Aides élargies, Noël, auto-écoles… Ce qu’il faut retenir de l’intervention de Jean Castex

Après les annonces du président de la République mardi, le Premier ministre a pris la parole ce jeudi pour préciser les mesures d’allégement du confinement. Il a notamment confirmé la jauge de 30 personnes lors des offices religieux et la fermeture des stations de ski, tout en précisant les multiples dispositifs de soutien aux personnes touchées par la crise. 

 

“Vos efforts payent.” Après le cap fixé mardi par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée, c’était au tour de Jean Castex de prendre la parole ce jeudi pour préciser les annonces du chef de l’État. Un allègement des mesures de confinement permis par une amélioration de la situation épidémique. “Alors que nous comptions près de 45.000 nouveaux cas par jour début octobre, nous sommes descendus ces sept derniers jours à moins de 17.000 cas par jour”, a indiqué le Premier ministre.

Jean Castex, entouré de quatre membres du gouvernement, a détaillé le calendrier et les modalités devant conduire les Français à sortir progressivement du confinement. L’objectif du gouvernement étant de “permettre un retour par étapes à une vie normale”, a assuré le chef du gouvernement. De nouvelles précisions seront apportées la semaine prochaine.

  • Un “allégement” et non un “déconfinement”, soumis à une évolution favorable de l’épidémie

Le Premier ministre est revenu sur le calendrier présenté par Emmanuel Macron. La période démarrant samedi 28 novembre “sera une phase d’allègement”, a indiqué le Premier ministre. “Il est trop tôt pour parler de déconfinement.” Les déplacements resteront donc contraints, et conditionnés à une attestation.

Lors de la deuxième phase, à compter du 15 décembre, “l’attestation sera supprimée en journée mais obligatoire en soirée”, en raison d’un couvre-feu instauré à partir de 21 heures. Elle disparaîtra à partir du 20 janvier, date à laquelle devraient rouvrir les bars et restaurants, ainsi que les salles de sport, et reprendre intégralement les cours en présentiel dans les lycées, puis les universités. À condition que “les Fêtes ne se soient pas traduites par une reprise de l’épidémie”, a rappelé le Premier ministre.

“Nous ne pourrons franchir chacune de ces étapes que si la pression sur nos services hospitaliers se réduit”, a‑t-il insisté. Seul impératif valable quelle que soit la date : le télétravail. Il “reste la règle et doit être le plus massif possible”, a martelé Jean Castex.

  • Réouverture des commerces : un protocole sanitaire renforcé, les auto-écoles et les agences immobilières fixées sur leur sort

“L’ensemble des commerces qui étaient jusque-là fermés pourront rouvrir samedi 28 novembre, a confirmé Jean Castex. Les mesures de fermeture de certains rayons dans les grands commerces seront également levées.” 

Le nouveau protocole sanitaire renforcé, défini ces derniers jours en concertation avec les partenaires sociaux, a été présenté par Alain Griset, ministre délégué aux PME. La jauge, comme prévu, est portée à huit mètres carrés par client. Une règle qui s’applique à la surface de vente totale et uniquement aux clients, pas aux employés des commerces. Elle sera contrôlée et sanctionnée au cas par cas. “Un couple et son enfant qui rentrent dans le commerce ne comptent que pour une seule personne”, a précisé Alain Griset. 

Les commerces de plus de 400 m² devront par ailleurs “prévoir une personne ou un système pour contrôler le respect de cette jauge.” Le ministre en charge des PME a demandé à ce que soient mis en place, si possible, un sens de circulation et un système d’aération. La mise à disposition de gel hydroalcoolique et l’information des clients seront, eux, obligatoires. Enfin, afin d’éviter une trop grande fréquentation lors de la période des fêtes, les commerces pourront étendre leurs horaires d’ouverture jusqu’à 21 heures et bénéficier de dérogations pour l’ouverture le dimanche.

Outre les commerces, le Premier ministre a mis fin à la zone d’ombre dans laquelle étaient plongées les auto-écoles et les agences immobilières. Dès le 28 novembre, “les auto-écoles pourront reprendre la préparation pratique de l’examen du permis, mais pas la préparation théorique.” Les visites immobilières seront également à nouveau autorisées à partir de cette date. 

  • Offices religieux : accès restreint à 30 personnes, au moins jusqu’au 15 décembre

Alors même que la Conférence des évêques de France assurait mercredi que la limitation à 30 personnes maximum par office religieux allait être revue, cette jauge est confirmée “pour l’instant”. Elle “évoluera en fonction de l’échéance du 15 décembre et de l’évolution de la situation sanitaire”, a expliqué Jean Castex, précisant que “les discussions se poursuivent avec les autorités religieuses.” 

La règle pourra “potentiellement” évoluer vers une jauge proportionnelle à la taille des édifices religieux à partir de la prochaine phase d’allègement du confinement. Autrement dit une règle similaire à celle qui prévaudra dans les commerces.

  • Sport : reprise des activités extra-scolaires pour les enfants, pratique limitée pour les adultes

“Les activités sportives individuelles de plein air seront possibles, dans la limite de vingt kilomètres et trois heures”, a indiqué Jean Castex. Pourront également reprendre les activités nautiques et la pêche. Mais pas les activités dans les salles de sport ou la pratique de sports collectifs pour les adultes, au moins jusqu’au 20 janvier. 

Concernant les mineurs, les activités extra-scolaires en plein air seront à nouveau autorisées à partir de samedi. À compter du 15 décembre, ce sera aussi le cas des activités extra-scolaires à l’intérieur, avec protocole renforcé, et des activités culturelles à destination des enfants.

  • Entreprises : rénovation du fonds de solidarité pour l’adapter aux grandes sociétés et aux activités non concernées par les fermetures

Sur l’élargissement des aides aux secteurs économiques les plus touchés, Jean Castex était attendu au tournant. Afin de “couvrir intégralement les charges des entreprises fermées jusqu’au 20 janvier”, le fonds de solidarité d’urgence est maintenu. 

La nouveauté, c’est qu’il sera adapté aux besoins des entreprises plus importantes, dont les charges fixes sont plus élevées. Désormais, les sociétés auront le choix entre toucher une aide mensuelle de 10.000 euros ou, “si c’est plus avantageux”, percevoir chaque mois une compensation représentant 20 % du chiffre d’affaires réalisé sur la même période l’année précédente. 

Par ailleurs, “pour les entreprises pas directement fermées mais dont l’activité est touchée par la crise”, sera apportée une aide à hauteur de 15 à 20 % de leur chiffre d’affaires s’il s’est réduit au moins de moitié ces derniers mois.

  • Précarité : 900 euros par mois pour les saisonniers et intermittents, 45.000 jeunes supplémentaires éligibles à une aide financière d’urgence

Le Premier ministre a apporté des précisions sur l’aide destinée aux saisonniers, intermittents et travailleurs “en extras”. Des ressources à hauteur de 900 euros par mois leur seront garanties du 1er novembre à février 2021. Sont concernées les personnes ayant travaillé au moins 60% du temps au cours de l’année 2019, mais n’ayant “pas travaillé suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits”, a indiqué la ministre du Travail Elizabeth Borne.

D’autre part, le chef du gouvernement a dessiné les contours des mesures de soutien aux jeunes. Puisque “la raréfaction du nombre de petits jobs contribue à la précarisation des étudiants”, Jean Castex a annoncé la création de 20.000 jobs étudiants. Leur mission consistera à prendre dix heures par semaine pour venir en aide aux jeunes qui décrochent, notamment au cours des premières années. Une mesure qui coûtera 50 millions d’euros à l’État. 

L’exécutif renforcera également l’aide financière d’urgence destinée aux étudiants en précarité. “Nous aiderons 45.000 jeunes supplémentaires à se nourrir et se loger”, a promis Jean Castex. Le plan “1 jeune, 1 solution”, lancé en juillet dernier, sera lui aussi étendu. L’objectif : un doublement du nombre de bénéficiaires de la garantie jeunes, qui devrait concerner au moins 200 000 jeunes en 2021. Pour aider les jeunes diplômés à décrocher leur premier emploi, le gouvernement prévoit de mettre en place un dispositif d’accompagnement, sous la houlette de Pôle emploi et de l’APEC. 

  • Secteur culturel : pas de dérogation au couvre-feu

Jean Castex a annoncé, de même qu’Emmanuel Macron, une réouverture dès ce samedi des librairies, bibliothèques, archives et disquaires. “À partir du 15 décembre, musées, cinéma et salles de théâtre pourront rouvrir dans le respect des mesures sanitaires qui avaient été mises en place lors du couvre-feu”, a ajouté le Premier ministre.

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a détaillé ces mesures : “règles de distanciation physique par groupe de six, désinfection, port du masque pendant l’intégralité du spectacle et mise à disposition de gel hydroalcoolique.” Le couvre-feu à partir de 21 heures qui sera instauré le 15 décembre s’appliquera aux lieux culturels. Mais sera mise en place “une dérogation pour les personnes dont la séance se termine à cette heure-là” sur présentation de leur billet de spectacle ou de cinéma. 

S’agissant des cours de musique et de théâtre, ils pourront reprendre à partir du 15 décembre dans les conservatoires et autres établissements d’enseignement des arts. Avec une exception pour le chant, trop propice selon la ministre à la projection de gouttelettes de salive. “Les dérogations déjà en vigueur pour les répétitions, captations et tournages se poursuivront”, a conclu Roselyne Bachelot. 

  • Vacances de Noël : pas de ski, pas de colonies de vacances, pas de grands rassemblements

Il est toujours possible de se rendre à l’étranger. Par ailleurs, “pour les déplacements depuis et vers les territoires ultra-marins, la production d’un test PCR de moins de 72 heures reste obligatoire.” Quant aux séjours collectifs, “les centres de vacances et colonies de vacances ne pourront pas reprendre leurs activités” durant la période de vacances de fin d’année.

Le Premier ministre s’est aussi exprimé sur le sort des stations de sports d’hiver, alors même qu’un arbitrage devait tomber d’ici le début de semaine prochaine. “Nous avons estimé que la situation épidémique dans les départements concernés et la forte sollicitation de leurs services hospitaliers ne nous permettent pas d’envisager une ouverture pour la période de Noël”, a‑t-il affirmé, confirmant une déclaration d’Emmanuel Macron mardi. Mais il restera possible de se rendre dans les montagnes “pour profiter de l’air pur et de leurs commerces, hors restaurants”, a voulu rassurer Jean Castex. 

Le couvre-feu sera levé les 24 et 31 décembre pour permettre à tous de retrouver leurs proches. “Cela ne veut pas dire que nous pourrons fêter ces événements comme nous le faisons habituellement, a souligné le chef du gouvernement. Il est donc impératif de limiter le nombre de personnes à table et d’éviter les rassemblements trop nombreux.” Jean Castex fournira, aux côtés d’Olivier Véran, de nouvelles recommandations à l’approche des fêtes.

  • De nouvelles échéances à venir sur les vaccins et l’isolement contraint

C’est la semaine prochaine que le gouvernement précisera son nouveau dispositif de lutte contre la circulation de l’épidémie. Un nouveau dispositif avec un nom rénové : “tester, alerter, protéger, soigner”. Dans le même temps, les ministres, notamment celui de la Santé, reviendront sur l’organisation qu’ils prévoient de mettre en place pour vacciner les Français contre le Covid-19.

Concernant enfin la mise en place d’un isolement plus contraignant des cas positifs, hypothèse évoquée par Emmanuel Macron au cours de son allocution, le Premier ministre ne s’est pas exprimé à ce sujet. Le président de la République avait appelé le Parlement à s’en saisir, et le débat devrait être relancé dans les prochains jours.