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Covid-19 : pour sensibiliser les jeunes, l’exécutif mise sur les influenceurs

À partir du mercredi 28 octobre, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement va animer un live mensuel sur Twitch.tv le réseau social dédié aux jeux vidéos. Un volte-face dans la communication gouvernementale afin de sensibiliser les adolescents à la pandémie de coronavirus.

EnjoyPhoenix, Just Rihad ou Paola Locatelli… Ces stars sur les réseaux sociaux seraient-elles aussi devenues les interlocuteurs privilégiés pour parler du Covid-19 aux ados ? C’est en tout cas ce qu’espère le gouvernement qui souhaite responsabiliser les jeunes citoyens face à la crise sanitaire. Selon une information publiée dimanche dans le JDD, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, animera un live mensuel de débats sur la plateforme Twitch.tv dont le premier opus sera diffusé mercredi 28 octobre à 18h30. Une initiative qui se veut être le corollaire direct des déclarations d’Emmanuel Macron vendredi dernier sur Twitter, où il invitait tous les influenceurs de participer à cet effort de sensibilisation : “Que vous ayez 50, 100 ou 1 million d’abonnés sur vos réseaux sociaux, votre voix, votre relai peut sauver des vies. Aidez-nous à appeler chacun à la responsabilité”.

C’est un changement majeur dans la stratégie de communication politique gouvernementale. Après les campagnes télévisuelles choc, où l’on voyait une femme âgée intubée sur un lit d’hôpital après que ses petits-enfants l’aient embrassée, “l’exécutif ne souhaite plus stigmatiser les jeunes, mais les sensibiliser grâce à des débats avec des interlocuteurs de leur tranche d’âge”, précise Brigitte Ballandras, psychologue clinicienne à Paris. L’objectif affiché est clair : leur faire comprendre l’aggravation de la crise sanitaire, les alerter encore une fois sur les gestes barrières et l’importance de réduire leurs contacts à l’extérieur.

« Beaucoup trop tard »

“Sur le papier c’est une bonne idée, mais après le discours désordonné et contradictoire du gouvernement, c’est beaucoup trop tard”, regrette toutefois Ellen Schenkel Lorenceau, psychologue de l’enfance à Toulon. Ces errements dans la communication gouvernementale qui tendent à monter les médecins les uns contre les autres et en glorifier certains rend le message inaudible pour les jeunes”. “Un tel échange va les culpabiliser encore un peu plus”, se désole la pédospychologue toulonnaise, qui a constaté une recrudescence de cas d’anxiété chez les adolescents depuis le confinement.

Ce rendez-vous mensuel pour échanger avec les jeunes sur la crise sanitaire, est déjà taxé de “propagande” par certains internautes sur Twitter, en réponse au message de Gabriel Attal. Anthony Martin, un lycéen parisien y voit un moyen détourné pour “taper sur les jeunes”. Scolarisé en seconde dans l’établissement public Jean Lurçat dans le 13ème arrondissement, il affirme qu’il ne regardera pas le live : “Je ne me sens pas concerné, ni par le débat, ni par les invités. EnjoyPhoenix par exemple, c’est passé de mode”, lâche-t-il à propos de cette influenceuse qui s’est fait connaître en 2011 avec ses tuto maquillage et beauté.

Choisi par l’exécutif pour s’adresser aux jeunes citoyens, “Gabriel Attal fait partie de la frange haute des jeunes” du haut de ses 31 ans, avance Sarah Pickard, enseignante-chercheuse en comportements politiques à la Sorbonne. “Mais il fait trop propre sur lui, pour que les adeptes de ce site de gaming s’identifient à lui”, poursuit la professeure. Elle souligne que c’est justement l’effet pervers de ce changement de stratégie de communication. “Les adolescents et les jeunes adultes vont clairement y voir une tentative de manipulation gouvernementale. Dans mon entourage, les jeunes sont très cyniques et méfiants à propos de cette annonce”. Auteure d’ouvrages sur l’engagement politique des jeunes, elle ajoute : “Même si les influenceurs ne seront pas rémunérés, ils ont été appelés par le gouvernement dans un but purement communicatif. Il aurait fallu que leur initiative soit sincère et authentique pour que leur message soit audible et pertinent auprès des jeunes”.

“Aller sur Twitch, c’est venir les chercher sur leur terrain de jeu”, affirme de son côté Matthieu Melchiori, fondateur d’Education conseil, un cabinet de conseils à destination de parents et adolescents. “Depuis huit mois on leur répète ‘Tu n’as pas le droit de’, et là on leur impose dans leur refuge numérique, une conférence en live avec un communicant politique. Ça ne va pas du tout être pris au sérieux”, estime l’éducateur spécialisé.

“Le fait que les représentants du gouvernement doivent entrer dans ces niches, où le jargon et les codes sont à l’extrême opposé du politiquement correct, est le signe qu’ils ne savent plus comment s’adresser aux jeunes. L’intervention de Gabriel Attal sera à coup sûr détournée, et tournée en ridicule. On verra plein de memes (images comiques détournées et populaires sur Internet) mordants à ce sujet”, s’amuse Matthieu Melchiori. Déjà l’année dernière, le gouvernement avait fait appel à des youtubeurs comme Tibo InShape, pour faire la promotion du service national universel, mais le partenariat avait été très critiqué par des internautes car l’influenceur et sportif avait été payé par le gouvernement.