Cinq ans après, où en est-on de l’accord de Paris sur le climat ?

En 2015, après treize jours de débats, 195 États s'engageaient à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatiques. Mais cinq ans après, les signataires sont loin de respecter les engagements pris.

Le 12 décembre 2015 à 19h30, un marteau vert en forme de feuille d’arbre frappe le pupitre en bois de l’immense salle du Bourget. Par ce geste, le président de la 21e conférence des parties (COP21), Laurent Fabius, valide l’accord de Paris sur le climat. “Il est juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant”, chevrote-t-il devant l’assemblée d’officiels. S’ensuivent des scènes de liesse, embrassades et ovations saluant cet “accord historique”.

Cinq ans plus tard, l’accord de Paris est juridiquement entré en application. Invité de France Inter mardi 22 septembre, Laurent Fabius est pourtant contrarié : “Certains des gouvernements qui ont signé l’accord de Paris ne sont pas au rendez-vous”, s’offusque le désormais président du Conseil constitutionnel. Même si le pacte est “juridiquement contraignant” selon Laurent Fabius, il ne prévoit pas de sanctions contre les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements.

  • Que contient l’accord de Paris ?

Le texte ambitionne de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C à l’horizon 2100, par rapport aux niveaux préindustriels, et d’essayer de la limiter à 1,5°C. Il stipule que les États de la planète doivent s’adapter aux effets néfastes des changements climatiques, en favorisant notamment “un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire”. Il fixe aussi l’objectif d’une neutralité carbone pour 2050. L’accord a été officialisé le 4 novembre 2016. 55 pays, représentant au moins 55 % des émissions estimées de gaz à effet de serre (GES), avaient alors ratifié le texte.

  • Combien de pays l’ont signé ?

Au 25 septembre, 195 États de la planète, sur les 197 que reconnaît l’ONU, ont signé l’accord. Mais la signature du texte ne les engage en rien à le respecter. C’est sa ratification qui entraîne une obligation juridique pour le pays d’appliquer la Convention. A l’heure actuelle, seuls 189 l’ont ainsi ratifié. Il manque le Botswana, la Libye, le Soudan du sud, Érythrée, le Yémen, l’Iran, l’Irak et la Turquie.

Parmi les signataires, seuls 58 pays ont adopté des mesures nationales pour limiter leurs rejets de GES en 2030. Seize ont engagé des politiques suffisantes par rapport à leurs engagements climatiques, selon une étude publiée fin 2018 par le think-tank américain World Resources Institute. Le Canada, la Malaisie, l’Indonésie, le Japon, le Costa Rica et le Pérou figurent parmi les pays qui ont entrepris des actions respectant leurs engagements. En Europe, seuls la Norvège, le Monténégro et la Macédoine ont engagé des politiques climatiques jugées suffisantes par le think-tank.

  • Les objectifs sont-ils encore atteignables ?

Ils sont chaque jour menacés. Selon l’ONU, il faudrait réduire les émissions de CO2 de 7,6 % par an, chaque année, entre 2020 et 2030, pour respecter l’objectif fixé par l’accord de Paris. Et si certains pays comme les États-Unis ou les pays de l’ouest européens ont déjà réduit leurs émanation de GES, cela reste insuffisant pour rentrer dans les clous du texte.

Les émissions de gaz à effet de serre continuent donc d’augmenter. De 1,5% en moyenne chaque année, au cours de la dernière décennie. “L’atmosphère est une baignoire que nous remplissons petit à petit, résume Valérie Masson-Delmotte coprésidente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Un jour, cela va déborder. Si nous voulons avoir un effet discernable il faut de réels changements structurels, notamment sur les transports, la consommation d’énergie et alimentaire ou encore l’industrie.”

Les estimations du GIEC démontrent que les activités humaines ont déjà provoqué un réchauffement planétaire d’environ 1°C au-dessus des niveaux préindustriels. “L’enjeu, c’est aussi de réduire les émissions pour arriver à faire stagner les gaz dans l’atmosphère, puis essayer d’extraire le CO2”, analyse Paul Watkinson, qui a travaillé pendant des années sur les questions climatiques internationales. Si elles continuent d’augmenter au rythme actuel, il est probable que le réchauffement planétaire atteigne +1,5 °C entre 2030 et 2052 et +3°C en 2100, pour les scénarios les plus optimistes.

  • Le texte est-il juridiquement contraignant ?

Non, contrairement à ce qu’affirme Laurent Fabius. Le texte ne prévoit aucune sanction contre les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements. Chaque État donne des objectifs de réduction des émissions de GES. Tous les cinq ans, les gouvernements présentent ce qu’ils ont mis en place pour réduire leurs rejets de gaz à effet de serre. “Les objectifs de réduction des émissions ne pourront être revus qu’à la hausse, indique le texte. Un bilan global de l’accord sera effectué en 2023.”

“Les pays sérieux se fixent des émissions de gaz plus ambitieux que ceux de l’accord de Paris et s’imposent des budgets carbone tous les cinq ans, abonde Valérie Masson-Delmotte. Mais la France n’arrive pas à tenir ses engagements.” Comme la majorité des pays industrialisés. Et l’année 2020 ne va pas aider à remettre la pression sur les Etats. En effet, la Conférence de Glasgow sur les changements climatiques (COP26) a été reportée à 2021 à cause de la crise sanitaire. Elle était pourtant attendue par les experts pour permettre de dresser un état des lieux sur les engagements et, éventuellement, réajuster les objectifs de chacun.

  • Comment la rivalité sino-américaine peut permettre de donner un seconde souffle à cet accord ? 

En 2019, les États-Unis de Donald Trump ont formellement notifié à l’ONU leur volonté de sortir de l’accord de Paris sur le climat, conformément à la promesse de campagne du candidat républicain. Un départ qui devrait officiellement avoir lieu le 4 novembre prochain… soit le lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine.

Tout dépend donc de son résultat. Si l’opposant démocrate Joe Biden défait Trump, les Etats-Unis reviendront dans l’accord de Paris. Si l’ancien magnat est réélu, les États-Unis sortiront bel et bien de l’accord. Les États-Unis sont le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre. Ils représentent 17,89 % des émissions mondiales. Si pour l’instant aucun autre État s’est désengagé de l’accord, la communauté internationale craint que dans un futur proche, certains décident de suivre l’exemple américain.

La Chine, premier pollueur de la planète, vient elle de revoir ses ambitions climatiques à la hausse. Le 23 septembre, elle s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2060. Déjà engagés dans un bras de fer sur les échanges commerciaux ou sur la 5G, les deux pays sont en concurrence permanente. Cette annonce chinoise peut donc pousser les État-Unis à réagir afin d’essayer de prendre la place de numéro 1 dans la lutte contre les changements climatiques. “Le pays qui prendra le plus de mesures concernant ses émissions de gaz à effets de serre aura le leadership mondial de la lutte contre le changement climatique”, avance le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC. 

L’objectif chinois est ambitieux, mais il semble atteignable, pour certains experts. Surtout parce qu’il répond à des craintes du pays de Xi Jingpin. “Ce pays est très vulnérable aux changements climatiques, décrypte l’expert Paul Watkinson. C’est aussi pour se protéger eux-mêmes que les Chinois veulent atteindre la neutralité carbone. Et, souvent, quand ils annoncent quelque chose, ils le font.”