Poutre effondrée sur le RER C : «ça embête tout le monde»

Aucune date n’est encore annoncée pour la reprise du trafic entre Juvisy et Paris sur la ligne C du RER, interrompue depuis la chute d’une poutre sur les rails mardi 1er décembre. Les usagers, agacés, se reportent sur le RER D.

La foule autour d’elle se dirige tête baissée vers l’escalator, mais Shirley Lasota balade son regard sur les panneaux. Cette habitante de Brétigny-sur-Orge (Essonne), usagère quotidienne du RER C, découvre les quais du RER D dans la Gare de Lyon. «Je ne connais pas bien la ligne D, soupire-t-elle. Alors en plus de mettre deux heures au lieu d’une pour aller au travail, je prévois de la marge pour me repérer.»

Depuis l’effondrement d’une poutre de 300 tonnes sur les rails du RER C dans le XIIIème arrondissement de Paris, le trafic de cette ligne empruntée par 540 000 voyageurs par jour est interrompu entre la gare d’Austerlitz à Paris et celle de Juvisy (Essonne), augmentant la durée des trajets et forçant les usagers à trouver des alternatives.

De 30 minutes de trajet, Assya Gonzalez est passée à 1 h 30. Elle habite à Choisy-Le-Roi et travaille à Invalides, deux stations reliées par le RER C. «En temps normal, c’est direct, là je suis obligée de faire tout le tour de Paris en métro, ça me fatigue», lâche-t-elle d’un ton sec et agacé. A côté d’elle, Walid Sabete, 15 ans, donne des coups de pied dans son sac à dos en attendant le prochain RER D. Il est en retard pour son stage sur un chantier de climatisation et il espérait s’y rendre en prenant le RER C. «Je ne savais pas qu’il était arrêté, c’est nul, ça embête tout le monde», grimace-t-il les mains enfoncées dans ses poches.

« Sans le RER C, on est coupés de Paris »

Pour le moment la date de retour à la normale du trafic reste inconnue. Le découpage de la poutre tombée sur les rails a débuté hier lundi 7 novembre. Le groupe Léon Grosse-Freyssinet, chargé du chantier, prévoit le dégagement de la voie «avant la fin de cette semaine». L’état des rails sous la poutre sera ensuite évalué par la SNCF. «Nous ne pouvons pas encore donner de date précise pour la reprise de l’activité, explique une représentante de la SNCF. Cela dépendra des travaux à réaliser sur les rails une fois l’enlèvement terminé.» 

En gare, sur les quais du RER D, les hauts-parleurs résonnent : «Pour vous, clients du RER C, notez que le trafic est interrompu (…) au moins jusqu’à mi-décembre.» D’ici là, le report des usagers de la ligne C sur la ligne D se fait ressentir. «On est confinés, donc moins de monde est censé aller travailler, mais le RER D est bondé le soir», s’exaspère Shirley Lasota. «J’ai dû m’arranger avec mon entreprise pour terminer plus tôt et éviter l’heure de pointe sur la D», ajoute-t-elle. Anya Aiteur, habitante de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) a elle aussi demandé des horaires décalés à son entreprise, tant que le RER C est arrêté. «Mes supérieurs savent que j’habite loin, et que je dépends beaucoup du RER», justifie-t-elle.

«Sans le RER C, on est coupés de Paris, regrette Jean-Christian Batoumé, habitant de Choisy-Le-Roi. Je dois faire beaucoup de détours et de changements pour arriver au même endroit.» Une situation que reconnaît Arnaud Bertrand, président de l’association d’usagers des lignes RER et Transilien Plus De Trains. «La SNCF et Île-de-France Mobilités doivent améliorer la résilience de cette ligne de RER, défend-il. En cas de problème à un endroit, il est normal que ça pénalise les usagers qui y passent. Mais il est anormal que tout le monde en pâtisse.»

L’ouest du Val-de-Marne et l’Essonne, desservis par le RER C, devront attendre encore un peu pour bénéficier d’alternatives à cette ligne. Les métros 14 Sud et 18 Sud, prévus pour 2024 et le 15 Sud, pour 2026, viendront épauler la ligne C pour transporter les Val-de-Marnais et Essonniens en Ile-de-France.