Le masque jetable : nouveau fléau pour l’environnement

Avec la pandémie, les plastiques à usage unique se sont multipliés de manière exponentielle. En première ligne : le masque chirurgical, beaucoup plus polluant que le masque en tissu, car composé d'une couche de plastique. Le jeter n'importe où peut avoir des conséquences néfastes pour l'environnement.

Quand en 2019, Anne-Leïla Meistertzheim, docteure en biologie marine, traverse avec d’autres chercheurs neuf fleuves européens à la recherche de plastiques sur les berges, elle ne trouve qu’un seul masque chirurgical. Depuis, la mission dirigée par l’association Tara Océan, qui a pour but de collecter des échantillons de plastique afin de remonter aux origines de la pollution, a été reconduite en juin 2020 sur les mêmes sites. Anne-Leïla y fait un triste constat : «Cette fois-ci, on a retrouvé des masques jetables sur les berges de 7 fleuves sur 9». En cause : entre les deux dates de prélèvement, la pandémie de Covid-19 a frappé le monde entier, faisant croître de manière exponentielle ces plastiques à usage unique.

Le constat de la chercheuse n’est pas une surprise. Cet été déjà, plusieurs internautes ont publié des photos de masques chirurgicaux jetés sauvagement dehors, autant à la campagne qu’en ville, comme l’attestent les images partagées par Charlotte Marrel, adjointe à la maire de Nancy.

«On estime qu’il faut 400 ans à un masque pour se décomposer»

Pourtant, le masque à usage unique n’est pas un déchet comme un autre. «C’est un Dasri, un déchet d’activités de soins à risques infectieux, rappelle Anne-Leïla Meistertzheim. Dans le milieu médical, le système de collecte est très réglementé et les déchets récupérés sont brûlés. Ils ne retournent pas dans le circuit de gestion classique des déchets en plastique et ont encore moins vocation à se retrouver sur la voie publique.»

Car les masques non traités sont dangereux pour deux raisons souligne la docteure. D’une part, ils sont un risque de contamination pour les personnes qui les manipulent dans la rue. «Pour les enfants par exemple à qui on a expliqué qu’il fallait jeter ses déchets à la poubelle, comment leur faire comprendre que pour les masques en particulier, il ne vaut mieux pas les toucher mains nues car ils risquent d’être contaminé ?», avance la scientifique qui est aussi présidente de Plastic@Sea, société qui oeuvre notamment pour la transmission de connaissances liées au développement durable vers le grand public.

D’autre part, le danger est réel pour l’environnement : «On estime qu’il faut 400 ans à un masque pour se décomposer totalement mais ce n’est qu’une estimation pour l’instant. Aucune étude empirique n’a permis de le démontrer encore.» Et d’ajouter : «Le danger est pour l’environnement mais aussi pour les personnes qui les portent. Au bout d’une heure seulement le polypropylène présent entre les deux couches de papier commence à se fragmenter et peut être inhalé.» D’où la nécessité d’en changer régulièrement. «Il faut penser la fin de vie de ces objets. Or aujourd’hui, ils se retrouvent utilisés par le grand public alors que les filières de recyclage n’ont été pensées que par le milieu médical», regrette-t-elle.

Ce problème lié au recyclage entre même dans la stratégie de combat du coronavirus de la Suède, connue pour son engagement en faveur de l’environnement. Anders Tegnell, épidémiologiste à l’agence de santé suédoise, a justifié la non obligation du port du masque dans les lieux publics par le caractère «viable» d’un point de vue environnemental si la pandémie devait se poursuivre sur le long terme.

Une start-up à la manoeuvre pour le recyclage

Mais en France, malgré l’interdiction de jeter ses masques dans la nature, sous peine d’être sanctionné d’une amende de 135 euros, force est de constater qu’ils continuent de pulluler. Face à cette urgence, la start-up GobUse a pris contact avec des supermarchés Super U afin de mettre en place des collecteurs de masques usagés comme le raporte Le Parisien. Une situation nouvelle pour cette start-up qui avait pour habitude de collecter des gobelets en plastique principalement pour les acheminer vers des sites où le recyclage est possible.

L’initiative est saluée par les clients des deux supermarchés U concernés en Seine-Saint-Denis. Mises en place depuis la fin août, les bacs semblent rencontrer un succès auprès de la clientèle, même si pour Thierry Desoucehes, porte-parole de l’enseigne de grand distribution, il est encore «trop tôt» pour mesurer le nombre de masques déposés. Il note déjà une réelle utilité auprès d’un public inattendu : les collaborateurs des supermarchés. «C’est un public auquel nous n’avions pas pensé. Ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas quoi faire des masques utilisés pendant leur temps de travail».

1 million de masques vendus après le déconfinement

Selon le porte-parole, si cette initiative attire autant les yeux des curieux, c’est parce qu’il y a une «réelle prise de conscience que ces déchets ne sont pas normaux». Rien que dans les enseignes U, un million de masques jetables est vendu chaque jour depuis le déconfinement. «Nous représentons 10% de part de marché sur notre secteur en France. Imaginez les quantités que cela représente avec tous nos concurrents !» Et de conclure : «Pour cette raison, nous cherchons à diffuser ce service dans d’autres magasins.»

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques doit rendre cet automne les résultats d’une étude sur les objets plastiques. Les deux rapporteurs redoutent déjà que les masques à usage unique ne devienne une problématique majeure pour les collectivités territoriales.