Lien Pixabay: https://pixabay.com/fr/photos/boule-disco-balle-couleur-globe-4797437/

Discothèques : le monde de la nuit est-il le grand oublié du déconfinement ?

Les discothèques n’y voient pas vraiment plus clair, après les annonces d’Emmanuel Macron mardi. Entre manque de perspective, de confiance et d’aides suffisantes, les acteurs du milieu témoignent de leur détresse.

« Tout le monde va mettre la clé sous la porte à ce rythme-là », se désole Aurélien Dubois, président de la Chambre Syndicale des Lieux Musicaux et Festifs (CSLMF). 30% des établissements de l’organisme, qui regroupe 300 discothèques, sont aujourd’hui en redressement ou en liquidation. « La nuit est la vraie sacrifiée de la crise sanitaire », abonde Frantz Steinbach, co-fédérateur du comité de filière « Nuit, lieux musicaux festifs et de vie ». Créé le 15 mai, ce comité regroupe les principaux syndicats et organisations patronales du monde de la nuit. Il échange chaque semaine avec le gouvernement pour faire remonter les revendications du milieu.

Des aides insuffisantes et difficiles d’accès

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a annoncé de nouvelles aides dans le cadre du fonds de solidarité. Les établissements fermés administrativement en raison de la crise sanitaire peuvent désormais choisir d’obtenir 20% de leur chiffre d’affaires 2019 sur la même période, au lieu des 10 000 euros mensuels prévus jusqu’ici. Si Frantz Steinbach salue une mesure qui va aider ceux pour qui les 10 000 euros ne suffisaient pas, ce gérant de trois discothèques en France soulève le problème de la saisonnalité des activités nocturnes : « Novembre n’est pas un super mois chez nous, donc le fait de nous aider à hauteur de 20% du chiffre d’affaires sur ce mois-ci n’est pas forcément avantageux ». Pour obtenir ces aides, encore faut-il être concerné par le fonds de solidarité prévu par l’Etat. Or, Frantz Steinbach rappelle que « beaucoup d’établissements ont des difficultés incommensurables à être inclus par les autorités dans le fonds, malgré le fait qu’ils remplissent les critères. »

Pour Aurélien Dubois, peu importe les « effets d’annonce » du président de la République, les aides « ne permettent pas de survivre ». Il évoque un décret validé fin septembre selon lequel l’Etat finance les charges fixes des discothèques de juin à décembre  jusqu’à 15 000 euros par mois. « La moyenne des charges fixes dans nos établissements, c’est 45 000 euros », assène-t-il. Frantz Steinbach évoque quant à lui la difficulté pour les gérants de discothèques d’obtenir des Prêts garantis par l’Etat (PGE) auprès de banques frileuses. Quand bien même ces banques accepteraient d’accorder les prêts, « il y a une certaine fantaisie dans le fait d’emprunter sur du chiffre d’affaires qu’on ne pourra rattraper », ajoute-t-il.

En qualité de membre du comité de filière du monde de la nuit, Frantz Steinbach a fait deux propositions au gouvernement pour améliorer la situation des discothèques. La première serait de créer une tranche supplémentaire de 0,5% du chiffre d’affaires éligible au mécénat pour les entreprises donatrices, en plus des 0,5% actuels, à destination exclusive des entreprises culturelles fermées administrativement. La deuxième serait de protéger les gérants de discothèques de leurs bailleurs en classant leurs établissements comme « équipement d’intérêt collectif et service public ». Les discothèques ne seraient donc plus menacées de fermeture en cas d’impayés de loyer.

Le manque de confiance étatique

Jusqu’ici, la réouverture des discothèques semblait conditionnée à l’arrivée d’un vaccin contre le Covid-19, mais Frantz Steinbach estime aujourd’hui que « c’est quand il n’y aura plus de virus qu’on pourra rouvrir ». Une manque de perspective qui rend la situation des discothèques d’autant plus compliquée.

Car si Emmanuel Macron a annoncé que les restaurants pourraient rouvrir dès le 20 janvier, les discothèques devraient rester fermées. « C’est une remise en cause profonde de la professionnalité de la filière, puisqu’on sait faire confiance à des restaurateurs mais pas à nous. Or, c’est bien notre métier que d’accueillir des publics », dénonce Frantz Steinbach. « Tous nos protocoles sanitaires nous ont été refusés, on est complètement dépités », se désole Aurélien Dubois. Il souligne « l’hypocrisie d’un gouvernement qui fait l’autruche, en refusant la réouverture tout en laissant faire des évènements privés ». Chaque week-end, des réunions privées  rassemblant parfois des centaines de personnes ont lieu en France. « Ne pas nous faire confiance, c’était une erreur stratégique », conclut Frantz Steinbach.