“Quand la crise sera finie, on oubliera à nouveau très vite les EHPAD”

Dès la première vague de Covid-19, les EHPAD franciliens ont adapté leur fonctionnement. Une situation compliquée qui dure depuis bientôt un an, que raconte Eve Guillaume, directrice de la maison de retraite Lumières d’automne à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. 

L’épidémie a‑t-elle changé la relation entre le personnel et les résidents ?

“Dans notre établissement, les soignants connaissent très bien leurs résidents et leurs habitudes de vie. Donc rien n’a changé. Cela a même été une force pendant la crise, je dirais. Pour autant, au début de la pandémie, c’était frustrant pour nos agents. Il fallait faire attention à la distanciation sociale, ce qui les poussait à mettre beaucoup de barrières. Elles n’osaient pas prendre la main des résidents, par exemple. Il a vraiment fallu que des infirmières hygiénistes leur expliquent, au cours de formations, qu’elles pouvaient toucher les pensionnaires, continuer à prendre leur main, leur faire une caresse sur le visage … La seule condition était d’avoir une bonne hygiène des mains avant et après le soin. Il y a eu un moment d’adaptation mais ensuite, cela a fonctionné.”

Est-ce que le fait que vous soyez situés en Ile-de-France a eu un impact sur la gestion de crise de votre établissement ?

“Oui. Premièrement, l’Île-de-France a été touchée par le covid dès le printemps. On a eu nos premiers cas début mars. Deuxièmement, nos agents prennent le métro, ce qui augmente à mon avis, les risques de contamination et la rapidité de la contagion. Beaucoup de nos agents ont eu le covid pendant la première vague. En plus, personne ne portait de masque début mars. Néanmoins, notre EHPAD a été moins touché par la deuxième vague, car la plupart avait produit des anticorps.”

Vous sentez-vous plus reconnus par les pouvoirs publics ?

“En ce moment oui, on a jamais eu autant de subventions, de dons et d’attention. Mais je pense qu’il faut qu’on en profite, parce que quand tout ça sera derrière nous, on oubliera à nouveau très vite les EHPAD.”

Malgré la préparation de la loi grand âge et autonomie ?

“Si elle est publiée un jour ! On entend parler de cette loi depuis plusieurs années et on arrive à la fin du quinquennat. En termes de calendrier parlementaire, j’attends de voir si c’est possible.” 

 

Propos recueillis par Mathilde Pires