Distribution d’aide alimentaire étudiante : « les bénéficiaires sont chaque fois plus nombreux »

Plus de 400 étudiants se sont rendus à une distribution de produits de première nécessité organisée par l’association LED.CY à l’université de Cergy-Pontoise ce jeudi. Fragilisés par la crise sanitaire, ils étaient quatre fois plus nombreux qu’aux précédentes.

« Je n’ai pas les moyens de me nourrir convenablement. » Lylia, 21 ans, étudiante en éco-gestion à l’université de Cergy-Pontoise, remplit ses sacs de courses de pâtes, gels douche, et autres produits de première nécessité préparés par les membres de LED.CY. Jeudi 10 décembre, cette association étudiante organise sa septième distribution de produits alimentaires et d’hygiène.

« Les distributions ont été pensées après le premier déconfinement pour répondre à une urgence, explique Tiphaine Pruny, ancienne présidente de l’association LED.CY et organisatrice des distributions. Elles n’étaient pas censées durer sur le long terme. Mais on n’a pas eu d’autre choix que de continuer, les bénéficiaires sont chaque fois plus nombreux. » Ce jeudi, ils étaient plus de 400. Les précédentes aides alimentaires proposées par l’association, entre juin et septembre, réunissaient entre 100 et 150 personnes.

Une enquête de l’Observatoire de la vie Etudiante (OVE) réalisée suite au premier confinement a révélé qu’un tiers des étudiants ont rencontré des difficultés financières pendant le confinement. Les dépenses d’ordre alimentaire ont posé problème à plus de la moitié de ceux-ci.

« J’ai beaucoup hésité à venir à cette distribution de produits de première nécessité, avoue Célia Fodil, étudiante en droit de 19 ans. J’avais peur qu’on me juge. Mais en arrivant, j’ai vu cette longue file d’attente d’autres étudiants et je me suis rendu compte qu’on vit tous la même galère. » Comme elle, Valentin Dule, 20 ans, appréhendait. « C’est la première fois que je viens, rougit-il. J’essaie de me débrouiller sans demander d’argent à mes parents, je ne veux pas être un poids pour eux. Si je leur demandais de l’aide, ils m’en donneraient sûrement. Mais ils ne savent pas que je suis ici. »

« J’ai perdu mon emploi étudiant avec le confinement »

La distribution se fait à la chaîne. Quand vient son tour, Maya Khadiga présente d’abord sa carte d’étudiante de l’université de Cergy-Pontoise à l’entrée de la pièce circulaire où l’aide alimentaire est distribuée. « Tu as droit à sept boîtes de conserves, un filet de pommes de terre, un autre de courgettes…, » lui expose Carla Foucault, membre du bureau de LED.CY en pointant du doigt les piles de denrées sur les tables alignées face à elle. Remplissant son carton, l’étudiante en informatique de 20 ans soupire. « Je suis là car j’ai perdu mon emploi étudiant avec le confinement, explique-t-elle. Je ne touche pas la bourse. Je vis grâce à un job étudiant d’hôtesse d’accueil en gare SNCF, mais mon contrat s’est arrêté début novembre avec le confinement. En ce moment, ce sont mes parents qui paient le loyer de mon studio, je ne peux pas leur demander de payer ma nourriture aussi. » Célia Fodil, 19 ans, a elle aussi perdu son emploi à temps partiel dans un restaurant à cause des restrictions liées au Covid-19. « En travaillant les soirs où je n’avais pas cours et le week-end, j’arrivais à gagner 600€ par mois, précise-t-elle. Cette somme d’argent en moins du jour au lendemain, ça ne passe pas inaperçu. »

Derrière elles, les bénévoles s’activent pour que les tables ne soient jamais vides. L’une déballe une palette de conserves et un autre les pose sur la table. Tiphaine Pruny s’éloigne des bénéficiaires le temps d’une confession. « Avant, les gens n’osaient pas venir aux distributions, là ils n’ont pas le choix, souffle-t-elle. Dans les liens d’inscription aux distributions, il y a une partie ‘expression libre’, et on reçoit des messages disant ‘‘Vous me sauvez la vie’’. Étant étudiants nous aussi, on voit autour de nous que le confinement aggrave la précarité des étudiants, que ce soit en touchant directement des membres de l’association ou nos amis. »

A défaut de pouvoir travailler ou d’être tous boursiers, la plupart de ces étudiants ont néanmoins touché l’aide exceptionnelle de solidarité de 150 euros promise par Emmanuel Macron. Maya Khadiga l’a reçue début décembre. « Ça ne compense pas un job étudiant, mais c’est déjà ça. »