Etats-Unis : les pompiers de la côte Ouest “cramés et épuisés” par une saison des feux historique

Confrontés à des incendies géants depuis plus d’un mois, les pompiers de l’ouest des États-Unis ne comptent plus leurs nuits passées à chasser les flammes. Entre la fatigue, le stress et l’éloignement de leurs proches, l’épuisement n’est pas loin.

Les premières pluies de l’automne étaient attendues comme une respiration par les pompiers de la côte Ouest des Etats-Unis, brûlée et enfumée par une saison des feux hors normes. Plus de 2 millions d’hectares ont été emportés, et déjà plusieurs dizaines de civils tués depuis la fin du mois août. Après trois semaines de mission au coeur des flammes à débroussailler, creuser des travées d’endiguement, dégager les routes et arroser une centaine de départs de feux, Pat Mc Abery, 54 ans, traine la savate. Ce pompier aux 28 années de carrière n’avait pas vu les murs en bois de sa maison de Gresham, près de Portland, depuis que les vents d’Est, inhabituels et chauds, ont allumé la mèche dans les États de Washington, de l’Oregon et de la Californie.

“Le 7 septembre, on a été appelés de toute urgence sur un feu géant à 6 heures de route à la frontière avec la Californie, se souvient Pat Mc Abery. À 2 heures du matin, quand on est arrivé, on était les seuls sur place. Toutes les unités locales étaient occupées ailleurs. Il a fallu enchaîner 16 heures d’affilée.” Lui qui tient d’ordinaire un calendrier précis des sorties de son équipe, n’a plus rien inscrit jusqu’à cette semaine. “Quand je n’étais pas en tenue, je ne pensais qu’à mon sac de couchage et à trouver un endroit sûr où planter ma tente.” Et échapper à des températures infernales au contact du brasier, proches des 50 degrés, sans compter l’équipement.

“C’est difficile à gérer mentalement”

“Épuisé”, Pat Mac Abery n’en est pourtant pas à sa première saison, lui qui faisait partie des équipes envoyées sur le Camp Fire en novembre 2018, l’incendie le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis. Mais ce qui l’a frappé cette année, c’est le nombre de départs de feux simultanés, à cheval sur trois États et des milliers de kilomètres. Les équipes de soldats du feu, éparpillées et pas assez nombreuses, ont vite été dépassées par les événements. Au plus fort de la saison, plus de 600 foyers d’incendies étaient actifs rien qu’en Californie.

“Dès le deuxième jour d’intervention, mon collègue a été appelé par sa femme, en panique, raconte-il. Sa famille, près de Portland, était en train de se faire évacuer à cause d’un incendie. Alors que nous étions en train de gérer un autre feu à plus de six heures de là ! C’est difficile à gérer dans ce genre de situation, le mental n’est plus là. Les conversations par téléphone ou par Skype c’est bien, mais parfois tu as besoin d’être auprès de ta famille.”

Dans l’Oregon, 360 000 hectares ont été avalés par les flammes en trois jours début septembre, le double de la végétation qui brûle en moyenne en une année complète. Une combinaison de facteurs aggravants a permis cet embrasement dramatique. “La sécheresse a été dure cette année. La neige a fondu plus tôt que prévu, l’humidité moins forte, n’a pas permise d’atténuer les fortes chaleurs”, décrit Heather Ibsen, du US Forrest service, l’organisme fédéral chargé de la gestion des forêts.

Quarantième jour sur le terrain

Mais pompiers comme scientifiques dressent le même constat : les feux géants vont devenir de plus en plus fréquents avec les changements climatiques. Entre 1972 et 2018, le nombre d’hectares brûlés en Californie a été multiplié par 5 selon les études les plus récentes. “J’aimerais que les incendies de 2020 ne soient qu’une anomalie, des épisodes. Malheureusement, ils ne sont que précurseurs de l’avenir”, a déclaré Kate Brown, la gouverneure de l’Oregon, mi-septembre. Pat Mc Abery préfère en rigoler : “Je vais bientôt prendre ma retraite et c’est devenu une blague que je fais souvent : je n’ai plus besoin d’aller m’installer dans un État plus chaud pour mes vieux jours, l’Oregon l’est devenu.”

“On m’a toujours dit que ces feux géants, on n’en voyait qu’un par génération” , assure Jeremy Clain, du comté de San Diego, au sud de la Californie, engagé volontaire il y a six ans, se souvenant des paroles de vétérans. “Depuis, je n’ai rien vu d’autres que des incendies record. Chaque année est historique…” Dans le “Golden State”, la situation est critique. Près de 19.000 pompiers se battent encore, samedi 26 septembre, contre 25 incendies géants. Jeremy Clain, lui, enchaîne son 40ème jour consécutif sur le terrain. “D’après les derniers rapports météo, les pluies sont encore faibles. Les vents secs commencent à peine à arriver, ils devraient attiser les foyers encore en octobre et en novembre. On n’en a pas encore fini.”