L’incendiaire de la rue Myrha condamné à 20 ans de réclusion criminelle

L’accusé a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour l’incendie volontaire qui avait causé la mort de huit personnes en 2015, dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris. Face au verdict, l’individu est resté impassible. 

Longtemps symbole des trafics de drogue, la rue Myrha du XVIIIe arrondissement de Paris est depuis cinq ans associée au terrible incendie criminel qui a coûté la vie à huit personnes  le 2 septembre 2015. Ce jeudi, la cour d’assises de Paris a condamné Thibault Garagnon à 20 ans de réclusion criminelle assortis d’un suivi socio-judiciaire de 12 ans à sa sortie pour avoir volontairement mis le feu à son propre immeuble. L’avocat général Rémi Crosson du Cormier avait requis 25 ans de réclusion criminelle assorti d’une peine de sûreté des deux tiers. Pour l’avocat de Thibault Garagnon Me Laurent Thieffry, “la cour a certainement pris en compte la personnalité particulière de mon client, son jeune âge au moment des faits et la nécessité de sa réinsertion”. 

A l’annonce du verdict, les parties civiles oscillent entre soulagement et colère tandis que l’accusé reste impassible dans son t‑shirt, à l’effigie de la série My little pony. Une attitude dénuée d’affect qui est à l’image du comportement qu’il a adopté durant les débats. Si Thibault Garagnon a rapidement reconnu les faits, il n’a pas pour autant montré de compassion particulière envers les victimes. Au point même d’affirmer face au tribunal qu’il en était lui-même une. “J’ai vu des personnes se défenestrer, j’ai entendu des cris, j’aurais pu y rester moi aussi …”, a‑t-il affirmé à la barre. 

L’accusé n’a respecté “ni la cour ni les parties civiles” 

L’un des rescapés de l’incendie, Alassane Tandian, témoigne d’une colère sourde à l’énoncé du verdict : “On n’est pas du tout satisfait !”. Pour lui, l’accusé n’a respecté “ni la cour ni les parties civiles”. Après avoir mis le feu à une poussette entreposée au rez-de-chaussée du bâtiment, l’homme de 24 ans était retourné se coucher comme si de rien n’était en pleine nuit. Réussissant à s’échapper de son studio par la gouttière, il avait immédiatement témoigné dans les médias jusqu’à devenir omniprésent. Une attitude étrange pour une victime qui avait immédiatement interpellé les enquêteurs, même s’il ne sera confondu qu’un an plus tard. Mourad, un SDF du quartier, sera d’ailleurs l’une de ses victimes collatérales. Aperçu à proximité du bâtiment avec un briquet et une bougie en poche, il a longtemps été considéré comme l’un des principaux suspects de l’affaire et incarcéré pendant un an. 

La pulsion criminelle qui l’a saisi ce soir-là, Thibault Garagnon n’a cessé de l’imputer à Superbia, son “ami imaginaire”, pendant le procès.  Ses avocats eux-mêmes ont adopté cette même ligne de défense, celle du “dédoublement de personnalité” dû à “une enfance rythmée par les brimades” de son père. Une théorie à laquelle se sont fermement opposés les experts psychiatres qui ont unanimement affirmé que “l’accusé était parfaitement conscient de ce qu’il faisait”.