Séparatisme : incompréhension après la fermeture d’un collège-lycée hors contrat

A Paris, le collège-lycée privé hors contrat Meo High School (MHS) a été sommé de fermer « dans le cadre de la lutte contre l’islamisme et contre les différentes atteintes aux principes républicains », selon la Préfecture de police. Une décision qui suscite l’incompréhension de l’équipe pédagogique et des élèves de l’établissement.

Depuis le 23 novembre, les couloirs du collège-lycée privé hors contrat MHS, dans le XIXème arrondissement de Paris, sont déserts. La fermeture a été prononcée à cause de normes de sécurité non respectées : porte trop étroite et système de sécurité incendie non conforme dans le bâtiment. Ce contrôle a fait l’objet de sanctions pour la directrice, condamnée à 5000 euros d’amende avec l’interdiction d’enseigner pendant cinq ans.

Mais le 9 décembre, un tout autre motif a été avancé par la préfecture de police de Paris pour justifier cette fermeture : la « lutte contre l’islamisme ». « Ces opérations de contrôle administratif (…) illustrent pleinement l’implication des pouvoirs publics dans la lutte contre toutes les formes de séparatisme », affirme la préfecture dans un communiqué alors que le projet de loi contre le séparatisme est présenté le même jour au conseil des ministres.

Une pédagogie “universaliste” défendue par l’établissement

A la suite de ces sentences, le groupe scolaire MHS a organisé jeudi une conférence de presse dans ses locaux en présence de la direction, de l’équipe pédagogique, d’élèves et de parents. « On nous juge alors qu’on ne nous connaît pas », déplore la directrice Hanane Loukili. Dans cet établissement ouvert en 2015, les élèves ont l’autorisation de porter des signes religieux ostentatoires, dans le cadre d’une éthique « universaliste ». « Chacun est accepté tel qu’il est, quelle que soit  sa religion, mais le prosélytisme est interdit », souligne-t-elle. Par ailleurs, le collège-lycée se veut laïque : aucun cours de religion n’y est dispensé. La directrice ajoute que plusieurs contrôles pédagogiques ont été effectués, et aucun d’entre eux n’a soulevé de dysfonctionnement.

La préfecture déclare également avoir constaté « la présence de deux personnes de nationalité étrangère hors Union européenne exerçant en qualité d’enseignants sans autorisation du rectorat », une charge que réfute Hanane Loukili, qui assure avoir effectué les démarches nécessaires. La directrice de l’école a déclaré avoir entamé des recours auprès des tribunaux pénal et administratif afin de « lever l’injustice et rouvrir l’école ».

Contacté par la rédaction, le rectorat de l’Académie de Paris n’a pas répondu à nos sollicitations. L’affaire interroge des acteurs politiques concernés par ce dossier. François Dagnaud, maire (PS) du XIXe arrondissement, a déclaré au Parisien : « Personne n’a jamais entendu parler de cette école, il n’y a pas eu de plainte, aucun signalement d’une école clandestine », alors que Patrick Bloche, adjoint (PS) de la maire de Paris en charge de l’éducation, dénonce une attitude opportuniste du gouvernement : « Ils sont à la recherche de symboles forts. Ils sont fébriles ».

Des élèves inquiets

Suite à la fermeture de l’établissement, 110 élèves se retrouvent déscolarisés, et l’Académie ne leur aurait à ce jour pas proposé d’alternative. Nour a choisi MHS « pour son niveau élevé », le lycée affichant 80% de réussite au bac en 2019 et 100% en 2020. Elle était autorisée à porter son voile en cours. « On s’y sent bien, puisque tout le monde est accepté tel qu’il est », témoigne-t-elle. « On a l’impression d’avoir à faire un choix : celui de devoir être entre musulmans ou d’aller dans le public, regrette Fatou, élève de Terminale. MHS était pour moi une alternative ». La jeune lycéenne aimerait intégrer une école d’architecture, mais s’inquiète pour son avenir. « Se retrouver déscolarisée du jour au lendemain à l’approche du Bac, c’est une situation compliquée à gérer. »