Mosquée de Pantin, capture d'écran Google

La mosquée de Pantin restera fermée pour six mois

Le tribunal administratif de Montreuil a confirmé l'arrêté préfectoral publié mercredi à la demande du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Celui-ci avait ordonné la fermeture de ce lieu de culte lundi dernier.

Le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a validé, ce mardi, la fermeture de la mosquée de Pantin pour six mois, rejetant ainsi le recours déposé par la Fédération musulmane de Pantin. Celle-ci s’était opposée à l’arrêté préfectoral publié mercredi à la demande du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin

“Il n’apparaît pas, en l’état de l’instruction, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales” en fermant provisoirement le lieu de culte “aux fins de prévenir la réitération de tels actes”, a estimé le tribunal administratif.

Les autorités françaises reprochent au président de cette mosquée d’avoir relayé sur sa page Facebook, le 9 octobre, la vidéo de Brahim Chnina, le père d’une élève de 4e du collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où il appelait à dire “Stop” à Samuel Paty. Ce professeur d’histoire-géographie a été décapité le 16 octobre par Abdoullakh Anzorov pour avoir montré une caricature du prophète Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression.

Lors de l’audience lundi, M’hammed Henniche, responsable de la mosquée et président de la Fédération musulmane de Pantin à l’initiative de la requête, s’était dit “accablé”, exprimant à plusieurs reprises ses regrets face à ce “crime ignoble”. “Il n’en demeure pas moins qu’il a fait preuve, en tout état de cause, d’une négligence incompréhensible, alors que sa position et ses fonctions auraient dû le conduire à plus de retenue”, a jugé le tribunal administratif dans son jugement.

L’imam controversé de la mosquée

La fermeture de la mosquée de Pantin, fréquentée par environ 1 300 fidèles, s’appuie sur les “liens avec le salafisme” qu’entretiendrait la mosquée, sa fréquentation par “des personnes impliquées dans la mouvance djihadiste” et la personnalité trouble d’un imam, Ibrahim Doucouré, connu sous le pseudonyme d’Ibrahim Abou Talha, selon l’arrêté.

Le veille de l’examen par la justice de ce recours, l’imam de ce lieu de culte, Ibrahim Doucouré, a décidé de se “mettre en retrait” de l’office religieux lui étant confié jusqu’ici. “Soucieux de l’intérêt des fidèles et de la pérennité de la mosquée, j’ai décidé, ce jour, de me mettre en retrait de mes activités”, a‑t-il écrit dimanche soir sur Facebook.

“Impliqué dans la mouvance islamiste radicale d’Ile-de-France”, formé pendant deux ans dans un “institut fondamentaliste” au Yémen, rapporte l’ordre de fermeture, cet imam a également scolarisé trois de ses enfants dans une “école” à Bobigny, visée elle aussi par une mesure de fermeture par arrêté préfectoral. Selon le recours, “les anciennes et passées fréquentations estudiantines de l’imam Ibrahim Doucouré ne sauraient justifier la fermeture” de la mosquée. 

Par ailleurs, “la mosquée, et donc Ibrahim Doucouré qui est l’un des imams de cette dernière, organise régulièrement des conférences et des débats sur l’islam mais également des débats sociétaux autour des grandes questions républicaines”, estimait la requête en référé-liberté.