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Restos du coeur et Covid-19: “Cette 36e campagne est complètement différente des précédentes” 

Les Restos du Coeur lancent leur 36e campagne hivernale, en pleine crise sanitaire et économique du Covid-19. Un contexte inédit qui oblige l’association à s’adapter.

Comme tous les hivers depuis maintenant 36 ans, les Restos du Coeur lancent leur campagne. L’objectif fixé par Coluche en 1985 n’a, lui, pas changé : offrir une assiette pleine, de la dignité et de la chaleur humaine aux populations les plus précaires. Pourtant, cette année, l’association doit s’adapter, entre hausse des demandes en aide alimentaire et nécessité de composer avec les règles sanitaires. 

 

  • Une hausse de la demande de 10% à 45% selon les départements

 

“ On s’attend à une très forte hausse du nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire dans les mois à venir”, regrette Magali Jacquemart, responsable communication des Restos du Cœur. Alors que l’association avait accueilli près de 875 000 personnes l’hiver dernier, elle s’attend à dépasser, cette année, le million de demandes, avec de fortes disparités selon les départements. 

Une augmentation fulgurante qui atteint 45% en Seine-Saint-Denis et 30% à Paris, en raison du basculement d’une frange de la population, déjà précaire, dans la pauvreté. “Depuis le début de la crise du Covid, on accueille beaucoup de personnes qui vivaient avec des petits boulots, explique Natalie Jaquemart. Quand le travail s’est arrêté, ils ont arrêté de pouvoir manger”. Ce nouveau public afflue en continu dans les Restos du Cœur depuis le mois de mars. “Pour beaucoup, il n’y a pas eu de véritable reprise d’activité entre les deux confinements”, note la responsable.  

 

  • Les jeunes basculent dans la pauvreté  

 

Parmi ces nouvelles populations, “ce sont les jeunes les plus touchés, déplore Magali Jacquemart. C’est ce qui nous fait le plus mal”. Chez les 18–25 ans, ils sont nombreux à avoir perdu leur travail étudiant, ou à ne plus bénéficier de l’aide de leur famille, elle-même touchée par la crise. 

C’est le cas de Rauma, étudiante à Avignon. Lors du premier confinement, alors qu’elle est employée sous le statut précaire de vacataire par sa faculté, celle-ci met son contrat en pause. “Ma famille ne pouvait pas m’aider. J’étais en année de césure, je ne touchais pas les bourses. J’avais un peu de sous de côté, mais au bout de quinze jours c’est devenu compliqué de manger”, raconte-t-elle sobrement. C’est sur le site de sa fac qu’elle voit passer une annonce des Restos du Cœur. “Je n’y avais pas pensé dans un premier temps. Ils m’ont beaucoup aidée, je repartais avec deux ou trois sacs pleins chaque semaine et des chèques alimentaires ”, se souvient-elle. 

Les jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail, ou encore les non-étudiants, qui ne peuvent profiter ni du RSA, ni des bourses étudiantes, sont aussi très touchés par la précarité alimentaire.

 

  • « On essaie de relancer la machine, en toute sécurité »

 

Pour respecter les contraintes sanitaires, il a fallu s’adapter, explique Daniel Belletier, président des Restos du cœur du Bas-Rhin. Si les seize centres du département sont restés ouverts, ceux qui sont trop étroits pour respecter l’espace de 4m² par personne fixé par le gouvernement, proposent des distributions alimentaires en extérieur. C’est beaucoup moins facile de prendre des nouvelles de la personne, de sa famille, pour pouvoir l’aider sur le plan humain, déplore Daniel Belletier. Ce n’est pas suffisant de donner à manger. 

“Cette campagne est complètement différente des précédentes”, abonde la responsable communication Magali Jacquemart. Avant ce système de “drive”, les bénéficiaires entraient dans le centre accompagnés par des bénévoles. “Il n’y a plus de lien, de moment de convivialité, d’écoute. Les gestes barrière nous éloignent”, craint-elle. 

Contrairement au premier confinement où seule l’aide alimentaire subsistait, le président des centres du Bas-Rhin a veillé à ce que, cette fois, une part de l’accompagnement à la personne se poursuive. « On a maintenu les rendez-vous avec les avocats pour veiller à l’accès aux droits, on aide aussi aux recherches d’emploi et on va reprendre les cours de français », avance-t-il. Nettoyage des postes, hygiaphones pour séparer les personnes, aération… Les bénévoles ont dû respecter des règles strictes. Et de souligner : « On essaie de relancer la machine, mais toujours en toute sécurité. »

 

  • Besoin de dons et de bras

 

Si les Restos du cœur du Bas-Rhin anticipent une hausse de 20 % des demandes d’aides alimentaires cette année, par rapport à l’hiver dernier, ils ont perdu des bras en raison de la crise sanitaire. « 20 % de nos bénévoles se sont mis en retrait, souvent en raison de leur âge, par crainte d’attraper le virus », estime le président Daniel Belletier. Dans toute la France, ils sont même 40 % à ne pas être revenus depuis le début de la crise sanitaire selon l’administratrice des Restos du cœur, Sophie Ladegaillerie, dans une interview pour 20 minutes

Du côté des dons, ils sont à la hausse depuis le début de la crise en mars. Les contributeurs ont réalisé que certaines personnes allaient vite être confrontées à des difficultés financières. Une générosité qui doit perdurer pour la responsable communication Magali Jacquemart. “Il faut que ça continue, insiste-t-elle, la crise sera durable et certaines personnes resteront dans la précarité pendant des mois.”