Fridays For Future : comment les jeunes pour le climat reprennent la mobilisation en temps de Covid

Le mouvement de Greta Thunberg fait sa rentrée avec deux journées mondiales de mobilisation le 25 et 26 septembre. Des actions sont prévues dans plus de 20 villes en France.

Malgré une période d’inertie dans les mobilisations ces six derniers mois, les jeunes militants pour le climat sont prêts pour une nouvelle année. A l’international, la stratégie digitale a été encouragée avec la promotion de la grève digitale sur le compte Instagram de Fridays For Future. Il s’agit de partager des photos de pancartes sur les réseaux sociaux avec les hashtags #ClimateStrikeOnline et #DigitalStrike. “Nous organisons aussi une conférence virtuelle sur Zoom qui va durer 24h, précise Joel Lev-Tov, coordinateur presse de Fridays For Future Digital. Ils y aura des interventions des différents groupes locaux sur leurs problématiques propres en Indonésie, aux Etats-Unis, en Argentine et même au Kenya.” Si l’équipe digitale ne comprenait que 10 personnes avant la quarantaine, tout le mouvement ou presque a dû s’initier aux réseaux sociaux.

La section française du mouvement, Youth For Climate a quant à elle préféré le réel au virtuel. Elle appelle les jeunes citoyens français à se rassembler, vendredi 25 septembre, à midi, dans les établissements scolaires afin d’y mener des débats sur les questions environnementales. Des actions sont aussi prévues dans 27 villes en France, vendredi 25 et samedi 26 septembre. Mais il n’y aura pas de grande marche comme on a pu en voir l’an dernier à Paris.

Du virtuel au réel

Avec le confinement et l’été, le mouvement a connu une période d’inertie, rapporte Léna Lazare. De plus en plus de personnes ont rejoint le mouvement sur les réseaux sociaux sans pouvoir être réellement intégrés étant donné l’absence de rencontres physiques.  “On a eu beaucoup d’arrivées sur nos serveurs d’organisation sur Discord (une plateforme de salons virtuels initialement plébiscitée des joueurs de jeux vidéos)”, assure l’étudiante qui estime le nombre de nouveaux arrivants durant le confinement à une centaine. “Plein de gens qui ne sont pas militants nous ont contactés pour savoir quoi faire. On avait besoin de cette première date pour se retrouver et s’organiser.” Joel Lev-Tov, de Fridays For Climate, abonde : de l’autre côté de l’Atlantique aussi, de nombreux groupes sont devenus inactifs depuis la pandémie. “Il doit y avoir au maximum trois groupes locaux actifs aux Etats-Unis.”

L’organisation des deux journées parisiennes a commencé en juillet, affirme Léna Lazare, étudiante de 22 ans, membre de Youth For Climate. “C’était tellement flou, explique-t-elle. On ne pouvait pas se permettre de communiquer sur un rassemblement de masse. On ne savait pas comment les gens allaient réagir avec le Covid. Et on craignait aussi une répression des forces de l’ordre. Donc c’est vrai que la mobilisation va être différente.” Pour autant, elle estime que ces rencontres à l’échelle locale sont nécessaires: “ça va être un premier départ dans l’année pour ensuite se mobiliser mieux et de manière plus efficace malgré les restrictions.” Pas de marche à Paris donc, mais une manifestation dans le Val‑d’Oise a été annoncée avec un parcours allant de Cergy à Pontoise.

Désobéissance civile et convergence des luttes

Durant ces deux journées, les groupes locaux de Youth for Climate comptent organiser différentes activités. L’idée ? Mener des actions de désobéissance civile, plutôt que de grands rassemblements moins à même de respecter les contraintes liées à l’épidémie de Covid-19. Youth for Climate souhaite ainsi cibler en particulier les « grands projets inutiles et imposés ». Concrètement, les militants prévoient d’occuper le chantier d’un futur centre commercial à Grenoble ou encore un site SEVESO à Lyon, samedi, pour faire écho à la catastrophe de Lubrizol, survenue il y a un an.

A Paris, l’occupation illégale d’une place de la capitale est prévue samedi avec des ateliers et des activités festives prévues tout du long. Le lieu sera révélé d’ici-là. L’action baptisée “Camp Climat” se veut  “dans la lignée de l’occupation de la place Châtelet par Extinction Rebellion” en octobre dernier. Sur son compte Instagram, Youth for Climate en détaille déjà les invités et le programme, annonciateur d’une convergence des luttes.

Le “camp climat” débutera à 13h avec une formation à la garde à vue par le groupe de défense collective de Paris et de banlieue. A 15h, suivra une discussion avec Dilnur Reyhan de l’institut des Ouïghours de France, à 16h un atelier collages avec le collectif féministe des colleuses de Paris et à 17h une discussion avec Fatima Ouassak du Front des mères (syndicat de mères d’élèves issus de quartiers populaires).

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Un soutien de loin des organisations jeunesse et politiques

Si l’an dernier la “marche du siècle” avait su fédérer les jeunes pour les climat, mais aussi les partis politiques de gauche et de nombreux syndicats, cette fois, ni les jeunes écolos, ni les jeunes “Insoumis” n’ont confirmé leur présence aux actions de Youth for Climate. Les organisations politiques jeunesse de gauche et des syndicats comme l’UNEF et l’UNL ont publié un communiqué pour apporter leur soutien à la mobilisation de ce week-end, préférant toutefois inciter à une mobilisation digitale avec un hashtag qui sera mis en place dans les jours à venir.

Les jeunes écologistes, vont ainsi se focaliser sur la réponse à l’appel Notre Maison Brûle, signé par des personnalités et des organisations de gauche contre les dangers industriels un an après l’incendie de Lubrizol. “On a conscience qu’on peut pas être sur tous les terrains, justifie Etienne Cognet membre du bureau des Jeunes écolos. Donc on a vraiment concentré notre action sur l’appel ‘notre maison brûle’ tout en soutenant les autres mobilisations.”

Le mouvement de Youth For Climate a aussi reçu un soutien de l’Union pour le Climat (la section française de Parents for Climate) qui a relayé l’évènement, tout en organisant un autre rassemblement, légal, devant le Medef vendredi. Un rassemblement auquel se joindront des membres de Généraction.s. Un des organisateurs, François Dubreuil, estime important de s’adresser aussi au pouvoir économique dans cette lutte : « Il s’agit d’une action symbolique pour marquer le coup ». Mais il déplore le manque d’union dans l’activisme climatique en France : “Il y a une grande dispersion des organisations en comparaison à l’Allemagne. Ils ont du monde, des moyens et portent une parole unie”.