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Donald Trump a‑t-il reconnu sa défaite ?

Aux Etats-Unis, le processus de transition du pouvoir à Joe Biden a officiellement démarré lundi 23 novembre, avec le feu vert du président Donald Trump. Pourtant, le républicain n’a toujours pas reconnu officiellement sa défaite. Éclairage sur cette situation particulière.

Plus de deux semaines après la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, le processus de transition du pouvoir à Joe Biden a officiellement démarré. C’est Emily Murphy, la directrice des Services généraux de l’administration américaine (GSA) qui l’a annoncé dans une lettre diffusée dans la nuit de lundi à mardi par plusieurs médias. Le GSA est un « ministère énorme au budget considérable, qui s’occupe de gérer les autres ministères », explique Marie-Christine Bonzom, une politologue experte des Etats-Unis. Dans le cadre d’une transition du pouvoir présidentiel, « c’est le GSA qui a la compétence d’ouvrir les robinets financiers nécessaires pour l’organisation de la transition », abonde Pierre Vercauteren, un politologue belge qui enseigne à l’Université catholique de Louvain. Grâce à la décision du GSA, Joe Biden a désormais accès à des informations classées secret-défense, aux différentes agences et ministères du pays, mais aussi à un fonds gouvernemental de 6,3 millions de dollars destinés à cette transition.

Face aux revers des recours, une transition incontournable

« A cause de récents développements impliquant des recours en justice et des certifications de résultats électoraux, je vous transmets cette lettre aujourd’hui pour que ces ressources et ces services vous soient fournis », écrit Emily Murphy dans sa lettre, avant d’ajouter « Veuillez noter que j’ai pris cette décision de manière indépendante, sur la base du droit et des faits à ma disposition. » « Elle est indépendante jusqu’à un certain point », relativise Pierre Vercauteren, qui rappelle que c’est bien Donald Trump qui l’a nommé, comme tous ses autres ministres, à ce poste, et qu’il peut à tout moment l’en écarter. Le politologue cite le cas du secrétaire d’Etat à la défense Mark Esper, limogé par Donald Trump le 9 novembre.

Donald Trump aurait eu du mal à entretenir l’incertitude concernant la transition plus longtemps, faute de victoire dans les recours judiciaires qu’il a déposés dans de multiples États en arguant d’une fraude électorale pour laquelle il ne dispose d’aucune preuve. Après la confirmation le 19 novembre de la victoire de Joe Biden en Géorgie, suite à un recomptage des voix, le Michigan a également confirmé lundi la victoire de l’ancien vice-président. Pour Emily Murphy, la pression venait donc davantage « du camp de Joe Biden et des médias américains », résume Marie-Christine Bonzom.

L’exercice d’équilibriste de Donald Trump

Si Donald Trump a rapidement remercié Emily Murphy sur Twitter pour « son dévouement et sa fidélité », le président a toutefois promis de poursuivre la bataille juridique pour contester les résultats de l’élection présidentielle. Quelques heures plus tard, comme pour rassurer ses militants qui y voyaient un aveu de défaite, il est revenu sur son réseau social préféré pour à nouveau qualifier la dernière élection présidentielle de « plus corrompue dans l’histoire politique américaine », rappelant qu’il ne cédera « jamais face aux faux bulletins de vote ».

En lançant la transition tout en maintenant qu’il est encore possible de gagner, Donald Trump « reconnaît sa défaite sans vraiment la reconnaître », continue Marie-Christine Bonzom. « Il est encore important pour lui de continuer à contester parce qu’il a encore le soutien des électeurs républicains, qui estiment dans leur écrasante majorité que cette élection n’était pas juste », estime-t-elle. Une mobilisation « qui s’érode au fil des Etats qui confirment sa défaite et des recours qui ne sont pas suivis par les magistrats », précise encore Pierre Vercauteren.

L’érosion a aussi lieu au sein du parti républicain. Avant l’annonce de la transition, Chris Christie, cadre du parti et parmi les plus fidèles alliés du président, a qualifié l’équipe d’avocats de Donald Trump de « honte nationale ». « Il est sous pression du parti républicain », explique Marie-Christine Bonzom. Le jour de l’élection présidentielle, les Américains votent aussi pour leurs sénateurs. En Géorgie, aucun des candidats ne s’est départagé, et un second tour est donc prévu le 5 janvier. Une élection cruciale puisque c’est elle qui va déterminer si les Républicains conservent la majorité au Sénat, ce qui compliquerait la tâche de Joe Biden pour faire passer ses réformes. « Parmi la direction du parti républicain, et les candidats du parti aux sénatoriales de Géorgie, il y a des craintes que les retards dans la période de transition et les contestations de Donald Trump nuisent aux chances des candidats républicains »,  détaille la politologue. Il est donc difficile de prédire ce que fera Donald Trump d’ici le 20 janvier, date de l’investiture de Joe Biden.