Deux films et une série pour comprendre les abus sexuels sur les enfants

L'affiche du film Les Chatouilles d'Andréa Bescond et Éric Métayer

 

 

Visionnage. De plus en plus, les victimes osent poser des mots sur les abus sexuels qu’elles ont vécus enfant. Deux films et une série qui aident à comprendre le cheminement des victimes vers une parole libérée.

À la suite de témoignages de personnalités agressées sexuellement dans l’enfance, la prise de conscience de la prégnance de ces crimes s’amplifie. Pourtant, il est souvent difficile de comprendre la trajectoire des victimes, qui mettent souvent de nombreuses années à dénoncer les violences, suscitant la surprise des proches qui les pensaient “sans histoires”. Nous avons demandé à la Fédération des Centre de Ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS) de nous conseiller des films et séries qui mettent en lumière les mécanismes d’emprise qui entourent ces actes.

N’aie pas peur, 2011, Montxo Armendáriz

Succès critique en Espagne à sa sortie,  N’aie pas peur suit la trajectoire de Silvia, une jeune femme de 25 ans incarnée par Michelle Jenner. Victime de viols incestueux commis par son père, elle n’a pas trouvé de soutien du côté de sa mère, qui affirme, sans que l’on sache si c’est vrai, qu’elle ne s’est rendu compte de rien. Arrivée à l’âge adulte, Silvia cherche à se libérer de ce passé terrible. On suit alors son parcours, entre vaines tentatives de confronter ses parents à leurs responsabilités, groupes de parole, psychothérapie… Et aussi ses échecs, comme cette scène terrible où, à bout de forces, Silvia cherche du réconfort auprès de son père et bourreau.

Pour rendre le sujet supportable, le réalisateur Montxo Armendáriz a choisi de garder beaucoup de distance avec ses personnages. C’est une réussite : le film parvient à nous faire ressentir les traumatismes vécus par Silvia sans jamais montrer de scènes de violence.

 

Les Chatouilles, 2018, Andréa Bescond et Éric Métayer

“Les Chatouilles, c’est le premier qui me vient à l’esprit. C’est celui avec lequel on travaille le plus”, indique avec un air d’évidence la FFCRIAVS. Le film co-réalisé par Andréa Bescond et Éric Metayer, d’après l’histoire d’Andréa Bescond qui avait déjà donné lieu à un seule-en-scène, suit la vie d’Odette. Violée régulièrement par un ami de ses parents dès l’âge de 9 ans, Odette réalise malgré tout son rêve : devenir danseuse professionnelle. Elle porte malgré tout les stigmates de ces abus : elle oscille entre séances de psy et consommation de drogues pour s’anesthésier.

De ses parents, il ne faut pas attendre grand-chose. Si son père s’interroge sur sa part de responsabilité, sa mère reproche à Odette les abus qu’elle a vécus. Malgré tout, la petite fille devenue adulte avance et se construit. On est pris par la force de vie dégagée par Andréa Bescond dans ce film, sa rage d’aller de l’avant et de se défaire de qu’on lui a fait subir.

A Teacher, 2020, Hannah Fidell

Kate Mara incarne Claire Wilson, une professeure d’anglais de 32 ans insatisfaite de sa vie conjugale dans cette série basée au Texas, diffusée sur Hulu. Pour tromper l’ennui, elle entame une relation, pourtant interdite par la loi, avec un élève de 17 ans, Éric Walker. Cette relation semble au départ consentie par le jeune homme. Mais petit à petit, sa vraie nature apparaît. “Le parti pris de la série, c’est de dire que quelque chose qui pourrait être banalisé est vécu comme une violence par la victime”, explique la FFCRIAVS. Pour l’association, c’est une question qui se retrouve souvent dans les cas de violences sexuelles par des adultes sur des adolescents : “ce qui, au début, ressemble à une relation amoureuse égalitaire, ne peut en fait l’être, aar il y a une relation de pouvoir”. Éric, en grandissant, comprend petit à petit le caractère pathologique de cette relation. En se libérant de l’emprise de Claire Wilson, le jeune homme réalise ce qu’il ne pouvait percevoir à 17 ans : la manipulation d’un adolescent par un adulte pour parvenir à une relation amoureuse et sexuelle laisse des traces. Des traces d’autant plus profondes que le jeune homme n’avait pas encore les armes nécessaires pour se défendre.