Un rapport parlementaire pour sauver l’étang de Berre

Depuis bientôt 55 ans, les associations de protection de la nature et le géant de l’énergie EDF s’écharpent sur le sort de l’étang de Berre, dont l’écosystème est mis en danger par les activités industrielles. Des députés locaux proposent aujourd’hui un plan d’action, pour rétablir l’équilibre écologique de la plus grande lagune de France.

Mercredi 23 septembre, trois députés des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville (PCF), Eric Diard (LR), et Jean-Marc Zulesi (LREM), ont présenté leur rapport sur l’étang de Berre devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Le point sur la problématique écologique qui touche la lagune.

L’étang de Berre, c’est quoi ?

Bordant une quinzaine de communes provençales, à quelques kilomètres de Marseille (Bouches-du-Rhône), l’étang de Berre constitue une des plus grandes fiertés de la région Sud. Cette lagune d’eau salée, d’une vingtaine de kilomètre de long et de seize kilomètres de large, n’a pas à envier sa voisine la Méditerranée: elle est peuplée d’une centaine d’espèces d’oiseaux différentes, et se fait le refuge d’une riche flore marine. En 2003, 70% de ses berges ont été désignées zone de protection spéciale par le réseau Natura 2000. Depuis trois ans, l’étang est lui en lice pour figurer au patrimoine mondial de l’Unesco. Un enjeu de taille pour les habitants des communes alentours, qui souhaitent porter la défense de ce territoire au plus grand nombre. “Les problématiques dépassent le local, on veut en faire un enjeu national, “, déclare Eric Diard, député LR des Bouches-du-Rhône, à l’origine du rapport parlementaire pour protéger l’étang de Berre présenté à l’Assemblée national le 23 septembre

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C’est quoi le problème ?

Ce joyau méditerranéen n’a cessé d’être saboté par ses industries environnantes. Si la pollution historique, d’origine industrielle et urbaine, a aujourd’hui complètement cessé, ses défenseurs ciblent sans relâche l’usine EDF voisine, à Saint-Chamas. Cette centrale hydroélectrique rejette depuis les années 1960 des litres d’eau douce et de limon (fines particules déposées au fond de l’eau, ndlr) dans un espace naturellement salé. “Cela bouleverse l’écosystème marin. Il y a beaucoup moins de vie qu’avant” regrette Eric Diard. Les rejets de la centrale provoque une “stratification” des eaux: l’eau salée, plus lourde, plonge en profondeur et fait disparaitre “la moitié des fonds de l’étang”, selon le rapport du député. En 2019,  des milliers de poissons ont ainsi été retrouvés morts à proximité de Marignage, victimes de l’anoxie de l’eau (disparition de l’oxygène marin dû à la stratification, ndlr).

L’apport en eau salée est surtout tari par l’effondrement partiel du tunnel du Rove, reliant l’étang au port de Marseille, en 1963. Depuis l’accident, la lagune puise uniquement ses sources dans la Méditerranée grâce au chenal de Caronte, faisant stagner l’eau en moyenne 187 jours — taux le plus élevé de France — avant de se renouveler. Le financement de la réparation du tunnel fait jaser: en 2016, il était estimé à 31 millions d’euros.


Que veulent les députés ?

Loin des étiquettes politiques, les trois députés des bouches du Rhône se sont réunis durant un an pour mettre à plat des propositions pour une réhabilitation. “Nous avons fait une vingtaine de propositions pour permettre à l’Etat de bien diagnostiquer la situation”, relate Eric Diard. L’objectif est clair: permettre de respecter l’objectif européen de “bon état des eaux” d’ici 2027.

Principale mesure du rapport: la réduction d’environ 50% des rejets d’eau douce de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. Les rejets, d’auparavant 3,3 milliards de mètres cube par an, ont déjà été fortement limités, jusqu’à des plafonds de 1,2 milliards. “Nous ne souhaitons pas non plus fermer la centrale et mettre à mal EDF, mais il faut continuer à limiter ces diffusions d’eau”, relate Eric Diard. Un projet rassurant, pour Pascal Bazil, co-président de l’association de protection de l’étang. “Il y a encore trop d’effet d’anoxie avec les 1,2 milliards de m3 déversés actuellement”, confirme-t-il. Il reste toutefois sceptique sur le projet de réouverture du canal de Rove, également présenté par les députés. “Le débit avec lequel l’eau de mer passe par ce canal serait trop peu important pour avoir un réel impact, analyse-t-il. Le canal EDF délivre quatre fois plus d’eau”. Cet ancien ingénieur en génie chimique reste sceptique : “dépenser 31 millions d’euros dans cette rénovation ne servirait pas à grand chose.

Reste la question de la gouvernance. Depuis le début du combat pour une réhabilitation de l’étang, “il y a trop de contradictions entre les différents acteurs, explique Eric Diard. Il n’y a surtout pas de chef d’orchestre pour piloter le projet”. Les députés souhaitent désormais que le projet soit pris en main par le ministère de la transition écologique, dans l’espoir qu’enfin, cet écosystème marin retrouve sa vitalité.