En Pologne, les femmes en grève contre l’interdiction de l’avortement

Les polonaises se mobilisent massivement depuis la décision juridique jeudi dernier de proscrire l'IVG en cas de malformation grave du foetus.

Les manifestantes polonaises ne décolèrent pas suite à la décision jeudi dernier du Tribunal constitutionnel de limiter davantage l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Pour le septième jour d’affilée, elles ont massivement envahi les rues, malgré les restrictions pour endiguer la propagation du Covid-19. Ce mercredi, elles ont entamé une grève, refusant d’aller au travail ou d’accomplir des tâches ménagères.

La loi sur sur l’avortement, dans ce pays à forte majorité catholique, était déjà l’une des plus restrictives en Europe. La plus haute instance polonaise a décidé d’aller encore plus loin, estimant que l’avortement en cas de malformation du foetus est “incompatible” avec la Constitution. En conséquence, les interruptions de grossesses ne sont autorisées qu’en cas de danger de mort pour la femme enceinte, ou en cas de grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste.

Des églises prises pour cible

Depuis la décision, les manifestants  — dont une majorité de femmes souvent jeunes — sont descendus dans la rue et ont mené des actions coup de poing pour afficher leur mécontentement. Selon l’AFP, des églises ont été prises pour cible, ce qui n’était encore jamais arrivé. Elles ont été taguées de slogans, affirmant “c’est la guerre” ou encore “l’enfer des femmes”. Dimanche 25 octobre, des messes avaient été perturbées. Mardi 27, des échauffourées ont eu lieu à l’Assemblée, où des parlementaires d’opposition ont manifesté avec des pancartes proclamant “la honte” et “c’est la guerre” (#tojestwojna).

D’après les résultats d’un sondage pour le quotidien Gazeta Wyborcza, rapporté par la BBC, 59% des personnes interrogées étaient contre la décision juridique. Les manifestations #StrajkKobiet ont embrasé les grandes villes, mais ont aussi eu lieu dans des petites villes traditionnellement conservatrices, selon l’AFP, signe de l’ampleur de l’opposition.

Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti ultra-catholique nationaliste au pouvoir (Droit et Justice), a dénoncé ce mardi des tentatives de “détruire” la Pologne. Il a appelé les Polonais à “défendre” la nation ainsi que l’Église catholique.