« La période de l’Avent est plus difficile à vivre que les autres années »

Le temps de l’Avent 2020 en Ile-de-France, comme dans le reste de la France, change de visage. Place au masque et au gel hydro-alcoolique tout en restant à bonne distance de son voisin dans les églises. Une situation exceptionnelle mais nécessaire à l’approche des Messes de Noël, moment fort dans le calendrier catholique. Dans l’église Saint Joseph d’Enghien-les-Bains (Val‑d’Oise), mardi 8 décembre, les élèves du lycée Notre Dame de la Providence de la ville se rassemblent pour célébrer la naissance de Marie. 

Un banc sur deux est condamné afin de respecter les distances sanitaires et la jauge limitée de 30% d’affluence fixée par le gouvernement pour les lieux de culte. « Il y a 144 places assises dans l’église Saint-Joseph, voire un peu plus », détaille Jean-Pierre Pommaret, bénévole chargé de la fermeture quotidienne de l’église. Dans les ailes latérales, des chaises noires ont été installées au-dessus d’un ruban adhésif au sol qui rappelle leur emplacement. Et sur les bancs encore accessibles, les distances sanitaires sont globalement respectées.

Crédit Gabriel Bray

Mais au moment de délivrer la communion, les gestes barrières sont bien plus difficiles à appliquer. Le rappel au micro pour éviter la cohue dans les allées ne suffit pas. La discipline est très vite oubliée. Après quelques minutes, une longue file se presse dans l’allée centrale, au point de s’étendre jusqu’au fond de l’église. Difficile de maintenir les distances entre chaque personne à ce stade de la célébration. Le curé de la paroisse, Alexandre De Bucy, reconnaît la difficulté : « On demande aux gens de venir sur une seule file et de respecter une distance de 2 mètres entre les personnes, bien qu’on ne soit pas avec une règle pour vérifier l’écart entre eux ». Mais le curé se félicite tout de même des comportements qu’il voit dans les églises. « Les chrétiens sont très respectueux des règles sanitaires. On sait que c’est important de les appliquer ». 

Ces restrictions perturbent, malgré tout, les fidèles comme Clothilde Pichot-Duclos, ancienne allergologue rattachée à l’église de Saint-Rémy-de-la-Vanne (Seine-et-Marne). « La période de l’Avent est plus difficile à vivre que les autres années. Même si le contexte nous permet de nous recentrer sur la vraie signification de l’Avent, de la venue au monde du Christ ».

La crise sanitaire réinvente la pratique de la religion

« Cette crise peut être bénéfique pour nous aider à trouver d’autres outils pour aller à la rencontre des autres », constate le prélat. Lors des deux confinements, les célébrations ont été totalement interdites ce qui a obligé les paroisses à se réinventer. A Enghien-les-Bains, l’équipe paroissiale a décidé de lancer une chaîne YouTube pour ne pas perdre le lien avec ses administrés avec des temps de réflexions ou de méditations. Aujourd’hui, la chaîne « Paroisse d’Enghien Saint-Gratien » compte 344 abonnés et cumule plusieurs centaines de vues par vidéo. « Il nous est paru essentiel de se lancer dans les vidéos, témoigne Alexandre de Bucy. Mais nous n’avons pas voulu mettre en ligne des messes parce qu’il y en a déjà chaque week-end sur le service public ». France 2 propose la retransmission en direct d’une célébration en France ou en Belgique. Un programme que regarde notamment Clothilde Pichot-Duclos: « j’ai suivi certaines messes à la télévision pour compenser la fermeture des églises ». Radio Notre Dame lui a également permis de « s’associer à la prière du chapelet à Lourdes ».

Les conséquences financières sont également fortes pour l’Église en cette fin d’année. Sans les cultes et les quêtes durant les célébrations, les revenus 2020 des paroisses sont en forte baisse. Dans un document publié mercredi 9 décembre par la conférence des évêques de France, les pertes pour les paroisses sont évaluées à 90 millions d’euros dont 30 pour le seul confinement de la fin d’année. Et pour cause, les quêtes versées lors des messes représentent 23% des revenus annuels des paroisses, destinés notamment à couvrir leurs frais de fonctionnement (chauffage, électricité…). Une perte que souhaite compenser la conférence des évêques de France en lançant sa campagne annuelle du Denier avec une nouveauté cette année, un don de 5 euros en envoyant un SMS au 92 377 pour « inviter les plus jeunes à prendre le réflexe du don », précise l’organisation dans son communiqué.

Les Messes de Noël encore dans le floue

« Le temps de Noël est important pour nous, chrétiens, rappelle Jean-Pierre Pommaret. Mais on ne connaît pas encore les directives gouvernementales avec un possible assouplissement ». La deuxième phase du déconfinement est censée intervenir le 15 décembre. Mais l’objectif des 5 000 contaminations quotidiennes n’étant pas encore atteint, la perspective d’un assouplissement des règles sanitaires semble compromise. La jauge limitée de 30% dans les lieux de culte ne semble pas encore être en mesure de s’assouplir. Pour pallier ces restrictions, le curé d’Enghien-les-Bains envisage d’ores et déjà d’augmenter le nombre de célébrations à Noël pour « ne refuser personne. On sait que ce sont des célébrations où il y a plus de monde que d’habitude. » Une période de fêtes pour les chrétiens et le reste de la population qui fera office de véritable test dans la perspective d’une troisième vague, crainte par les autorités.

Gabriel Bray

 

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