Le cri de colère de l’Enseignement supérieur

Ce jeudi après-midi, l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et sept collectif appellent à une manifestation aux revendications multiples place Jussieu, de la LPR à la réouverture des Universités en passant par la loi dite “sécurité globale” et la précarité.

“Les deux lois « de programmation de la recherche» et « de sécurité globale » portent gravement atteinte à des libertés indispensables dans une démocratie”. Le communiqué de l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et de la recherche donne le ton. Sur la page Facebook dédiée, Mobilisation nationale contre la LPR !, plus de 500 personnes se sont déclarées intéressées pour rejoindre la mobilisation, à Jussieu.

C’est la première fois que l’Enseignement supérieur et la recherche est à l’initiative d’une mobilisation qui n’est pas uniquement centrée sur ses intérêts : cette fois-ci, le rassemblement vise à lutter autant contre la loi de programmation de la recherche, que contre la loi sécurité globale, pour la “défense des droits et des libertés universitaires”. En cause : “une tendance actuelle à la sur-sécurité qui touche tout le monde et le monde de l’éducation aussi”, selon Chantal, maîtresse de conférences en informatique à Saclay et porte-parole d’Université Ouverte, l’un des sept collectifs organisateurs. 

“Le lien entre les causes se fait très naturellement”, explique-t-elle. Selon elle, “la loi de programmation de la recherche”, pose problème du point de vue de l’enseignement, mais aussi en matière de liberté personnelle. “Elle pénalise par exemple toute forme de contestation étudiante, alors que les seuls moyens d’action réels sont le blocage ou la manifestation. Maintenant, les étudiants risquent des peines pouvant aller jusqu’à  45 000 euros d’amendes et 3 ans de prison !”. Des atteintes aux libertés qu’on retrouve dans la loi sécurité globale. “La restriction de la liberté de filmer, de manifester… touchent l’ensemble de la population, et nous aussi !” s’énerve-t-elle. La réouverture des universités dans de bonnes conditions, pour lutter contre l’isolement, ainsi que la lutte contre la précarité étudiante font aussi partie des revendications. 

150 à 200 personnes seulement attendues

Bien que cette manifestation soit inédite, la porte-parole n’attend qu’entre 150 et 200 personnes sur le parvis de Jussieu ce jeudi après-midi. Les organisateurs peinent à mobiliser du fait de l’ambiance anxiogène liée au Covid-19 et de la lutte contre la promulgation de la loi de programmation de la recherche qui dure depuis plus d’un an. Selon la porte-parole d’Universités Ouvertes, à cela s’ajoute aussi la peur des violences policières qui ont émaillé les manifestations récentes

La préfecture a d’ailleurs rejeté la demande d’autorisation de défiler, déposée par les organisateurs. Ce qui devait être une marche de la Place de Jussieu à Matignon se transforme en rassemblement. Ils évoquent, dans un communiqué sur Facebook, un choix du Préfet réalisé sur des “critères spécieux” : en effet, les manifestations organisées par l’ESR se déroulent généralement sans heurts. “D’habitude, nous n’avons pas de problème avec les forces de l’ordre, explique la porte-parole, mais je ne peux pas m’avancer pour aujourd’hui. Quand on regarde toutes les manifestations récentes, même celles qui sont spécialisées comme la nôtre, on voit bien qu’il y a de plus en plus de risques à aller en manifestation”. Les organisateurs considèrent l’interdiction du défilé comme une grave atteinte (aux) libertés démocratiques. Selon eux, elle révèle d’une volonté d’interdiction générale de tout cortège ou défilé en Île-de-France , contre laquelle ils appellent les membres de l’Enseignement supérieur et de la recherche à se mobiliser.