Place Jussieu : étudiants et universitaires en fronde contre la LPR et la loi sécurité globale

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place Jussieu à Paris, à l’appel de l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur, ce jeudi 10 décembre. Au programme, des revendications multiples : opposition à la Loi pour la recherche, réouverture des Universités, mais aussi opposition à la loi dite “sécurité globale” et à la précarité étudiante.

Sur une banderole bleue tenue par deux femmes s’étalent en lettres noires “Nos recherches valent plus que leurs profits !. Les quelques centaines de manifestants réunis ce jeudi après-midi sur la place Jussieu arborent un sticker orange fluo “ABROGATION LPR” à la boutonnière. Mobilisés après l’appel de l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et de la recherche, ils sont venus défendre les droits universitaires, mais aussi les libertés générales, face à ce qu’ils considèrent comme des abus du gouvernement.

Des manifestantes brandissent une banderole “Nos recherches valent plus que leurs profits” en opposition à la Loi pour la recherche

La loi de programmation de la recherche (LPR) avait été annoncée le 1er février 2019 par l’ancien Premier ministre Edouard Philippe. Ce projet de loi, voté définitivement par le Parlement en novembre 2020 entend requinquer un système anémié, mais plusieurs points fâchent les chercheurs, universitaires et étudiants mobilisés depuis près d’un an. Ils dénoncent des moyens insuffisants, un changement inquiétant du  mode de recrutement des enseignants-chercheurs et une liberté de manifester qui serait mise en péril. “Nous continuerons à nous mobiliser parce que ce que nous réserve le gouvernement, c’est juste dingue !” s’indigne Ayoub, étudiant à l’université de Nanterre et présent depuis le début aux manifestations.

Sur la place Jussieu où flottent ce 10 décembre des dizaines de drapeaux de syndicats, tous ont également souligné les conditions difficiles en cette période de crise sanitaire. « Les étudiants sont hyper en détresse… Si on laisse les facs fermées et bien la crise sanitaire va faire plus de morts de façon indirecte que par la maladie en elle-même ! » s’indigne Patrick Boumier, enseignant-chercheur à l’institut d’astrophysique spatiale d’Orsay, exhibant de nombreux stickers militants sur sa veste de costume. L’une des revendications principales de cette journée est aussi la réouverture des universités : “Le discours de Macron, qui a annoncé la reprise des cours en présentiel dans les universités seulement en février, a mis tout le monde dans une colère noire“ s’agace Marie, secrétaire pédagogique à l’université Paris 8 et syndiquée à la CGT.

Plusieurs centaines de personnes se sont mobilisées à l’appel de l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur.

Ce jeudi était un exemple de convergence des luttes. L’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et de la recherche le martelait dans son communiqué d’appel à la manifestation  : “Les deux lois « de Programmation de la recherche » et « Sécurité globale » portent gravement atteinte à des libertés indispensables dans une démocratie.” Ce lien entre défense des droits de l’enseignement supérieur et défense des droits de tous, contre la loi de sécurité globale en particulier, a été repris par les manifestants place Jussieu. Pour eux, un amendement en particulier, ajouté en dernière minute par la Commission mixte à l’origine du projet de loi, fait écho à la loi de sécurité globale, considérée comme “liberticide” : le délit d’entrave. Il empêche tout individu d’entrer dans une université dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement. “Avec cet amendement, la liberté de manifester dans les campus universitaires est remise en question, la liberté de contester même. Et ça, c’est très grave !” s’anime Patrick Boumier, drapeau de la CGT à l’épaule. Sa camarade syndicaliste Marie, qui a pris la parole au micro dans l’après-midi pour représenter son université, partage sa colère. “Cet amendement criminalise l’action syndicale et la mobilisation en général, il fait la connexion entre la LPR et la loi sécurité globale. Tout est lié.