Erdogan, le 26 octobre 2020, AP, Pool

En pleine passe-d’arme avec la France, la Turquie condamnée pour violation de la liberté d’expression

La Turquie a été condamnée à verser des réparations au principal opposant du président Recep Tayyip Erdoğan, sanctionné en 2012 pour avoir porté atteinte à sa réputation.

Après avoir suscité la polémique en taxant Emmanuel Macron d’islamophobe suite à ses propos sur la liberté d’expression à propos des caricatures de Mahomet, Recep Tayyip Erdoğan se retrouve face à un hasard du calendrier. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a en effet condamné la Turquie ce mardi pour violation de la liberté d’expression du principal opposant au président turc.

Le chef du principal parti d’opposition turc, le CHP, Kemal Kiliçdaroglu avait été condamné par les tribunaux turcs en 2012 pour avoir porté atteinte à la réputation de Recep Tayyip Erdoğan, à l’époque au poste de Premier ministre, dans plusieurs discours.

6 000 euros de réparation pour l’opposant

Dans leur décision, les juges de la CEDH ont considéré que cette condamnation constituait pour l’opposant une “ingérence à l’exercice de sa liberté d’expression”. Celui-ci s’était exprimé sur des sujets d’intérêt général et des problèmes politiques en tant que parlementaire. “Il était naturel que, en tant que personnage politique de premier rang, le premier ministre vît ses paroles, ses faits et ses gestes être placés sous le contrôle sévère de l’un de ses principaux concurrents politiques”, notent les magistrats. Kemal Kiliçdaroglu avait écopé d’une obligation de payer environ 4 300 euros. À l’unanimité, les juges ont donc estimé que la Turquie avait violé l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, et demandé au pays de payer 6 000 euros de réparation à l’opposant.

Cette décision intervient alors que le président turc lui-même multiplie les saillies contre Emmanuel Macron et sa vision de la liberté d’expression, qu’il qualifie de “prétexte” pour justifier “l’islamophobie en France”. Depuis quelques jours, les critiques envers l’exécutif français et appels au boycott des produits tricolores se multiplient en Turquie et dans de nombreux pays musulmans, en réponse à la volonté affichée de Paris de soutenir la publication de caricatures du prophète Mahomet au nom de la liberté d’expression.

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