Plombée par sa fourche, la ligne 13 sera-t-elle sauvée par l’automatisation ?

Avec l’extension du métro 14 jusqu’à Mairie de Saint-Ouen à compter du 14 décembre, la fréquentation de la ligne 13 pourrait diminuer d’un quart. Pas assez pour sauver une ligne en suffocation, d’où un coûteux projet d’automatisation porté par la région.

Depuis l’automatisation de la ligne 1 du métro parisien en 2012, le fonctionnement « sans chauffeur » a montré sa robustesse avec une ponctualité dépassant les 95% et une fréquence accrue. En 2019, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, a proposé d’automatiser la ligne 13 à horizon 2035. Mais derrière les affichages, cette solution est-elle pertinente alors que le prolongement de la ligne 14 (à compter du 14 décembre) devrait déjà délester sa grande sœur ?

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Selon les projections réalisées par Île-de-France Mobilités, l’autorité régulatrice des transports franciliens, l’extension de la ligne 14 entre Saint Lazare et Mairie de Saint-Ouen devrait être privilégiée par 25% des passagers actuels de la ligne 13, grâce entre autres aux correspondances possibles sur les deux branches au nord de la ligne bleu clair. Pas suffisant pour réjouir les associations d’usagers puisque cette ligne a la particularité de frôler (en temps normal) les 115% d’occupation des rames. Un nouveau dépassement du seuil des 100% (plus de 4 personnes par mètre carré) serait donc à craindre à moyen terme.

5 secondes de gagnées entre chaque train

Dans ce contexte, Valérie Pécresse a brandi l’automatisation comme une solution pérenne. Mais « y aura-t-il un gain substantiel ? », s’interroge Marc Pélissier, président de l’Association des usagers des transports d’île de France. Il s’explique : « Au début des années 2000, on nous a vendu le système Ouragan, un projet de signalisation bien plus performant qui devait être mis en place en 2007. Au final, après plusieurs problèmes techniques, c’est une version à minima qui a été lancée en 2017 sans même que les usagers ne s’en rendent compte ». Après cette mauvaise expérience, Marc Pélissier dit craindre des travaux très contraignants pour automatiser la ligne pour ne gagner que 5 secondes entre chaque train.

Pour Bertrand Lambert, présentateur de l’émission « Parigo » sur France 3 Île-de-France, l’automatisation de la ligne 13 relève avant tout d’un « affichage politique pour montrer que la 13 et les quartiers populaires qu’elle dessert ne sont pas oubliés ». Avec en plus, pointe le journaliste, une facture très salée de 700 millions d’euros (sans compter l’achat de nouveaux trains, ndlr). Et pour cause : « Il faut tout refaire, déplore-t-il. Les portes palières qui avaient déjà été installées sur le tronçon central ne seront pas adaptées aux futures rames (attendues pour 2026, ndlr), il faudra donc en installer de nouvelles ».

Il y a quand même une mince lumière au bout du tunnel. Marc Pélissier se raccroche en effet à l’arrivée, prévue en 2024, de la future ligne 15 du Grand Paris Express en gare de Saint-Denis Pleyel. Un métro circulant en rocade qui desservira notamment le quartier de la Défense sans passer par Paris-centre. Ce qui, estime-t-il, donnera une vraie bouffée d’air frais à la ligne 13.

Valentin Bertrand