Déconfinement : ce que l’on sait des différents scénarios envisagés par Macron

Alors qu’Emmanuel Macron devrait annoncer ce soir, à 20 heures, un assouplissement des mesures de restrictions, plusieurs filières attendent d’être fixées sur leur sort. Tour d’horizon des options possibles pour le gouvernement.

 

Le mot « déconfinement » sera tabou. Trois semaines après la mise sous cloche du pays pour endiguer la seconde vague de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron doit annoncer ce qui attend les Français pour les prochaines semaines, “jusqu’au début de l’année prochaine”, selon une source ministérielle.

Dimanche, le président avait prévenu, dans les colonnes du Journal du dimanche, qu’il fixerait un “cap” pour éviter aux Français de tomber dans une “morosité sans fin”. De ce cap, qui sera détaillé par Jean Castex jeudi, on connaît déjà le calendrier. “En trois étapes”, selon Gabriel Atal, le porte-parole du gouvernement, “d’abord autour du 1er décembre, puis avant les congés de fin d’année, puis à partir de janvier 2021”.

Quelle stratégie adopter ? 

Déconfiner tout le territoire semble exclu d’office. Critiqué pour avoir desserré l’étau trop vite au printemps, l’exécutif est attendu au tournant pour cette sortie de seconde vague et doit trouver un équilibre entre desserrement et maintien des restrictions. Le conseil scientifique a prévenu, l’avenir du virus dépendra des décisions prises par le gouvernement dans les prochaines semaines. « On peut avoir plusieurs vagues successives durant la fin de l’hiver/printemps 2021, en fonction de différents éléments : état climatique, niveau et efficacité opérationnelle de la stratégie ‘tester, tracer, isoler’», pouvait-on lire dans son dernier avis. 

L’intervention de ce mardi soir ne devrait pas être dans le même ton qu’en mai, celui des “jours heureux”. Elle sera plutôt un exercice de prudence et d’adaptation. Le gouvernement espère déconfiner “oui, peut-être un jour, mais pas tout de suite. La priorité c’est de tout faire pour éviter une série de vagues successives jusqu’à la perspective, encore lointaine au jour où l’on parle, d’une vaccination massive”, confirme une source ministérielle

Le gouvernement peut-il s’orienter vers la stratégie proposée il y a quelques semaines par le Conseil scientifique ? Celle du “on-off”, pour alterner les périodes de restrictions et les périodes plus souples. Cela pourrait signifier le maintien d’un couvre-feu dans les zones où la propagation du virus est forte. Son efficacité a été prouvée avec le ralentissement enregistré en novembre de la contamination dans plusieurs zones, notamment en Île-de-France.

Emmanuel Macron devrait aussi s’exprimer sur les vaccins. Un sujet sensible dans le pays, les Français étant le pays européen le plus opposé aux vaccins. Le souvenir de l’épidémie de H1N1 et de l’échec de la campagne de vaccination est encore dans toutes les têtes. Le gouvernement devrait donc avancer à pas prudents.

En attendant le vaccin, des campagnes de dépistage massif généralisé, comme cela a été vu en Slovaquie, ou localisé, comme la ville de Liverpool en Angleterre il y a quelques semaines, pourraient être une solution. En Italie, le week-end dernier plus de 70% des 500 000 habitants du Sud-Tyrol ont été dépistés à l’aide de tests antigéniques.

Ce qui devrait rouvrir 

La réouverture des commerces “non essentiels”, à l’approche des fêtes de fin d’année, semble quasi actée, tant qu’un protocole sanitaire strict est mis en place. “Le 1er décembre”, a évoqué samedi le premier ministre. À quelques jours du Black Friday, les commerçants pourraient même se voir accorder un feu vert du gouvernement dès vendredi ou samedi prochain. Des jauges seront mises en place, d’après les commerçants reçus vendredi dernier par le ministre de l’économie Bruno Le Maire, passant de 4 à 8 mètres carrés par visiteur.

Face à la pression des fidèles ces dernières semaines, et à l’approche des fêtes de fin d’année, les lieux de cultes devraient reprendre leurs cérémonies, mais avec un protocole strict et des jauges.

Ce qui devrait rester fermé 

Très sollicité par les différents secteurs professionnels ces dernières semaines, le premier ministre a déjà prévenu que toutes les demandes ne seraient pas satisfaites. “Tout le monde nous sollicite, a expliqué Jean Castex au Parisien (https://www.leparisien.fr/politique/deconfinement-emmanuel-macron-au-coeur-de-toutes-les-pressions-24–11-2020–8410090.php). Des grands aux petits patrons. C’est mon rôle de les écouter.” Malgré la proposition du président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy de rendre obligatoire l’application “TousAntiCovid” dans certains lieux, les bars et les restaurants devraient rester fermés jusqu’en janvier au moins, a annoncé le premier ministre samedi.

Le monde de la culture, des théâtres aux cinémas, n’est pas fixé sur son sort. Si l’avenir des stations de ski a été repoussé à une dizaine de jours après une rencontre avec les professionnels, les salles de sport savent, elles, déjà qu’elles resteront fermées jusqu’en 2021.

Ehpad, Noël… Les questions en suspens

Une autre question en suspens, celle des visites en Ehpad. Pourront-elles continuer dans les prochaines semaines ? Si les contaminations repartent à la hausse courant décembre, une fois les Français “déconfinés” de nouveau, le gouvernement pourrait ne pas prendre le risque de ramener le virus chez les personnes âgées. Il semblerait que cette deuxième vague ait plus touché les Ehpad qu’au printemps. Selon Santé Publique France, il y a aura eu, en novembre, 4 semaines d’affilée avec plus de 1000 épisodes de Covid-19 détectés dans les maisons de retraite, contre 3 entre mars et mai. D’autres indicateurs permettent de constater que la seconde vague a beaucoup plus touché les personnes âgées, qui représentent 70% des patients hospitalisés en novembre, contre 55% en avril. Des chiffres qui tombent au mauvais moment, juste avant les fêtes de fin d’année, où les familles n’attendent qu’une chose, se réunir après plusieurs mois de séparation. 

Les fêtes de Noël seront aussi un cas particulier pour le gouvernement. S’il semble impossible politiquement et au vu des indicateurs épidémiques à la baisse fin novembre d’empêcher les Français de se réunir, comment organiser des retrouvailles en famille. L’idée d’une “bulle sociale” de quelques personnes pourrait-être envisagée par l’exécutif. Le Québec a prévu que les rassemblements de 10 personnes maximum seraient autorisés les 24, 25, 26 et 27 décembre, avec un confinement une semaine avant et une semaine après pour limiter la casse.