Jean Castex promet de nouvelles aides pour les jeunes précaires : « Sans petit-déj’, c’est dur de penser à la fac »

Élargissement de la Garantie jeunes, création de jobs étudiants… Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures à destination des jeunes. Des aides très attendues par cette génération où la précarité fait son nid.

Souvent oubliés lors des précédentes allocutions, le Premier ministre Jean Castex a reconnu ce jeudi que les jeunes « sont les premières victimes de la crise », lors d’une conférence de presse sur l’allégement du confinement. Fannie, 24 ans, se retrouve dans cette définition. « Je me suis retrouvée au chômage, mais sans allocations chômage, car quand tu n’as jamais travaillé, tu ne peux rien toucher ! » pointe-t-elle. Sa promesse de CDD acquise à la suite de son stage de fin d’étude dans un centre d’art près de Toulon s’est envolée avec l’annonce du reconfinement. « J’ai fait du bon boulot pourtant, soupire-t-elle. Le contexte actuel est tellement frustrant. »

Opposé à la création d’un RSA pour les moins de 25 ans, et sans possibilité pour la plupart de bénéficier des allocations chômage, l’exécutif a choisi d’élargir l’accès à la Garantie jeunes. Au moins 200 000 en bénéficieront en 2021, soit un doublement de ses bénéficiaires, a annoncé le Premier ministre. Ce dispositif, lancé en juillet dernier, propose un accompagnement en mission locale d’un an aux jeunes précaires de 16 à 25 ans qui ne sont « ni en emploi ni en études ni en formation », ainsi qu’une aide mensuelle allant jusqu’à 500 euros. 

Fannie est inscrite depuis deux semaines à la mission locale. « J’ai envoyé plein de candidatures, faut pas se laisser abattre ! » sourit-elle. Si une entreprise l’embauche, l’État lui octroiera une compensation de charge de 4000 euros. Sinon, des possibilités de stage ou de formation sont prévues. 

Tania, elle, se montre moins enthousiaste. Son stage de six mois en événementiel a été annulé en raison du premier confinement. À 24 ans, elle multiplie les rendez-vous : la mission locale, Pôle emploi … « mais ils m’orientent vers un service civique, ou un job hors de mon secteur », déplore-t-elle. En attendant, elle rédige un mémoire, depuis chez ses parents, près de Marseille. « C’est anxiogène, je regarde tous les jours s’il y a des emplois disponibles en ligne, souffle-t-elle. Avec ces trous sur le CV, notre génération, c’est sûr, est sacrifiée. »

« À chaque annonce, ça crée plein d’espoirs »

« Depuis le confinement, j’ai perdu mon job de barmaid, c’est la galère », confie Yassine, étudiant en deuxième année de sociologie à Paris. Boursier, logé dans un Crous, il compte sur la promesse du Premier ministre : augmenter de 1600 à 20 000 le nombre de jobs étudiants proposés par les universités, pour une durée de 4 mois, à raison de 10 heures par semaine. Pour le moment, Yassine a du mal à croire le gouvernement. « Je suis toujours sur liste d’attente pour ces jobs. Et sans boulot, pas de petit déjeuner. Et sans petit déj’, c’est dur de penser à la fac », souligne l’étudiant.

De son côté, la ministre du Travail Elisabeth Borne a précisé que 70 000 jeunes devraient bénéficier de l’aide exceptionnelle de 900 euros par mois prévue pour les travailleurs intermittents et saisonniers. Florence, 24 ans, ne touchera pas cette aide. Elle a travaillé pendant huit mois, mais soutient que Pôle emploi ne lui a, pour le moment, reconnu qu’un seul mois. Pour toucher ce nouveau revenu mensuel, il faut avoir travaillé 60 % du temps en 2019. « À ces galères s’ajoute le gouvernement. À chaque annonce, ça crée plein d’espoirs : avoir des revenus, être enfin soulagée », regrette-t-elle. 

Pour rebondir, la jeune femme devait être animatrice dans une station de ski cet hiver. Mais le Premier ministre a annoncé ce jeudi que les remontées mécaniques des stations resteront fermées, brisant les espoirs de Florence. « À chaque promesse d’embauche, ça tourne mal », remarque la jeune femme. Sa première saison à l’office de tourisme du Val d’Allos, près de la frontière italienne, avait été écourtée en raison du premier confinement. 

Un chômage contraint qui laissera des traces chez la « génération Covid ». Depuis cet automne, 750 000 jeunes tentent de s’insérer sur un marché du travail en berne. Les statistiques ont de quoi donner le vertige : cette année, selon l’Insee, le taux de chômage a davantage progressé chez les jeunes de moins de 25 ans (+2,6 points) que pour les autres classes d’âge.