Les syndicats de cheminots veulent faire dérailler la privatisation des transports publics franciliens

 

A l’initiative des syndicats Sud Rail, Force Ouvrière, la CGT et Solidaires, plusieurs centaines de cheminots se sont réunis devant le siège d’Île-de-France Mobilités. Ils dénoncent l’ouverture à la concurrence des transports en commun dans la région francilienne. Un mouvement de grève est prévu pour la mi-décembre du côté de la RATP.

 

« Une privatisation serait une vraie marche arrière », s’indigne Clémentine Autain, présente à la manifestation avec sa cocarde bleue-blanc-rouge. La députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis marchait aux côtés de 300 cheminots ce mercredi matin rue de Châteaudun à Paris.  « C’est un service essentiel et en le faisant passer dans le privé, on va en changer la finalité : passer d’un service rendu à un service vendu », renchérit Didier Le Reste, président de la Convergence Nationale Rail. Unanimes. Quatre syndicats (CGT, Solidaires, FO, Sud Rail) avaient appelé au rassemblement devant le siège d’Ile-de-France Mobilités (ex-STIF).

Flambée des prix et morcellement

Ils étaient réunis à l’occasion d’un Conseil d’Administration décisif de l’autorité organisatrice des transports franciliens. À l’ordre du jour : le vote d’une délibération sur le calendrier d’ouverture à la concurrence des lignes SNCF. L’arrivée d’opérateurs privés sur les réseaux franciliens devrait s’échelonner entre 2023 et 2033. Clémentine Autain appuie son propos en citant l’exemple britannique. Selon elle, l’ouverture à la concurrence y a non seulement causé une envolée du prix des abonnements mais aussi un détérioration des services : « La situation est telle que les Anglais ont entamé la renationalisation: faire la même erreur en France serait un véritable retour en arrière. » 

Île de France Mobilités confirme une ouverture à la concurrence progressive dès 2023

« À Rome, Berlin et Londres, on a une démonstration concrète de ce qu’il se passe quand on privatise. », poursuit Clémentine Autain. Fabien Villedieu, délégué syndical Sud Rail est du même avis. « Est-ce que ça a permis d’avoir un meilleur service? Non. », conclut le cheminot parisien. « Le risque est également d’aboutir au morcellement du réseau s’il y a une vente à la découpe des lignes », prévient Didier Le Reste, pour qui les raisons de cette privatisation sont “dogmatiques”. Il alerte également sur la problématique des lignes les moins rentables qui ne trouveront pas preneur auprès d’opérateurs privés. 

Les syndicats crient aussi à l’injustice face à des conditions d’attribution plus favorables pour les opérateurs qui viendront concurrencer la SNCF. « Aujourd’hui, ce sont des contrats de concessions de 4 ans, mais avec l’ouverture à la concurrence, on passe à des contrats de 10 ans », détaille Fabien Villedieu. Cela signifie qu’aucun retour en arrière ne sera possible pendant une décennie. 

Précarisation du statut de cheminot

Selon les syndicats présents, le risque est que cette ouverture à la concurrence soit synonyme de précarisation de l’emploi. Un exemple existe aussi en France: celui du fret ferroviaire, privatisé en France en 2001. Une décision qui a détérioré les conditions de travail du personnel. « Le temps de travail a augmenté de 2 heures par jour et le temps de repos réduit d’autant », rappelle Stéphane Petit, conducteur de train basé à Paris-Montparnasse et syndiqué CGT. « Ce qu’ils sont en train de faire, c’est baisser les coûts sur le dos des cheminots », s’alarme Fabien Villedieu. Une tendance qui inquiète, notamment sur les questions de contrôle et de sécurité. « Dans le ferroviaire, c’est primordial : si un rail est fissuré, on le paie cash », souligne Didier Le Reste, « il ne faut pas que la sécurité ferroviaire devienne la variable d’ajustement. »

Pour de nombreux cheminots présents, ce rassemblement faisait office de mise en garde. Tous semblent prêts à poursuivre le combat contre l’ouverture des réseaux de transport franciliens à la concurrence. Les salariés de la RATP ont déjà déposé un préavis de grève pour le 17 décembre prochain et appellent à une convergence de la part de la SNCF.  « À la SNCF, on va essayer de construire quelque chose aussi », prévient Fabien Villedieu. « Si le calendrier actuel est maintenu, on lancera un mouvement de grève. »

Victor Depois, Zoé Pinet et Léo Seux