Le monde du spectacle retient son souffle avant l’allocution de Castex

Deux confinements, un couvre-feu, et autant de difficultés financières et logistiques en cette année 2020 pour le monde du spectacle. Avec l’allocution du premier ministre Jean Castex ce jeudi à 18h, les intermittents et les entrepreneurs du cinéma et du théâtre jouent gros.

« On ne sait pas ce qui va nous arriver dans le coin de la figure, on attend donc cette allocution dans la fébrilité », s’inquiète Guillaume Bachy, vice-président de l’Association française des cinémas d’arts et d’essai (AFCAE) et gérant du cinéma le Palais Créteil. «Nous avons eu très peu de retours du Ministère de la culture cette fois-ci », déplore-t-il. Comme la plupart des gérants de salles de spectacle franciliens, il s’est préparé à une réouverture le 15 décembre, quoi qu’il en coûte.

Un paquebot vapeur à remettre en marche”

« Nous sommes devenus très souples, très élastiques, nous avons même précisé les horaires à venir sur le site, déclare-t-il avec enthousiasme. Une salle c’est un paquebot vapeur à remettre en marche : ça reste compliqué de n’avoir que du jeudi au mardi pour s’adapter en cas de couvre-feu plus tôt par exemple », explique Guillaume Bachy.

Pour les intermittents du spectacle, l’incertitude est anxiogène, voire rageante. « Nous n’avons que deux semaines pour nous préparer, puis en une seule allocution, tout tombe », regrette Colombe Ducrot. Celle qui entre en deuxième année au Cours Florent à Paris vient d’obtenir son premier rôle rémunéré dans une pièce professionnelle qui risque d’être annulée ce soir. « Nous essayons de construire nos vies, mais à la fin nous dépendons des décisions du gouvernement », souligne-t-elle, fataliste.

Résilience comme maître-mot

Si elle regrette un manque de considération pour la culture dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, elle préfère prendre du recul sur la situation et être résiliente face à cette situation inédite.  « On se sent parfois inutiles, non essentiels. Mais je préfère en rire », déclare-t-elle en un large sourire.

Quant à Guillaume Bachy, sa plus grande crainte est de perdre des spectateurs occasionnels pour toujours : « Je ne m’inquiète pas pour les habitués, je sais qu’ils reviendront à la réouverture des salles d’arts et d’essai. Mais qu’en sera-t-il si les Français perdent la capacité de se regrouper  ? , s’inquiète le gérant de salle. Le plus important dans mon travail, c’est le lien social. Si on le perd, alors on aura vraiment perdu quelque chose de fondamental du fait de cette crise sanitaire ».

Mehdi Bouzouina