« L’école va-t-elle fermer aussi ? », parents et profs inquiets face au regain de l’épidémie

Avec la reprise forte de l'épidémie, l'hypothèse d'un tour de vis voire d'un reconfinement prend de plus en plus de poids. De quoi tourmenter élèves, parents et professeurs, encore dans le flou.

“On n’a aucune idée de comment la rentrée va se passer, je ne sais pas si les enfants vont retourner à l’école”, s’inquiète ce mardi Nathalie, mère de Louise, Erwan et Marion. La fratrie lilloise a passé les vacances de la Toussaint chez leurs grands-parents et au centre de loisirs rattaché à leur école. “On était déjà un peu inquiets de les envoyer là bas, mais on n’avait pas le choix”, ajoute la mère de famille, cadre ingénieur dans une entreprise de la région. “Si un reconfinement est annoncé, l’école va-t-elle fermer aussi ? Comme au mois de mars ?” Cette question tourmente bon nombre de parents, à quelques jours de la rentrée, prévue le 2 novembre.

Face à une aggravation de la situation sanitaire, “des mesures difficiles” devraient être prises par l’exécutif dans le but de freiner la propagation du virus, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Une des options sur la table, la fermeture des écoles, est exigée par certains scientifiques dont l’épidémiologiste Antoine Flahaut. Le 26 octobre dernier, il demandait sur BFM TV à laisser les collèges, lycées et universités fermées, afin privilégier les écoles primaires, et d’y imposer le port du masque dès 6 ans. De là à suivre l’exemple de la Belgique, qui prolonge les vacances au moins pour deux semaines à partir du 28 octobre ?

Du haut de ses dix ans, Erwan n’est pas insensible à l’idée d’un nouveau confinement, qui lui permettrait de “passer plus de temps à jouer avec ses frères et soeurs” et “prolonger” les vacances, même s’il regretterait alors de se séparer à nouveau de ses copains. Une inquiétude partagée par les professeurs que nous avons sollicités, qui déplorent l’absence d’information quant à une éventuelle fermeture de leurs établissements dès la semaine prochaine.

Dans le flou

Après une semaine de “vraies vacances”, Liesse, institutrice en CM1 à Lyon prépare ses cours pour la semaine prochaine sans être certaine qu’elle pourra recevoir ses élèves. “Je pars du principe que j’ai classe lundi mais de plus en plus de parents me posent la question comme si je savais, mais je n’en sais rien, je n’ai aucune information”, s’agace Liesse.

Patrick habite de son côté à Bourg-la-reine dans les Hauts-de-Seine et donne des cours d’histoire-géographie au Lycée Sainte-Marie d’Antony et pour lui “un nouveau confinement serait terrible pour certains élèves […], ceux qu’on a déjà perdus une première fois au mois de mars”. Le professeur n’a jamais connu une situation semblable malgré ses vingt-sept années d’expérience. “Personne ne sait rien. On commence à se préparer à reprendre les cours en visio-conférence”. Les élèves de première ont pris l’initiative de créer un groupe WhatsApp pour se donner des nouvelles et se rassurer. “Une bonne idée”, pour Michel, qui sent ses étudiants plus stressés par cette deuxième vague que la première. “Certainement parce qu’ils ont vu ce que c’était, les décomptes quotidiens de Santé publique France et les difficultés pour suivre les cours à distance.”

Vers une fermeture ?

Comment rassurer les élèves, parents et professeurs ? “Premièrement nous donner des informations pour qu’on puisse s’organiser”, implore le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire. “Fermer les écoles n’est pas une solution, on va juste les priver de jours de classe alors que les enfants ont une charge virale minime”. Laisser les élèves chez eux est aussi une solution envisagée par le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, qui a déclaré le 26 octobre sur RTL que si le gouvernement choisissait “de reconfiner directement”,  il faudrait “conserver une activité scolaire et aussi un certain nombre d’activités économiques”. 

Parents, enfants et professeurs sont “suspendus aux annonces gouvernementales”, déplore le SNUipp-FSU, “empêchant tout le monde de s’organiser et de s’adapter”. “Les professeurs sont fatigués, je ne sais pas si tout le monde sera prêt à tout recommencer”, réfléchit quant à elle Liesse, à la veille d’éventuelles annonces gouvernementales, qui pourraient être divulguées à l’issue de deux conseils de défense.