Affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy : décryptage d’un procès très attendu

Nicolas Sarkozy devait comparaître ce lundi 23 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris, pour « corruption ». Un procès historique de trois semaines mais déjà retardé de 48 heures, en raison de l’absence de l’un des prévenus. On fait le point.

C’est devant la trente-deuxième chambre du tribunal correctionnel de Paris, que l’ancien président, Nicolas Sarkozy, devra se défendre de soupçons de « corruption », dans l’affaire dite des « écoutes ». A ses côtés, également assis sur le banc des accusés, son avocat et ami de longue date, Me Thierry Herzog. Celui qui entretient depuis longtemps des relations tumultueuses avec les juges encourt jusqu’à dix ans de prison. Retour sur une affaire judiciaire complexe, entremêlée dès son origine à l’affaire Bettencourt.

  • Pourquoi l’audience a‑t-elle été suspendue ?

Premier rebondissement à l’ouverture du procès : sa suspension. Le haut fonctionnaire de la Cour de Cassation impliqué dans l’affaire des « écoutes », Gilbert Azibert, 73 ans, est absent. Son avocat Me Dominique Allegrini a demandé le report de l’audience, mettant en avant un certificat médical assurant que l’état de santé de son client ne lui permet pas de se rendre au tribunal. La présidente du tribunal a donc décidé de la suspension pendant 48 heures du procès. Une expertise médicale sera réalisée à Bordeaux, où l’ancien magistrat réside.

Jeudi à 13h30, elle se prononcera sur la suite de l’audience et sous quelle forme celle-ci aura lieu : si elle sera reportée ultérieurement ou si elle se tiendra comme prévu dans les jours à venir et pendant trois semaines. Le parquet décidera aussi du sort de Gilbert Azibert, s’il est contraint de venir physiquement au tribunal, d’assister en visioconférence à l’audience ou si le procès se concentrera uniquement sur Nicolas Sarkozy et son ancien avocat. La partie civile argue que le procès ne peut se tenir sans lui.

  • De quoi Nicolas Sarkozy est-il soupçonné par la justice ?

Nicolas Sarkozy et son ancien avocat Me Thierry Herzog sont accusés d’avoir tenté d’obtenir en 2013, auprès d’un haut fonctionnaire de la Cour de Cassation, Gilbert Azibert, des informations secrètes et sensibles sur l’affaire Bettencourt, une autre affaire judiciaire le concernant. En échange, l’ancien président lui aurait promis un poste haut placé dans la principauté de Monaco. C’est donc pour des suspicions de « corruption » et de « trafic d’influence » sur un magistrat que Nicolas Sarkozy comparaît devant le tribunal correctionnel, sept ans après le début de l’affaire. 

  • Pourquoi parle-t-on de l’affaire des « écoutes » ?

Ne jouissant plus de son immunité présidentielle, Nicolas Sarkozy est entendu par la justice en 2013 dans le cadre de l’affaire Bettencourt. La justice avait alors affirmé qu’un ancien président est un justiciable comme les autres, justifiant la mise sur écoute téléphonique de l’homme politique. Mais Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog parlaient alors sur deux lignes téléphoniques, une officielle et une officieuse, une fuite les ayant informés que la justice avait mis sur écoute son téléphone « officiel ». Sur ce second téléphone, l’ancien chef de l’Etat aurait été nettement plus prolixe.

Dans le jargon policier, on appelle ça un TOC, un téléphone occulte. Ce deuxième appareil était enregistré sous un nom fictif, “Paul Bismuth”. L’ex-avocat Thierry Herzog a emprunté ce nom à un ancien camarade de promotion au lycée, pour qu’ils puissent échanger en toute confidentialité. Les deux hommes y auraient notamment évoqué des renseignements quant à la restitution des agendas de l’ancien président de la République, saisis par la Cour de Cassation.

  • Quel rôle aurait joué Gilbert Azibert ?

En plus de l’ancien président et de son avocat Me Thierry Herzog, un ex-magistrat de la Cour de Cassation, Gilbert Azibert, 73 ans, est la troisième personne impliquée dans l’affaire. Cet ancien haut fonctionnaire est accusé d’avoir transmis des informations secrètes et sensibles sur l’affaire Bettencourt, dans laquelle Nicolas Sarkozy était impliqué à l’époque. Il devait renseigner discrètement l’ex-président sur l’avancée de la procédure judiciaire et sur le futur des agendas appartenant à l’homme politique, saisis par la justice.

En échange de son aide, l’ex-président se serait engagé à intervenir en sa faveur pour lui assurer un poste haut placé dans la principauté de Monaco. « Moi, je le fais monter », « je l’aiderai », aurait dit Nicolas Sarokzy à Me Herzog. Le 26 février 2014, informé qu’il était mis sur écoute par la justice, l’ancien président a assuré sur sa ligne officielle qu’il avait soudainement renoncé à toute « démarche » auprès des autorités monégasques. Mais sur la ligne officieuse, au nom de Paul Bismuth, Thierry Herzog affirmait « la démarche à Monaco a été faite ». Finalement, Gilbert Azibert n’obtiendra pas le poste convoité.

  • Quelle est la défense de l’ancien président ?

Dénonçant un « scandale qui restera dans les annales », Nicolas Sarkozy affirme qu’il sera « combatif » devant le tribunal et répète inlassablement dans les médias qu’il n’est pas « un pourri », comme lors d’une interview sur BFM-TV avec Ruth Elkrief . Il conteste les charges qui pèsent sur lui.

Comme dans l’affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy avait formé plusieurs recours, mais la Cour de cassation les a rejetés. Deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) déposées par le camp Sarkozy-Herzog ont également été rejetées. L’ancien président et son avocate Me Jacquline Laffont devraient avancer que l’interception et la retranscription d’échanges entre un avocat et son client est selon eux illégale. Même si la Cour de cassation avait donné tort en mars 2016 à Nicolas Sarkozy, cette question sera à nouveau longuement débattue lors des audiences.