Covid-19 : AstraZeneca, Moderna, Pfizer… Le point sur la course aux vaccins 

Onze candidats-vaccins issus du monde entier sont entrés dans la phase 3 des essais, la dernière avant l’homologation des autorités. Certains ont déjà dévoilé des résultats, le dernier en date, AstraZeneca, faisant état d’une efficacité de 70 %. Voici ce qu’il faut savoir.

La course au vaccin contre le Covid-19 bat son plein. Après Pfizer et Moderna, un nouveau laboratoire a publié ses résultats. Le candidat vaccin développé par le laboratoire britannique AstraZeneca et l’université d’Oxford est efficace à 70% en moyenne, selon un communiqué publié ce lundi. Mais le taux d’efficacité n’est pas le seul critère retenu pour choisir quel vaccin sera distribué à grande échelle. Explications.
 

  • Le taux d’efficacité en première ligne

 
La laboratoire AstraZeneca a annoncé avoir développé un vaccin efficace à 70% en moyenne, contre plus de 90% pour ses deux concurrents, le groupe américain Pfizer avec son partenaire allemand BioNTech, et l’américain Moderna. Mais un taux d’efficacité inférieur à 90 % ne signifie pas qu’un vaccin est inutile contre une épidémie. Par exemple, le vaccin contre la grippe saisonnière est conseillé alors qu’il présente en moyenne une efficacité de 60%.

“Le choix se fait en plusieurs étapes”, explique Jean-Daniel Lelièvre, chef du service infectiologie de l’hôpital Mondor à Créteil. “Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le vaccin est efficace à partir de 50 %. La Haute autorité de santé décide, elle, de la politique vaccinale : quelle population vacciner avec quel vaccin.” Elle pourrait choisir d’administrer le vaccin le plus efficace aux populations les plus à risques, comme les personnes âgées. Par manque de disponibilité et pour agir rapidement, les autres se verraient inoculées un vaccin un peu moins efficace — comme celui d’AstraZeneca — mais suffisant. 
 

  • AstraZeneca : un vaccin moins coûteux et plus simple

 
Le vaccin développé par AstraZeneca présente l’avantage d’être moins cher et plus simple à conserver que celui de Pfizer/BioNTech et Moderna. Fabriqué à base d’un virus qui infecte les chimpanzés, cette technique est plus classique que celle de l’ARN messager employée par ses deux concurrents. La méthode traditionnelle consiste à injecter un agent pathogène, mais inoffensif, pour que le corps humain fabrique des anticorps. Il peut être conservé à une température comprise entre 2°C et 8°C. 

« Dans le cas des vaccins à ADN et ARN, le principe est fondamentalement différent : il s’agit de faire produire les fragments d’agents infectieux capables de stimuler la réponse immunitaire directement par les cellules du patient », explique Bruno Pitard, directeur de recherche à l’Inserm, sur le site The Conversation. L’organisme fabrique lui-même une fraction inactive du virus, puis les anticorps. Cette technique, jamais encore utilisée pour des vaccins humains, nécessite un stockage des vaccins à basse température. Avec une congélation à — 80°C, la distribution à travers le monde du vaccin développé par Pfizer et BioNTech représente un véritable défi logistique. Le vaccin fabriqué par Moderna nécessite lui un stockage à ‑20°C. Un congélateur normal sera suffisant.


 

  • Un manque de données transparentes pour franchir la ligne d’arrivée

 
“Aucun vaccin en phase 3 ne présente de problèmes majeurs”, assure l’infectiologue Jean-Daniel Lelièvre. Il avertit toutefois que le communiqué du laboratoire AstraZeneca manque de données précises. “Ces résultats bruts de décoffrage sont insuffisants. Par exemple, on ne connaît pas son efficacité sur les personnes âgées”, pointe l’infectiologue. Aucune hospitalisation ou cas sévère de Covid-19 n’a été constaté parmi les volontaires ayant été vaccinés, est-il toutefois écrit dans le communiqué.

Par ailleurs, certains projets de vaccin demeurent opaques. Alors que les essais cliniques du vaccin chinois Sinovac ont été stoppés au Brésil en raison d’un “incident grave” constaté chez plusieurs volontaires le 29 octobre, la Chine a déjà lancé sur son territoire un programme de vaccination d’urgence sur près d’un million de travailleurs essentiels. Aucune parution scientifique n’atteste de sa sûreté. En Russie non plus, il n’existe aucune preuve que le vaccin soit efficace à 92 %, comme son créateur l’affirme. 

L’Organisation mondiale de la Santé n’a approuvé aucun vaccin pour le moment, signe que les vérifications scientifiques seront menées à bout. Une démarche importante à l’heure où près de la moitié de la population française se montre hostile à l’idée de se faire vacciner contre le coronavirus, selon une étude de la fondation Jean-Jaurès.
 

  • Fin 2020 ou début 2021 : la possible autorisation des premiers vaccins

 
Il faudra sûrement attendre la fin de l’année ou début 2021 pour que l’Agence européenne des médicaments (EMA) approuve les premiers vaccins, a‑t-elle annoncé ce lundi. L’organisme examine en ce moment les demandes d’autorisation de trois candidats : Oxford/AstraZeneca, Pfizer/BioNTech et Moderna. « Il est difficile à ce stade de prédire avec précision les délais pour l’autorisation des vaccins, car nous n’avons pas encore toutes les données et les examens continus sont actuellement en cours », a déclaré l’EMA dans un courrier électronique envoyé à l’AFP. 

Le vaccin de Pfizer et BioNTech, qui doit être administré en deux fois, est en bonne voie pour être le premier autorisé. Une demande officielle d’autorisation a été déposée vendredi aux Etats-Unis. Près de 50 millions de doses seraient produites cette année, soit suffisamment pour vacciner 25 millions de personnes. Puis 1,3 milliard en 2021. Le deuxième vaccin sur les rangs est fabriqué par Moderna. À son tour, il devrait déposer une demande d’autorisation d’utilisation d’urgence auprès de la FDA. Le laboratoire compte produire 20 millions de doses d’ici la fin de l’année. Quant à AstraZeneca, le laboratoire précise avancer rapidement dans la fabrication prévue de trois milliards de doses, qui seront disponibles en 2021.