Dans l’ouest parisien, des logements sociaux pour « sortir de l’entre-soi »

 

Dans la très cossue rue Jean-Bart, idéalement située entre le jardin du Luxembourg et la rue d’Assas, au cœur du VIe arrondissement, se dresse un chantier pas comme les autres. Ian Brossat, l’adjoint à la mairie de Paris chargé du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés, dévoile un projet d’hébergement social, lorsqu’il est interpellé.

« C’est bien beau de construire ce type d’appartement dans le VIe, mais vos futurs locataires ne pourront même pas se payer un café dans les environs. Pour les courses, n’en parlons pas », lâche, agacé, un riverain, le sac plein d’emplettes. Certes, à 6 et 7€ du m² par mois, l’opération immobilière de la mairie apparaît comme bien inférieure aux loyers réglementaires du quartier. Mais Ian Brossat est las de ces reproches : « Il faut sortir de l’entre-soi. Les mêmes qui nous accusent de construire des logements sociaux dans des quartiers aisés nous accusent de créer des ghettos ».  

L’ouest parisien, mauvais élève

La visite se déroule dans un contexte particulier : voilà vingt ans qu’existe la loi SRU, dont l’article 55 impose aux communes de plus de 3 500 habitants d’ avoir une surface de 20 % de logements sociaux, relevée ensuite à 25 %. A cette occasion, la Fondation Abbé Pierre dévoile son bilan pour 2017–2019, et pointe d’importantes disparités. Les sempiternels Neuilly-sur-Seine ou Levallois-Perret, Saint-Maur-des-Fossés mais également de nombreuses communes de la région PACA à l’instar de Cagnes-sur-Mer figurent parmi les moins bons élèves du classement. La capitale atteint presque l’objectif, avec un taux de 21,1%, mais quelques arrondissements de l’Ouest parisien manquent à l’appel, à l’instar du VIe qui enregistre à peine 3 % d’habitations à loyer modéré (HLM). 

Les deux chantiers de la ville de Paris répondent à un cahier des charges commun : rénover des bâtiments désaffectés, les intégrer dans le paysage architectural, et proposer des biens de qualité à une population défavorisée. « Notre but, c’est que l’ensemble trouve sa place dans la rue. Nous voulons aussi lui donner du caractère, pour que le logement social ne soit pas stigmatisé », explique Jean-Christophe Quinton, l’architecte du projet de la rive gauche. Depuis deux ans, il s’emploie à transformer cet ancien commissariat en 8 logements spacieux, fonctionnels et optimisés. « On s’est calés très précisément sur la réalité du site, pour en respecter toutes les subtilités »

De l’autre côté de la Seine, rue Jasmin, à proximité des Villas Montmorency et hameaux Boileau, dans le XVIe arrondissement, la mairie s’est emparée d’un immeuble, ancienne possession de la famille Assad, qui a fait l’objet d’une expropriation. Désaffecté depuis les années 1980, l’édifice abritera 34 logements, ainsi qu’une crèche. La fin des travaux est prévue pour mars 2022. « Dans un arrondissement comme celui-ci, la construction d’habitats sociaux a été multipliée par quatre par rapport à 2001. Dans le VIIIe, par cinq. Pour que la ville fonctionne bien, nous avons besoin de plus de mixité sociale », analyse Ian Brossat. Et de rappeler que « l’esprit de la loi SRU ne consiste pas uniquement à développer les logements sociaux, mais d’en avoir sur tout le territoire ». Les deux projets ont été votés à l’unanimité. 260 000 personnes demeurent aujourd’hui en attente d’HLM à Paris. 

Margot Davier

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