Violences conjugales, les associations armées en cas de reconfinement

Particulièrement actives de mars à mai, ces structures d'accueil se disent prêtes à être remobilisées pour un potentiel reconfinement.

“Le téléphone n’arrêtait pas de sonner”, raconte Marilyne Lamand. La présidente de l’association Brisons les silences, Osons, à Annay-sous-Lens dans le Pas-de-Calais, se souvient avec amertume des témoignages de femmes frappées ou abusées, qu’elle recueillait durant le confinement de mars à mai dernier. Cette ancienne victime de violences conjugales a fondé son collectif en décembre 2019, pour accompagner les mères de familles en détresse de sa région.

Confrontée à un volume d’appels déconcertant au début du confinement, Marilyne Lamand a dû créer une ligne téléphonique accessible aux victimes 24h sur 24h et sept jours sur sept. De mars à mai, cette hotline a reçu 168 appels. “Je me souviens de cette femme qui m’avait demandé de l’aide en pleine nuit. Je lui avais répondu ‘il faut partir tout de suite, on se donne rendez-vous à côté de chez vous et je viens vous chercher’, se remémore Marilyne. Elle l’a fait, mais sa première réaction a été de dire ‘si je pars, je suis en tort, on va me prendre mes enfants’. Les victimes ne connaissent parfois pas leurs droits. Pourtant, quand vous êtes abusé, vous devez partir !”. 

Entre mars et avril, la ligne 39 19, destinée aux femmes victimes de violences, a pris en charge plus de 9 000 appels. Sur la même période, le ministère de l’Intérieur avait noté une hausse de 48% des interventions à domicile par rapport à 2019, selon les informations du Monde.

La flambée des cas de coronavirus pousse désormais l’exécutif à considérer un reconfinement, selon plusieurs médias. Ce soir, le président Emmanuel Macron doit annoncer aux Français les mesures retenues pour endiguer la propagation du virus. Ce choix rappelle de mauvais souvenirs aux associations d’aide aux victimes de violences conjugales, particulièrement sollicitées pendant la première vague de contaminations.

“Une seconde structure d’hébergement à disposition”

Pour Françoise Brié, directrice générale de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), cette nouvelle assignation à résidence risque d’avoir, de nouveau, un impact négatif sur les violences conjugales. “C’est compliqué de voir un nouveau confinement arriver, nous espérons qu’il n’aura pas lieu”, a‑t-elle confié mardi à France Info. “Néanmoins, je pense que les associations ont d’une façon générale pris la mesure du confinement et des réponses qu’elles pouvaient apporter aux femmes pendant cette période”, a‑t-elle assuré.

Aline Vimeux, assistante sociale en charge des victimes à l’association 9 de cœur à Lens, reste elle aussi confiante face à un potentiel reconfinement. Selon elle, sa structure, qui propose des solutions d’hébergement pour les femmes menacées par leur conjoint, “sera en mesure de les loger comme il se doit”. 9 de cœur avait hébergé 37 femmes en février et 161 en mai.  “Je reste positive. Nous étions déjà partenaire avec un hôtel de la ville qui offre des nuitées aux victimes de violence. En juin, un bailleur social a mis à notre disposition une seconde structure d’hébergement. Je ne pense pas que nous ayons des problèmes d’accueil”. Contactées, les organisations parisiennes qui oeuvrent sur le même terrain, confirment se pencher sur la question pour appréhender les conséquences d’un nouveau confinement.

De son côté, Maryline Lamand promet d’être “sur le terrain” et “présente plus que jamais pour accompagner” de potentielles victimes. “Nous serons beaucoup plus accessibles et ferons en sorte d’avoir plus de visibilité, notre ligne téléphonique sera maintenue”, anticipe-t-elle. Si elle n’a pas encore pu aménager son propre espace d’hébergement, la présidente de Brisons les silences envisage pourtant “d’outre-passer ses droits” en recueillant par exemple des personnes chez elle. “En général, tout ce que je peux faire, c’est écouter les appels à l’aide, orienter les victimes vers la police, le 39 19 ou essayer de trouver un hébergeur. C’est assez frustrant”.

Pour que les femmes puissent se sentir en sécurité, elle estime “que chaque commune devrait mettre en place un espace d’accueil d’urgence”, et espère qu’un “partenariat d’associations” pourra être mis en place au niveau national.