5 questions sur la probable fermeture des stations de ski pour les fêtes

Emmanuel Macron a laissé entendre, lors de sa dernière allocution, que les stations de montagne resteraient fermées le temps des vacances de fin d’année. Une décision que les acteurs du ski ne comprennent pas alors qu’une concertation était en cours et qu’ils estiment que leur sport peut se pratiquer en toute sécurité. On fait le point. 

  • Qu’a annoncé le président de la République à propos des stations de ski ?

Une ouverture pour les fêtes de fin d’année semble « impossible » aux yeux d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État a jugé « préférable de privilégier une réouverture courant janvier dans de bonnes conditions », lors de son allocution télévisée de mardi soir. Une déclaration « incompréhensible » aux yeux de Charles-Ange Ginésy. Le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, également maire LR du village de montagne de Péone-Valberg, qui « demande au président de la République de revoir sa position »

Prudent, Emmanuel Macron a précisé que « les décisions seront finalisées très prochainement ». Mais pour beaucoup, son affirmation avait tout d’un positionnement définitif. « C’est une décision hâtive, regrette Franck Grivel, qui dirige l’Office de tourisme du Grand Tourmalet, plus grand domaine skiable des Pyrénées. Toute la profession a été très surprise que des conclusions soient déjà avancées, avant même la fin des missions parlementaires en cours et la remise des rapports écrits par les professionnels du tourisme de montagne. » 

  •  Où en étaient les discussions entre le gouvernement et les stations ?

« Une concertation a été engagée par le gouvernement avec les élus locaux et les professionnels », a lui-même indiqué Emmanuel Macron. Lundi, s’est tenue une réunion interministérielle regroupant d’un côté le Premier ministre Jean Castex, entouré de plusieurs de ses ministres et du directeur général de la santé Jérôme Salomon, et de l’autre différents acteurs de la montagne et des sports d’hiver. 

Durant ces longues heures d’échanges par visioconférence, le gouvernement a esquissé trois scénarios : une ouverture totale – hypothèse rapidement écartée, une ouverture partielle – sans restauration, ou la fermeture. Quant aux professionnels du ski, ils ont formulé « des propositions claires et la mise en place d’un protocole sanitaire strict, permettant ainsi d’ouvrir les stations de montagne », relate Charles-Ange Ginésy. Des mesures telles que le port du masque dans les files d’attente et les espaces clos, la mise à disposition de gel hydroalcoolique ou l’usage d’un télésiège sur deux afin d’espacer les skieurs.

Pour se laisser le temps de la réflexion, Jean Castex avait annoncé à l’issue de la concertation que la question serait tranchée sous dix jours. Délai qui a donc été court-circuité par la déclaration du président, selon l’industrie du ski, qui espère toujours un changement de position du gouvernement dans les jours à venir. 

  • Quels arguments pèsent en faveur d’une fermeture des stations ?

 Hausse des cas de Covid-19 dans certains pays frontaliers, risques épidémiologiques accrus en montagne, difficile respect des gestes barrière en vacances… Lors de la réunion de lundi, Jérôme Salomon a énuméré les raisons allant à l’encontre d’une ouverture des stations de ski. Pour sa part, Jean Castex a insisté sur sa crainte que des hôpitaux déjà engorgés par les malades du Covid-19 ne puissent accueillir les accidentés du ski. Sachant que les départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, de l’Isère et des Hautes-Alpes présentent actuellement les taux d’incidence – nombre de cas positifs pour 100 000 habitants – les plus élevés de France. 

 Bruno Le Maire, invité de la matinale de France Inter ce mercredi 25 novembre, a souligné un autre risque : celui « d’avoir des festivités, des gens qui se retrouvent en appartement ou en chalet ». « Si c’est pour qu’en janvier, on se retrouve avec un virus qui redémarre et la saison de février, qui est la plus importante, soit sacrifiée, on sera tous perdants », a estimé le ministre de l’Économie. 

Des explications qui ne convainquent pas chez les acteurs de la montagne. Stéphane Deloche, directeur de l’École du ski français au Grand-Bornand et président du Ski club de la même station, s’interroge : « On va retourner s’enfermer dans des salles de cinéma, des salles de spectacle, on va pratiquer le sport en plein air… et on ne devrait pas pouvoir pratiquer le ski en montagne, à l’air pur ? ». « Si en plus de la grosse doudoune, du bonnet, des gants et des lunettes, on ajoute un masque chirurgical, je ne vois pas comment on pourrait contaminer les autres skieurs », renchérit Franck Grivel. 

Le risque, pour Stéphane Deloche, est ailleurs. « Les hôtels sont ouverts, la montagne est accessible, donc on va autoriser une pratique “sauvage” de tout ce qui ne nécessite pas de remontées mécaniques – randonnée, raquettes, ski de fond. Alors que l’accidentologie est quatre fois moins importante lorsque le sport de montagne est encadré par des professionnels. »

  • Qu’ont décidé nos voisins européens au sujet de leurs propres stations ?

Le Premier ministre comme le président de la République ont mentionné une coordination européenne « à l’initiative de la France ». Problème : chacun de nos voisins européens a adopté une position différente. L’Allemagne et l’Italie semblent pencher du même côté que la France. Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, s’il est toujours en discussion avec les présidents de région, affirme étudier « la possibilité d’une initiative au niveau européen pour empêcher les vacances à la neige ».

À l’opposé, en Suisse, dix stations ont d’ores et déjà ouvert leurs portes. L’Espagne ne s’est pas prononcée a priori pour une fermeture. Quant à l’Autriche, le “pays du ski” prévoit de rouvrir ses stations à la mi-décembre, date de fin du confinement de sa population. Ce qui fait craindre aux stations de ski françaises qu’une partie de la clientèle se reporte sur l’offre étrangère. « On va se retrouver les dindons de la farce », déplore Stéphane Deloche.

  • Quelles conséquences une fermeture aurait-elle pour les stations ?

La saison 2019–2020 ayant dû subitement s’interrompre avec l’instauration du premier confinement le 17 mars dernier, « nos stations ont déjà subi un déficit de 20 % », rappelle Charles-Ange Ginésy. Pour Franck Grivel, en n’ouvrant pas les stations pendant les fêtes, c’est « toute la chaîne autour du produit ski » qu’on pénalise. Un secteur qui réalise 20 à 25% de son volume d’affaires en décembre.

 L’industrie du ski en France, ce sont 10 milliards de retombées économiques réparties sur les 350 stations. « Dans les fonds de vallée, elle permet d’employer des milliers de saisonniers et de permanents », détaille le directeur de l’Office de tourisme du Grand Tourmalet. Sans oublier « tous les acteurs qui gravitent autour de cette activité, que ce soit les hébergeurs, les restaurateurs, les loueurs de matériel ou les écoles de ski ».

Stéphane Deloche redoute que la situation épidémique n’empire après un relâchement de la vigilance pendant les fêtes. « Au 20 janvier, on sera déjà presque à mi-saison. À ce moment-là, si les contaminations remontent, on va nous dire qu’on ne peut pas ouvrir, et on passera à côté de la deuxième partie de la saison. Si on veut condamner une activité, on ne s’y prend pas autrement. »

« Pour les stations de ski, c’est humainement très difficile et économiquement compliqué à supporter », a reconnu Bruno Le Maire, ajoutant que le gouvernement apportera « l’aide nécessaire ». « On ne veut pas qu’on nous aide, on veut juste qu’on nous laisse le droit de travailler », rétorque le président du Ski club du Grand-Bornand. Franck Grivel veut rester optimiste : « A défaut de pratiquer le ski, les vacanciers auront sans doute envie de venir se ressourcer à la montagne, compte tenu de ce qu’on a vécu ces derniers mois. »