Donald Trump : pourquoi la droite américaine a encore besoin de lui

Après son acquittement lors de son procès en destitution, la figure de Donald Trump fait débat au sein du parti Républicain. Les avis divergent concernant l'influence future de l'ancien président sur le parti, en particulier à l'approche des élections de mi-mandat en 2022.

 

Le Congrès américain a acquitté Donald Trump, samedi 13 février, à l’issue de son deuxième procès en destitution. Malgré un vote unanime de la part des élus démocrates, les sénateurs républicains ne se sont pas tous soulevés contre l’ancien président. Signe d’un parti encore moulé à l’effigie de Donald Trump.

Deux jours après la fin de la procédure d’impeachment de l’ancien président, un mois après l’attaque du capitole et trois mois après la défaite face à Joe Biden, le Great Old Party – alias du parti Républicain – connait un risque d’implosion. Selon Tamara Boussac, docteure en histoire et spécialiste des Etats-Unis, le parti est divisé en faction : “Il y a les ‘Trumpistes’ avérés qui soutiennent encore le président, les élus qui ne veulent pas se fâcher avec la base électorale de Donald Trump, puis ceux qui veulent se défaire de son emprise en votant pour sa destitution.”

Un parti scindé en trois qui se tiraille de l’intérieur. À l’image de Lindsey Graham, élu de Caroline du Sud et très fervent défenseur de l’ancien président, une partie des élus de la droite américaine continue d’exprimer son soutien indéfectible à l’ancien président. À l’issu du procès en destitution, le sénateur de Caroline du Sud en a profité pour fustiger Richard Burr, élu républicain qui a voté en faveur de la destitution de Donald Trump. “Je soutiendrai Lara Trump (la concurrente de Richard Burr lors des prochaines élections, ndlr.), a‑t-il soutenu au micro de Fox News.

Pour le plus grand nombre d’élus du parti Républicain, il y a un intérêt commun à continuer de s’appuyer sur la figure de Donald Trump, même s’ils jugent certaines de ses actions contraires à la constitution américaine. “Mitch McConnell, le président de l’opposition Républicaine au Sénat, a clairement critiqué Trump, sans pour autant soutenir sa destitution. Ces Républicains font l’autruche, ils préfèrent voir ailleurs et attendant que l’emprise de Donald Trump sur la base électorale républicaine s’essouffle. Cela témoigne de l’incertitude du parti Républicain “, explique Tamara Boussac.

Donald Trump, tête de proue du parti

Malgré cette deuxième procédure de destitution non-achevée, l’influence de Donald Trump sur le parti Républicain reste très forte selon Marie-Christine Bonzom, politologue et journaliste à Voice of America. “Il faut bien comprendre que l’ancien président a un pouvoir d’attraction que personne d’autre au sein du parti ne possède, d’où l’intérêt pour eux de ménager la chèvre et le chou”, rappelle-t-elle.

Donald Trump a rassemblé près de 75 millions d’Américains lors de l’élection présidentielle de 2020, soit 15 millions de plus que l’élection précédente. “La force de l’ancien président, c’est qu’il a réussi à élargir la base électorale du parti, en mobilisant les minorités, les démocrates désabusés, et les américains qui ne votaient plus”, ajoute Marie-Christine Bonzom. “La plupart des élus républicains ont bien compris qu’ils avaient tout intérêt à ne pas se fâcher avec Trump pour conserver cette base électorale.”

La course aux élections de mi-mandat de 2022, lors desquelles la composition de la Chambre des Représentants et du Sénat est en partie renouvelée, est déjà lancée. Là aussi, le pouvoir de l’ex-président des Etats-Unis se fait ressentir. Tamara Boussac s’en explique : “Donald Trump a beaucoup d’influence sur les antennes locales du parti Républicain. La preuve, c’est que sur les sept sénateurs qui ont voté contre lui lors de la procédure d’impeachment, deux risquent de ne pas être soutenus par les membres du parti.”

De son côté, Donald Trump est tout de même loin d’avoir gagné la partie. Depuis sa passation de pouvoir avec Joe Biden, le milliardaire est reclus dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, sans compte Twitter pour mobiliser ses électeurs. L’ancien président risque également de se faire rattraper par des affaires judiciaires dans les états de New York et de Géorgie, maintenant que son immunité présidentielle ne le protège plus. Mais, Donald Trump n’en démord pas. Réagissant à son acquittement par le Sénat, il a semblé prendre rendez-vous avec les prochaines élections présidentielles : “Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer.”