Entre esthétisme et économie, les villes fleuries s’adaptent au réchauffement climatique

Pour faire face aux vagues de sécheresse qui se multiplient, les communes françaises modifient leurs pratiques. Du choix des plantes, à de nouveaux systèmes d'économie de l'eau.

 

Finis les géraniums et les pétunias. A Albi, des plantes grasses espacées d’une cinquantaine de centimètres poussent dans du gravier. Un paysage désertique. Dès 2006, la ville du Tarn a mis en place des jardins secs pour limiter sa consommation d’eau. Alors que les vagues de sécheresse se multiplient en France, les villes s’adaptent pour préserver leurs espaces verts. Importation d’espèces exotiques, arrosage aux aurores pour empêcher la rosée de s’évaporer, terreau retenant l’eau : les communes déploient des trésors d’imagination pour concilier esthétisme et réchauffement climatique.

“Les villes pensaient joli, fleurissement, explique Jérôme Coutant, ingénieur d’expérimentation au Syndicat du Centre Régional d’Application et de Démonstration Horticole d’Hyères. Maintenant, la pression est plus importante. Quand on voit les cartes de températures, les arrêtés d’interdiction d’arroser… Tous les départements s’intéressent à cela.” Des préoccupations qui correspondent à la grille du Label Villes et Villages fleuris. Le Label, qui récompense les communes selon l’aménagement de leurs espaces verts, a été créé en 1959 dans une optique purement touristique. Mais depuis une dizaine d’années, l’attrait visuel se double d’un questionnement écologique.

Dans la grille d’évaluation des villes candidates, à côté des critères purement esthétiques (“créativité”, “harmonie des compositions”), on retrouve désormais des préoccupations environnementales : “économie et origine des ressources en eau”, “valorisation des déchets verts”, “méthodes alternatives d’entretien”. Pourtant, selon Kevin Beurlat, chargé de la communication au sein du Label Villes et Villages fleuris, jamais une ville n’a perdu une “fleur” pour non-respect de l’écologie. “Mais cela peut empêcher une ville de monter”, souligne-t-il.

En France, près de 5 000 communes jouissent du Label Villes et Villages fleuris. Seules 250 communes ont quatre fleurs, la plus haute distinction.

“Nous sommes une ville quatre fleurs depuis trente ans, rappelle fièrement Marie-Noëlle Biguine, la maire de Montbéliard, dans le Doubs. C’est un enjeu de qualité de vie, d’esthétique de la ville, et d’attractivité touristique.” Dans la région, les arrêtés préfectoraux interdisant l’arrosage en cas de sécheresse se sont multipliés. “Depuis 2018, il y en a tous les ans, indique Marie-Noëlle Biguine. Il y a 5 ou 6 ans, nous avons commencé une réflexion sur la manière de posséder des fleurs en dépensant moins d’eau.” Pour s’adapter, la commune a mis en place un système de récupération de l’eau des toits pour arroser ses 150 hectares d’espaces verts. Elle a aussi installé sous certaines pelouses un terreau qui retient l’eau et la redistribue aux plantes voisines.

Plantes exotiques et herbes peintes

Pour mieux gérer leurs ressources hydriques, les municipalités se tournent aussi vers des espèces exotiques, plus adaptées au réchauffement. Un phénomène amené à se généraliser. “La plante locale est adaptée au climat présent, explique le syndicaliste Jérôme Coutant. Dans un contexte de réchauffement climatique, il faut penser à des aménagements de long court. Par exemple pour un arbre, il faut penser à cinquante ans et au-delà. Et nous avons tendance à aller chercher des plantes plus au sud.” Mais les espèces méditerranéennes ne sont pas une solution miracle : avec le réchauffement climatique, les vagues de froid se multiplient. Il faut donc importer des plantes de milieux continentaux, capables de supporter des températures extrêmes, y compris froides.

Comme à Chartres ou à Rombas, Montbéliard a planté des espèces venues de climats plus chauds. Mais repenser les espaces verts peut se heurter à des obstacles inattendus. Certaines zones de la vieille ville de Montbéliard étant classées “patrimoine remarquable”, la commune ne peut pas planter des végétaux qui détonneraient avec les bâtiments. La mairie doit privilégier des espèces locales. “On ne peut pas mettre des oliviers, par exemple”, commente la maire, Marie-Noëlle Biguine.

Les petites villes aussi réaménagent leurs espaces verts. A 900 kilomètres de Montbéliard, en Vendée, la commune de Notre-Dame-de-Monts, 2 000 habitants, mise sur des espèces peu gourmandes en eau. “L’idée est d’enlever les végétaux peu adaptés au milieu”, détaille Frédéric Ecomard, le responsable des espaces verts. Notre-Dame-de-Monts a également développé le paillage. Cette pratique, qui consiste à recouvrir le sol de végétaux, permet de maintenir le niveau d’humidité du sol, et donc de diminuer les besoins en eau.

Si cela ne suffit pas, une ultime solution existe pour présenter des végétaux verdoyants malgré la sécheresse : la peinture pour gazon. En vente en jardinerie, ce produit s’applique par aérosol et colore en vert les parterres jaunis. Selon le Huffpost, des clubs de golf américains et des municipalités chinoises s’y sont déjà mis.