier pollueur mondial. Il est ainsi responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Cette décision est donc cruciale. Elle s’inscrit dans une volonté de faire baisser la courbe mondiale des émissions de carbone et ainsi limiter le réchauffement de la planète. Elle est perçue comme un pas majeur pour redonner vie à l’accord de Paris. « C’est l’annonce la plus importante en termes de politique climatique mondiale depuis au moins cinq ans et elle était impensable il y a quelques années », abonde le climatologue allemand Niklas Höhne dans Le Monde.

“Cette annonce enverra des ondes de choc positives dans les cercles diplomatiques et devrait susciter une plus grande ambition climatique de la part d’autres grands émetteurs”, se réjouit la vice-présidente du World Resources Institute, Helen Mountford. Selon Le Monde, si Pékin atteignait la neutralité carbone d’ici à 2060, cela entraînerait une baisse des prévisions de réchauffement de 0,2 °C à 0,3 °C à l’horizon 2100. Il s’agirait de “la plus grande réduction pour un seul pays jamais calculée”.

  • Qu’est-ce que cela signifierait pour le pays ? 

Le nouvel objectif exige une refonte radicale des habitudes de la Chine et ses habitants. Et pour cause : Pékin a bâti sa puissance économique sur les énergies fossiles, notamment l’ultra-polluant  charbon. Le pays continue d’ailleurs de construire de nombreuses centrales au charbon, lequel a été le moteur de son essor économique. Sa consommation annuelle en charbon a ainsi quasiment quadruplé entre 1990 et 2015, pour représenter 70% de la consommation énergétique du pays. Cette dépendance s’est un peu tarie, et est désormais évaluée à moins de 60%. 

Une étude parue en juin, et citée par Le Monde, notait que « la Chine envisage actuellement d’augmenter ses capacités de production des centrales au charbon à hauteur de 249,6 gigawatts”. Par ailleurs, “97,8 GW sont en construction et 151,8 GW en préparation”. Comme le souligne La Tribune, ces capacités en charbon représentent bien plus “que la production actuelle des États-Unis ou de l’Inde”.

Pour Neil Hirst, chercheur à l’Imperial College London interrogé par l’AFP, “c’est un grand défi qui impliquera l’arrêt ou la rénovation d’un grand nombre de centrales à énergies fossiles relativement modernes”A l’heure actuelle, les combustibles non fossiles ne représentent qu’environ 15% de la consommation énergétique de la Chine. “Le diable est dans les détails et la Chine devra fixer des objectifs spécifiques à court terme, ainsi qu’une date de pic plus rapprochée, mais la voie prise par la Chine pour un avenir à zéro carbone se précise”, renchérit Helen Mountford.

  • Est-ce vraiment réaliste ? 

Xi Jinping n’a pas détaillé ses propos ou précisé ce qu’il entendait par neutralité carbone. Sa déclaration reste donc sujette “à toutes les interprétations”, estime auprès de l’AFP Lauri Myllyvirta, analyste pour le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), basé en Finlande. Pour François Godement, spécialiste de l’Asie à l’Institut Montaigne, interrogé par Le Monde, “Xi Jinping laisse la question climatique aux générations futures.” Il souligne qu’ “à la fin du XXe siècle, la Chine voulait ramener sa consommation de charbon à 1,2 milliard de tonnes par an. Or en 2018, elle en a consommé 4,84 milliards de tonnes. Donc les promesses pour 2060… »

Dans le Guardian (en anglais), Richard Baron, directeur de l’ONG 2050 Pathways Platform, se montre plus optimiste : “L’objectif chinois de neutralité carbone est absolument faisable, tant d’un point de vue technique qu’économique.”

Reste plus qu’à attendre la publication du futur plan quinquennal pour en savoir davantage sur l’engagement chinois. Cela interviendra l’an prochain. En attendant, l’objectif de neutralité en 2060 “ressemble un peu à de la science-fiction”, raille le responsable du climat et de l’énergie à Greenpeace Chine auprès de l’AFP.